Des di­plô­més très spé­ciaux à l’UQTR

L’ob­jec­tif de cette in­clu­sion dans le cours est de dé­mys­ti­fier la dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - BRI­GITTE TRAHAN

TROIS-RI­VIÈRES — «Ça fait chaud dans mon coeur», s’est ex­cla­mée ven­dre­di la jeune Clau­dia Ther­rien en ex­hi­bant fiè­re­ment son di­plôme. Clau­dia est une des huit per­sonnes à avoir re­çu un di­plôme comme ce­lui- là des mains de Paul Gaudet, char­gé de cours au dé­par­te­ment des sciences de l’édu­ca­tion à l’UQTR.

Ces fiers nou­veaux di­plô­més ont par­ti­ci­pé à un cours don­né aux étu­diants de troi­sième et qua­trième an­nées du bac­ca­lau­réat en édu­ca­tion pré­sco­laire et pri­maire pen­dant 15 se­maines et «ils suivent le cours d’in­ter­ven­tion pé­da­go­gique adap­tée comme les autres étu­diants » , dit- il. « On est la seule uni­ver­si­té en Amé­rique du Nord qui fait ça», tient-il à pré­ci­ser.

« En réa­li­té, ils sont ac­cep­tés dans mon cours, un peu comme au­di­teurs libres», ex­plique M. Gaudet.

Ils ont tou­te­fois des ob­jec­tifs pé­da­go­giques à at­teindre. « C’est qu’ils viennent ici, mais ils vont aus­si à l’école et bien sûr, ils ont des la­cunes en fran­çais, en ma­thé­ma­tiques et dans di­vers do­maines » , si­gnale- t- il. « Donc, on les met en équipes avec les étu­diants de l’Uni­ver­si­té et ils dé­cident en­semble, comme dans un tra­vail d’équipe, sur quoi ils veulent tra­vailler. Ils ont des ob­jec­tifs à at­teindre au même titre que les autres étu­diants » , ex­plique-t-il.

Par- des­sus tout, pour les étu­diants au bac­ca­lau­réat, «l’ob­jec­tif que je vise c’est la dé­mys­ti­fi­ca­tion de la dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle par le contact di­rect parce qu’il n’y au­cun autre contact avec la dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle que ce cours- ci au ni­veau de l’in­clu­sion sco­laire. Or, de plus en plus, dans les écoles, ils vont avoir af­faire à des clien­tèles ayant un han­di­cap in­tel­lec­tuel et sou­vent, c’est le pre­mier contact », ex­plique M. Gaudet.

Le char­gé de cours avoue que c’est beau­coup plus de tra­vail pour lui d’in­vi­ter ces per­sonnes qui ar­rivent du pla­teau de tra­vail de l’UQTR en lien avec le Centre de ré­adap­ta­tion en dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle et en troubles en­va­his­sants du dé­ve­lop­pe­ment de la Mau­ri­cie et du Centre-du-Qué­bec.

Au bout du compte, les fu­turs ba­che­liers en re­ti­re­ront tou­te­fois de grands bé­né­fices.

Cette idée de ju­me­ler les étu­diants à des per­sonnes ayant une dé­fi­cience « est ve­nue de Fé­lixAn­toine Au­bin- Mo­rasse, une jeune per­sonne ayant une dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle et la tri­so­mie 21 qui tra­vaille à la ca­fé­té­ria», ra­conte M. Gaudet. «Je le connais­sais de­puis un cer­tain temps. On se cô­toyait à la ca­fé­té­ria et à un mo­ment don­né, il est ve­nu me re­trou­ver et il m’a dit: ‘‘Je vou­drais faire comme tous les autres étu­diants.’’ Ça fait dé­jà 12 ans de ça. Il m’a dit qu’à chaque fois que le dî­ner se ter­mi­nait, les étu­diants s’en al­laient à leurs cours tan­dis que lui res­tait à la ca­fé­té­ria. C’est ve­nu me cher­cher », confie-t-il.

C’est alors que le char­gé de cours a eu l’idée de col­la­bo­rer avec Marc Ayotte, le res­pon­sable du pla­teau de tra­vail, « pour joindre l’utile à l’agréable et les im­pli­quer, les i nclure adé­qua­te­ment à l’ uni­ver­si­té dans les cours pour qu’ils viennent cher­cher des no­tions pé­da­go­giques», pour­suit-il.

Les étu­diants sont alors de­ve­nus, en quelque sorte, des pro­fes­seurs pri­vés pour cha­cun des bé­né­fi­ciaires. « Je les traite comme les autres étu­diants » , dit- il. M. Gaudet ra­conte qu’il lui est même dé­jà ar­ri­vé de sor­tir un de ces étu­diants du cours en lui ex­pli­quant que les autres n’avaient pas un mau­vais com­por­te­ment. Il l’au­rait fait avec n’im­porte qui d’autre.

Paul Gaudet es­time que cette in­clu­sion per­met de cor­ri­ger le fait qu’il y avait trop de théo­rie, dans la for­ma­tion, par rap­port à la pra­tique. « Je suis un gars de ter­rain, dans les écoles», fait-il va­loir pour ex­pli­quer son point de vue.

Marc Ayotte in­dique que « c’est à cause de l’im­pact que ça a eu au­près des étu­diants qu’on a dé­ci­dé de pour­suivre et qu’on a agran­di, au cours des an­nées. Plu­sieurs re­mises de di­plômes comme celle de ven­dre­di ont eu lieu dans le pas­sé. Pour plu­sieurs par­ti­ci­pants, c’était tou­te­fois une pre­mière.

Fé­lix-An­toine a donc pu en­fin suivre des cours à l’uni­ver­si­té et il est très fier de son di­plôme.

« Le but de notre tra­vail, c’est d’in­té­grer la per­sonne», se ré­jouit pour sa part Paul Gaudet.

— PHO­TO ISA­BELLE LÉ­VESQUE

Paul Gaudet, char­gé de cours à l’UQTR, a dé­cer­né des di­plômes, ven­dre­di, à des étu­diants très spé­ciaux.

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