Roi et reine du ga­la les Oli­vier

Le Nouvelliste - - ARTS MAGAZINE - STÉ­PHA­NIE VALLET

MON­TRÉAL — C’est leur an­née! Ka­the­rine Le­vac et Fran­çois Bellefeuille ont ob­te­nu le plus grand nombre de sé­lec­tions au Ga­la Les Oli­vier, qui se tien­dra di­manche pro­chain. Dis­cus­sion avec les deux hu­mo­ristes chou­chous de 2018 au­tour du concept de po­pu­la­ri­té. Q Étiez-vous plu­tôt le roi ou la reine de votre bal de fi­nis­sants ou le «re­jet» de la soi­rée? FB En sixième an­née, j ’ai eu quelques blondes avec qui j e dan­sais de longs slows pen­dant qu’on s’em­bras­sait. Je pen­sais que ça se­rait comme ça toute ma vie. Mais au se­con­daire, ça ne s’est pas du tout pas­sé comme ça! Mon bal a eu l ieu en 1992, dans un hô­tel de Trois- Ri­vières. Je n’avais pas de blonde et ça m’avait tout pris pour in­vi­ter une fille à mon bal de fi­nis­sants. Elle a fi­ni par dire oui. J’ai une pho­to de moi tout seul chez moi avant d’al­ler la cher­cher. Ça pa­raît vrai­ment qu’il manque quel­qu’un à mes cô­tés! Avant le bal, on n’a pas vrai­ment par­lé, et une fois au par­ty, je ne l’ai plus trou­vée. C’était beau­coup de stress pour fi­nir en grosse queue de pois­son. Ce n’est vrai­ment pas un bon sou­ve­nir! Je n’étais pas un «re­jet », mais je n’étais pas dans la gang des hot. J’ai eu ma pu­ber­té un peu trop tard et j’étais en sur­plus de poids. J’étais ar­ri­vé dans cette école après avoir été dans un éta­blis­se­ment pour gars, et ça m’avait pris du temps à faire ma place.

KL Le mien était en 2007. On trou­vait Mon­tréal vrai­ment co­ol et on avait l oué un genre de ba­teau- mouche. Le reste de l’an­née, nos par­tys étaient des par­tys de champs avec des tentes. Alors que là, c’était à MONT-RÉ-AL! On avait fait la route en bus jaune et la moi­tié du monde n’était pas em­bar­quée sur le ba­teau, car les gens étaient dé­jà soûl. Moi, je suis mon­tée. J’étais su­per im­pli­quée, j’étais la pré­si­dente de mon école. J’étais de­dans en mau­dit! J’ai­mais or­ga­ni­ser des af­faires. J’étais al­lée au bal avec mon chum. C’était en­core plus co­ol parce qu’il n’al­lait pas à mon école. J’étais bien ra­vie de ça et de le mon­trer. Il était ben beau avec ses bou­clettes. Mais c’est tel­le­ment dé­ce­vant, un bal : c’était le même monde qui es­sayait de se mettre beau, mais c’était laid! Q Quel est votre rap­port à la po­pu­la­ri­té dans le cadre de votre mé­tier d’hu­mo­riste?

FB C’est un rap­port amour-haine. Ça me fait peur au­tant que ça m’ex­cite. La rai­son pour la­quelle je suis de­ve­nu drôle, c’était pour me dé­mar­quer, me sor­tir la tête de l’eau, pour que les gens m’aiment. Je ne suis pas le mâle al­pha que na­tu­rel­le­ment les filles re­gardent. C’est ma ma­nière d’avoir de l’at­ten­tion. Je suis ren­du au sum­mum de la po­pu­la­ri­té ar­tis­tique avec le plus grand nombre de no­mi­na­tions au ga­la. Mais ch­ris­tie que ça me fait peur! C’est comme, si je ne gagne pas, ris­quer de me re­trou­ver comme l’ado qui es­saye de per­cer. Je me sens ex­trê­me­ment fra­gile et fort en même temps. On parle des no­mi­na­tions, mais en théo­rie, je n’aime pas y pen­ser avant le soir du ga­la. Les gens ne savent pas comme c’est crève-coeur!

KL Dans la vie, je suis ben gê­née. Je fais de l’ hu­mour parce que, lorsque je suis sur scène, je peux par­ler aux gens et on se com­prend. Il se passe quelque chose. Il y a une connexion que je n’ai pas dans la vie. Dans un sou­per, par exemple, je ne connecte pas avec les autres! Le fait que le pu­blic m’ap­pré­cie et vienne me voir me donne vrai­ment quelque chose d’im­por­tant. Ça me per­met de me sen­tir com­prise. Que ce soit lors des pho­tos avec les spec­ta­teurs, quand je signe des au­to­graphes ou quand je parle aux gens sur l es ré­seaux so­ciaux, j e vis une connexion avec les gens dont je ne peux me pas­ser. J’ai be­soin de ça.

Plus on a de sé­lec­tions, plus on a l’es­poir de ga­gner. Comment vi­vez­vous la si­tua­tion?

FB Ne me de­man­dez pas d’être sain et stable dans mon coeur cette jour­née-là! C’est sûr que ça brasse, car j’ai peur de ne pas ga­gner. En même temps, ce n’est pas si grave, car c’est une salle rem­plie d’amis. Je sais que sur le ta­pis rouge, on va me de­man­der comment je me sens d’être le plus nom­mé cette an­née, mais je sais que le len­de­main, dans le jour­nal, je vais être le grand per­dant si je ne gagne rien. Je me pro­tège en ce mo­ment pour ne pas avoir mal! Mais dans le fond, j’ai­me­rais ga­gner des tro­phées! Les gens disent sou­vent : « Pré­pa­rez- vous des re­mer­cie­ments » . Mais ce n’est pas si fa­cile à faire. Comme si les hu­mo­ristes pou­vaient ar­ri­ver sur scène et juste re­mer­cier leur mère. On doit être struc­tu­ré, in­té­res­sant, drôle. Ça veut dire que Kat et moi de­vons nous pré­pa­rer quatre ou cinq courts nu­mé­ros.

KL Ce n’est pas comme aux Gé­meaux, où la ma­dame monte sur scène et pleure. C’est un ga­la où tout est drôle. Où tout le monde est drôle. C’est vrai­ment pos­sible d’avoir beau­coup de no­mi­na­tions et de ne rien ga­gner! Je consi­dère que j’ai dé­jà une belle vie! Que j’aie le plus de chances de ga­gner ou non, la vé­ri­té, c’est que ren­due au ga­la, je veux seule­ment mon­ter sur scène si j’ai un bon dis­cours! Au ga­la de l’ADISQ cette an­née, je m’étais écrit quelque chose et j’ai­mais ça. Je vou­lais ga­gner juste pour al­ler le dire sur scène!

FB C’est toi qui au­rais dû ga­gner parce que mes re­mer­cie­ments n’ont pas mar­ché! (rires) Q Quel est le prix que vous es­pé­rez le plus rem­por­ter? Ce­lui qui vous in­dif­fère?

KL Meilleur t exte, c’est co­ol parce que ça ré­com­pense une équipe. C’est le fun de mon­ter sur scène avec les gens qui t’ont ai­dée. Les textes, c’est pas mal la base, même si ce n’est pas juste ça, un spec­tacle d’hu­mour. J’ai­me­rais aus­si un prix pour Like- moi! C’est tou­jours co­ol les émis­sions en groupe ré­com­pen­sées. Quand on parle de meilleur ven­deur, c’est plus des faits. Je sais bien que je ne gagne pas ça!

FB Meilleur ven­deur ne de­vrait pas exis­ter. Tu as dé­jà les plus grands avan­tages dans le mi­lieu : les meilleures dates, des salles, tou­jours de l’am­biance dans ta salle. Je lais­se­rais tom­ber cette ca­té­go­rie-là. Tu es le meilleur ven­deur, je n’en re­viens pas qu’on en re­parle. Le prix que je pré­fère, c’est meilleur show, qui en­globe tout. L’écri­ture, la li­vrai­son, etc. C’est l’Oli­vier qui vaut le plus cher! L’Oli­vier de l’an­née est ce­lui qui me fait le plus peur. En même temps, je ne suis pas contre le tro­phée, mais il me met mal à l’aise. Si je le gagne, j e vais être content sans avoir fait l’ef­fort de sol­li­ci­ter les gens à vo­ter! Je ne m’ima­gine pas dire à mes fans de vo­ter pour moi dans cette ca­té­go­rie. On de­vrait plu­tôt faire un son­dage, ap­pe­ler 1000 per­sonnes.

KL Je suis d’ac­cord avec toi, ça ne me tente pas tant que ça de vendre du cho­co­lat [à mes fans], tant qu’à y être. On ré­com­pen­se­rait quoi au fi­nal?

FB Par ailleurs, au Ga­la Les Oli­vier, l’hu­mo­riste de­vrait être ju­gé pour ce qu’il fait sur scène. Il a le droit de faire de la té­lé et de la ra­dio, mais c’est la scène qui de­vrait être ré­com­pen­sée. Si tu es l’Oli­vier de l’an­née parce que tu es l’hu­mo­riste le plus drôle à la ra­dio cette an­née, c’est plate que le len­de­main ce soit toi qu’on voie par­tout. Q Avez-vous l’es­prit de com­pé­ti­tion?

FB En hu­mour, on est tou­jours en com­pé­ti­tion. Il y a une obli­ga­tion de ré­sul­tat, on en­tend les rires ou pas. Les Oli­vier, c’est le sum­mum de tout ça.

KL Quel autre genre d’ art de­mande de se suc­cé­der les uns après les autres sur la même scène? Ce n’est que com­pa­rai­son!

FB Le mi­lieu de l’ hu­mour est com­pé­ti­tif. Quand on est sur un show, il y a tou­jours plu­sieurs hu­mo­ristes. L’hu­mour est à la fois cruel et ex­tra­or­di­naire. Quand ça ne rit pas, tout le monde le sait. Et si tu fais un hit, tout le monde le sait aus­si. On est ha­bi­tués à ça. Mais c’est un mé­tier bi­zarre. Quand on est en­semble, on par­tage nos ex­pé­riences, notre pas­sion pour ce mé­tier.

KL Quand je suis ar­ri­vée dans ce mi­lieu, il y avait dé­jà plein d’hu­mo­ristes, alors j’ai tou­jours vé­cu ça comme ça. Les gens m’ont connu grâce à un con­cours d’hu­mour. Qu’est-ce qui est meilleur, des pommes ou de ba­nanes? Ça dé­pend du temps! J’ aime mieux vendre moins de billets à des gens qui m’aiment pour vrai que des mil­liers à des gens sans connexion. Je n’ au­rais ja­mais pen­sé ça il y a deux ans. Il y a plein d’hu­mo­ristes avec qui je n’au­rais pas été amie au se­con­daire, mais on vit tel­le­ment la même réa­li­té que ça nous rap­proche. Q Au quo­ti­dien, comment vi­vez­vous votre no­to­rié­té?

KL Si ça ne me tente pas de par­ler à des gens, je ne vais pas fla­sher mes che­veux roux à la Dis­til­le­rie un sa­me­di soir ou al­ler au Car­re­four La­val!

FB Il faut y al­ler, mais il faut être de bonne hu­meur. C’est ben nor­mal. À Mon­tréal, les gens sont plus ha­bi­tués de nous croi­ser.

KL Dans mon quar­tier, les gens ne savent pas trop qui est Vé­ro­nique Clou­tier! Mon voi­sin m’a vue sur la cou­ver­ture du Elle Qué­bec et m’a de­man­dé si j’étais man­ne­quin dans la vie. Les gens sont in­tenses, mais fins! Je ne vais pas mou­rir

parce que quel­qu’un est ve­nu me sa­luer. Par­fois, tu sors et tu ne peux pas être soûl, c’est cer­tain! Q

Quand vous pré­sen­tez votre spec­tacle, le plus im­por­tant pour vous est le suc­cès po­pu­laire ou cri­tique? KL Je suis tel­le­ment pre­mière de classe, je ne peux pas me faire chi­ca­ner, alors je veux une bonne

cri­tique! Mais j’avoue que seule de­vant ton pu­blic à La Tuque, tu veux un suc­cès po­pu­laire!

FB Je di­rais suc­cès po­pu­laire. Je veux que ça rie, je ne veux pas de ma­laise dans la salle. La cri­tique, c’est plus per­son­nel. Le pu­blic ne peut pas vrai­ment se trom­per. Par contre, j’ai le goût de me chal­len­ger pour voir ce que le pu­blic va ai­mer dans 10 ans. Alors cer­tains

nu­mé­ros ne marchent pas au dé­but, mais tu fi­nis par trou­ver comment le faire fonc­tion­ner. Le pu­blic mène en hu­mour. L’hu­mour pas de rire, c’est im­pos­sible! J’ai eu de bonnes cri­tiques pour mon der­nier show. Je me di­sais dé­jà que j’al­lais me faire ra­mas­ser pour le pro­chain. C’est dans ma per­son­na­li­té, j’ai du mal à prendre les com­men­taires po­si­tifs.

— PHO­TO DA­VID BOILY, LA PRESSE

Ka­the­rine Le­vac et Fran­çois Bellefeuille ont ob­te­nu le plus grand nombre de sé­lec­tions au Ga­la Les Oli­vier, qui se tien­dra di­manche pro­chain.

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