L’unique Aman­da Si­mard

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graves consé­quences. Moi, j’ap­pelle ça des me­naces. Je n’ai pas les mots exacts, ce n’est pas moi qui ai pris l’ap­pel du bu­reau du pre­mier mi­nistre, mais (la per­sonne au bout du fil) a dit : “there will be se­vere conse­quences”. Alors mon staff m’a dit : “Aman­da, tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas y al­ler (à TLMEP). Je leur ai ré­pon­du avec les mots de Pierre Tru­deau : ‘just watch me’.”

La dé­pu­tée Si­mard s’est bel et bien ren­due sur le pla­teau de TLMEP. Et elle a par la suite été iso­lée dans son propre camp. Le 28 no­vembre, lorsque les conser­va­teurs ont vou­lu l’em­pê­cher de se le­ver en chambre afin qu’elle puisse se pro­non­cer sur une mo­tion néo-dé­mo­crate vi­sant à s’op­po­ser aux coupes fran­co­phones, elle en avait as­sez vu. “C’est la goutte qui a fait dé­bor­der le vase”, laisse-t-elle tom­ber.

Le len­de­main ma­tin, elle an­non­çait à son chef Doug Ford qu’elle al­lait do­ré­na­vant sié­ger comme dé­pu­tée in­dé­pen­dante. Mais si elle avait at­ten­du quelques mi­nutes de plus pour re­mettre sa lettre de dé­mis­sion, c’est le par­ti qui lui au­rait mon­tré la porte.

«J’ai su qu’il y a eu une réunion du cau­cus le len­de­main (de son in­ter­ven­tion en chambre) afin de vo­ter pour m’ex­pul­ser, af­firme la dé­pu­tée. Ce vote al­lait se prendre à 7 h 30, mais j’ai en­voyé mon cour­riel (de dé­mis­sion) au pre­mier mi­nistre à 7 h 22. Ils étaient ap­pa­rem­ment en train de vo­ter pour m’ex­pul­ser lors­qu’ils ont ap­pris que j’avais dé­mis­sion­né. De toute fa­çon, ils m’ont pous­sée vers la sor­tie, et moi j’en avais plein mon casque. Donc je suis par­tie.»

Deux se­maines se sont écou­lées entre le «Jeu­di noir des Fran­cos» et la dé­mis­sion de la dé­pu­tée Si­mard. Celle-ci es­pé­rait, du­rant ces deux se­maines, pou­voir convaincre Doug Ford et la mi­nistre des Af­faires fran­co­phones, Ca­ro­line Mul­ro­ney, de re­ve­nir sur leur dé­ci­sion d’abo­lir le Com­mis­sa­riat aux ser­vices en fran­çais et de sa­bo­ter la mise sur pied de l’Uni­ver­si­té de l’On­ta­rio fran­çais. Mais peine per­due.

« Mme Mul­ro­ney ne vou­lait ab­so­lu­ment pas chan­ger sa po­si­tion, se rap­pelle Mme Si­mard. Elle res­tait ferme avec ses ar­gu­ments éco­no­miques et elle était convain­cue qu’elle était sur le bon cô­té des choses. Et lorsque j’ai ren­con­tré le pre­mier mi­nistre, je lui ai dit : ‘ this is a big mis­take (vous com­met­tez une grave er­reur). Comment vou­lez-vous que je vote de votre cô­té et que j’ex­plique ces cou­pures aux gens de mon com­té ? Je ne peux pas dé­fendre l’in­dé­fen­dable’. M. Ford n’a évi­dem­ment pas chan­gé sa po­si­tion. Et lorsque j’ai quit­té son bu­reau, je lui ai dit que j’al­lais de­voir dé­non­cer ces me­sures-là.»

— Son­gez-vous au­jourd’hui à vous joindre au Par­ti li­bé­ral de l’On­ta­rio ?

— Je le prends au jour le jour. Je ne dis ja­mais : “ja­mais”. Je crois que je vais m’ali­gner avec ceux qui par­tagent mes va­leurs. Les li­bé­raux m’ont dit que la porte était ou­verte, mais ils ne m’ont ja­mais mis de pres­sion. Je vais lun­cher avec Ma­rie­France La­londe (la dé­pu­tée li­bé­rale d’Or­léans et an­cienne mi­nistre des Af­faires fran­co­phones) la se­maine pro­chaine. Mais ce se­ra une ren­contre très in­for­melle, ce se­ra ami­cal. »

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