«Ce n’est pas une fête»

La clause de force ma­jeure au coeur du dé­bat

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - MARC RO­CHETTE marc.ro­[email protected]­nou­vel­liste.qc.ca

BÉ­CAN­COUR — «Un an de lo­ckout. Ce n’est pas fa­cile. Ce n’est pas une fête, mais un ras­sem­ble­ment. On veut le sou­li­gner à toute la po­pu­la­tion, au gou­ver­ne­ment et à l’em­ployeur. De­puis le dé­but du conflit, le rap­port de force est dés­équi­li­bré avec cette clause de force ma­jeure. L’em­ployeur doit re­ve­nir à la table né­go­cier.»

Voi­là le pre­mier mes­sage qu’a lan­cé le pré­sident de la sec­tion lo­cale 9700, Clé­ment Masse, aux cen­taines de lo­ckou­tés réunis ven­dre­di de­vant le bu­reau de cir­cons­crip­tion du dé­pu­té de Ni­co­let- Bé­can­cour, Do­nald Mar­tel, qui fut ac­cueilli po­li­ment.

Seul élu à avoir ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion du syn­di­cat, ce­lui-ci a ou­ver­te­ment de­man­dé à l’em­ployeur de cla­ri­fier ses at­tentes. « Les di­ri­geants d’ABI se doivent de dé­mon­trer un dé­sir sin­cère et réel de né­go­cier et de re­cher­cher des so­lu­tions ac­cep­tables à la fois pour l’en­tre­prise, mais aus­si pour ses tra­vailleurs » , a- t- il lan­cé.

Du même souffle, le re­pré­sen­tant ca­quiste a aus­si de­man­dé aux lea­ders syn­di­caux de re­dou­bler d’ef­forts, d’y al­ler avec le maxi­mum d’éner­gie et d’ou­ver­ture et de faire leur part afin d’évi­ter que ce conflit se pro­longe «en­core et en­core».

«Je trouve in­ac­cep­table qu’on n’ait pas com­men­cé à voir un peu de lu­mière au bout du tun­nel, après une an­née de conflit, et que les par­ties soient en­core aus­si éloi­gnées l’une de l’autre», a-t-il dé­crié.

Par ailleurs, ce­lui- ci a te­nu à ré­ité­rer sa confiance en­vers son col­lègue, le mi­nistre Jean Bou­let. «C’est un gars com­pé­tent. Il tra­vaille fort et il est dé­ter­mi­né. Je de­mande à vos di­ri­geants syn­di­caux de col­la­bo­rer avec lui. On se re­met tous à la tâche. On se re­trousse les manches tout le monde. On va y ar­ri­ver», a fait va­loir M. Mar­tel. « Par­mi vous autres, j’ai des amis très près, de la fa­mille, des connais­sances. Je le sais que c’est dif­fi­cile. Vous êtes de bonnes per­sonnes et des bons tra­vailleurs » , ren­ché­rit-il.

Pour sa part, le di­rec­teur qué­bé­cois des Mé­tal­los, Alain Cro­teau, n’a pas man­qué de rap­pe­ler qu’il y a un an, les tra­vailleurs d’ABI étaient ex­pul­sés de l’usine à 3 h du ma­tin, «les em­pê­chant de prendre leur douche pour se dé­bar­ras­ser des conta­mi­nants toxiques».

« Si ABI était obli­gée de payer le bloc d’élec­tri­ci­té qui lui est ré­ser­vé, elle au­rait pro­ba­ble­ment adop­té une autre at­ti­tude. Le gou­ver­ne­ment doit re­voir ces contrats in­équi­tables qui per­mettent à ces com­pa­gnies de prendre en otage les tra­vailleurs tout en re­fi­lant la fac­ture aux contri­buables», a-t-il dé­cla­ré.

« Fran­çois Le­gault avait pro­mis d’en faire une réelle prio­ri­té une fois au pou­voir. Il doit main­te­nant joindre l’acte à la pa­role. Les contrats d’élec­tri­ci­té entre le gou­ver­ne­ment, Hy­dro- Qué­bec et les mul­ti­na­tio­nales de l’alu­mi­nium dés­équi­librent les rap­ports de force», a mar­te­lé le pré­sident de la FTQ, Daniel Boyer. « Un an, c’est long, très long, trop long», a-t-il pour­sui­vi, par­lant d’un em­ployeur de mau­vaise foi.

Douze mois plus tard, les né­go­cia­tions sont tou­jours dans une im­passe et la com­pa­gnie exige da­van­tage de conces­sions qu’au dé­but du conflit. Se­lon le syn­di­cat, le pre­mier mi­nistre du Qué­bec, qui avait pro­mis en cam­pagne élec­to­rale que le dos­sier du lock- out chez ABI en se­rait un prio­ri­taire, «se montre au­jourd’hui im­puis­sant alors que le conflit s’éter­nise».

Les nom­breuses ten­ta­tives de mé­dia­tion se sont toutes sol­dées par un échec, «alors que la par­tie pa­tro­nale lève le nez sur des ten­ta­tives de com­pro­mis et ajoute de nou­velles de­mandes à celles dé­jà for­mu­lées», fait re­mar­quer le syn­di­cat.

«Peu sé­pa­rait les par­ties en jan­vier 2018 au mo­ment du dé­clen­che­ment du conflit. Le fos­sé s’est agran­di de­puis et un mil­lier de fa­milles ont souf­fert toute l’an­née pour la gour­man­dise d’une mul­ti­na­tio­nale. Nous avons be­soin que le gou­ver­ne­ment sorte de sa pseu­do-neu­tra­li­té et ré­ta­blisse un équi­libre dans les rap­ports de force. ABI abuse de la si­tua­tion et main­tient des cen­taines de fa­milles dans l’in­sé­cu­ri­té, avec le si­lence com­plice du gou­ver­ne­ment du Qué­bec», a ajou­té Clé­ment Masse.

Jus­qu’à pré­sent, Hy­dro- Qué­bec et le gou­ver­ne­ment ont per­du près de 220 mil­lions de dol­lars de re­ve­nus en rai­son du lock-out. Les 1030 syn­di­qués de l’Alu­mi­ne­rie de Bé­can­cour ont été mis en lo­ckout le 11 jan­vier 2018 par Al­coa et Rio Tin­to. Les né­go­cia­tions achop­paient sur le fi­nan­ce­ment du ré­gime de re­traite et le res­pect de l’an­cien­ne­té dans les mou­ve­ments de main-d’oeuvre.

Le pré­sident de la sec­tion lo­cale 9490, Alexandre Fré­chette, était sur place, ven­dre­di, les Mé­tal­los de Rio Tin­to, à Al­ma, ayant su­bi le même sort pen­dant six mois en 2012. «Ce n’est pas vrai que c’est un conflit pri­vé. Ça prend un coup de pied de la part de nos gou­ver­ne­ments. On va être là le temps que ça va prendre», a-t-il pro­mis, tout en in­vi­tant les lock­tou­tés d’ABI à ne pas écou­ter Jean Si­mard, de l’As­so­cia­tion de l’alu­mi­nium du Ca­na­da, qui cherche, dit-il, «à vous jouer dans la tête».

Le grand pa­tron de l’AAC pense que l’ABI est une usine en dan­ger. « C’est qua­si­ment un mi­racle que ce soit en­core en opé­ra­tion parce que ce n’est pas pro­duc­tif » , avait confié M. Si­mard en en­tre­vue au Nou­vel­liste.

Te­nu dans un froid si­bé­rien, le ras­sem­ble­ment syn­di­cal s’est ter­mi­né avec un cri de ral­lie­ment des plus en­thou­siastes de la part des lo­ckou­tés, qui ont pro­non­cé en choeur le slo­gan des Mé­tal­los: «force, so­li­da­ri­té, res­pect ».

— PHO­TO: FRAN­ÇOIS GER­VAIS

Le pré­sident de la sec­tion lo­cale 9700, Clé­ment Masse, et le di­rec­teur qué­bé­cois des Mé­tal­los, Alain Cro­teau.

— PHO­TO: FRAN­ÇOIS GER­VAIS

Des cen­taines de lo­ckou­tés étaient réunis ven­dre­di de­vant le bu­reau de cir­cons­crip­tion du dé­pu­té de Ni­co­let- Bé­can­cour, Do­nald Mar­tel.

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