Le co­ton oua­té de la dis­corde

Le Nouvelliste - - LA UNE - OLI­VIER BOS­SÉ [email protected]­so­leil.com

Des élus de l’As­sem­blée na­tio­nale ont bar­ré l’ac­cès au Salon bleu à la dé­pu­tée Ca­the­rine Do­rion

Ca­the­rine Do­rion n’était pas bien dans son co­ton oua­té, jeu­di ma­tin. Plu­tôt, d’autres dé­pu­tés n’étaient pas bien à la vue du co­ton oua­té de Ca­the­rine Do­rion. As­sez pour que ce­la em­pêche la dé­pu­tée de sié­ger.

La re­la­tion aigre- douce entre le style de la dé­pu­tée de Ta­sche­reau et le dé­co­rum de l’As­sem­blée na­tio­nale du Qué­bec n’est pas nou­velle. Elle dure de­puis son élec­tion, il y a 13 mois. Jeu­di, la crise a at­teint un som­met in­éga­lé.

Se­lon ce qu’a ré­vé­lé Qué­bec so­li­daire, le par­ti de Mme Do­rion, «des dé­pu­tés ont in­ter­pel­lé le pré­sident [ avant la pé­riode de ques­tions] pour de­man­der de sé­vir contre la dé­pu­tée de Ta­sche­reau qui, se­lon ces dé­pu­tés, por­tait des vê­te­ments qui sont contraires au dé­co­rum», a ra­con­té le porte-pa­role de QS, Ga­briel Na­deau-Du­bois, à sa sor­tie de la chambre.

On parle d’un large gi­let à ca­pu­chon en co­ton oua­té et de pan­ta­lons leg­gings, ha­bille­ment dé­jà por­té par Mme Do­rion du­rant les dé­bats en chambre.

Sauf que là, ce­la sur­vient une se­maine après la pho­to d’Hal­lo­ween prise au Salon rouge, où Mme Do­rion était « dé­gui­sée en dé­pu­tée» à jupe courte et qui a me­né à une plainte du Par­ti li­bé­ral à son en­droit au­près de la com­mis­saire à l’éthique de l’As­sem­blée na­tio­nale.

Ce nou­vel in­ci­dent coïn­ci­dait aus­si avec le dé­pôt de la ré­ponse du pré­sident de l’As­sem­blée, Fran­çois Pa­ra­dis, à la lettre ré­di­gée ven­dre­di der­nier à ce pro­pos par la whip de l’op­po­si­tion of­fi­cielle, Ni­cole Mé­nard. Ré­ponse où M. Pa­ra­dis dit consi­dé­rer «l’in­ci­dent clos» et pro­met de « veiller au res­pect de notre ins­ti­tu­tion».

Mais lais­sons M. Na­deau-Du­bois conti­nuer. «Je suis al­lé voir Ca­the­rine et je lui ai de­man­dé d’al­ler dis­cu­ter à l’ex­té­rieur du Salon bleu. J’ai eu une dis­cus­sion avec l’équipe de la pré­si­dence, qui m’a fait com­prendre que des dé­pu­tés me­na­çaient de faire des in­ter­ven­tions en chambre pour qu’il ex­pulse Ca­the­rine Do­rion.

«J’en ai in­for­mé Ca­the­rine Do­rion, qui était ébran­lée. Pour évi­ter que ça prenne des pro­por­tions ri­di­cules, elle a pré­fé­ré ne pas as­sis­ter à la pé­riode de ques­tions», a ré­su­mé le porte-pa­role de QS.

Re­fu­sant de je­ter la pierre au pré­sident, for­cé d’in­ter­ve­nir si des dé­pu­tés le lui de­mandent, M. Na­deau-Du­bois en a contre les dé­pu­tés qui ont pro­tes­té.

«Être dé­ran­gés par Ca­the­rine, trou­ver ir­ri­tante sa ma­nière de jouer son rôle de dé­pu­tée, même la cri­ti­quer pu­bli­que­ment, ça fait par­tie de la joute po­li­tique. Par contre, ce qui vient de se pas­ser, c’est plus grave. Une dé­pu­tée élue lé­gi­ti­me­ment par les gens de sa cir­cons­crip­tion ne s’est pas sen­tie ac­cueillie et à sa place dans notre As­sem­blée. C’est grave», a cla­mé M. Na­deau-Du­bois, ju­geant que son «amie Ca­the­rine» «n’a pas à se chan­ger pour exer­cer son rôle de dé­pu­tée».

Dans le camp gou­ver­ne­men­tal, le whip de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec as­sure que «pour mon cau­cus, ça ne pas­se­rait pas», tranche Éric Le­febvre, sur la te­nue de Mme Do­rion.

Sa col­lègue Chan­tal Sou­cy, aus­si vice-pré­si­dente de l’As­sem­blée, va plus loin. « Il était temps qu’on trace une ligne», a com­men­té Mme Sou­cy, s’af­fir­mant «tout à fait en ac­cord» avec la «dé­ci­sion du pré­sident».

«Ce n’était pas une te­nue ves­ti­men­taire digne d’une fonc­tion de dé­pu­tée dans l’en­ceinte du Salon bleu. Nos règles sont as­sez claires. Même si ce n’est pas écrit noir sur blanc, pas be­soin d’un des­sin pour savoir c’est quoi une te­nue ves­ti­men­taire. On parle d’une te­nue de ville. Si vous al­lez voir sur n’im­porte quel mo­teur de re­cherche, vous al­lez voir que le co­ton oua­té n’en fait pas par­tie», a je­té Mme Sou­cy.

Une ré­forme du code ves­ti­men­taire de l’As­sem­blée na­tio­nale du Qué­bec est au me­nu de­puis plu­sieurs mois, mais sans ré­sul­tat tan­gible. Comme à l’As­sem­blée na­tio­nale de France ou au con­seil mu­ni­ci­pal de Mon­tréal, on pour­rait, par exemple, re­ti­rer l’obli­ga­tion pour les hommes de por­ter une cra­vate.

Cette re­mise en ques­tion ré­sulte de l’ar­ri­vée de Mme Do­rion, entre autres, par­mi la dé­pu­ta­tion.

Dès l’au­tomne der­nier, son col­lègue de QS Sol Za­net­ti et elle s’étaient per­mis jeans, es­pa­drilles, ca­mi­sole et bottes Doc Mar­tens entre les murs du par­le­ment.

Le pré­sident Pa­ra­dis avait dès lors mis en marche «une ré­flexion» sur la mo­der­ni­sa­tion du code ves­ti­men­taire. Pour en ar­ri­ver, deux mois plus tard, au main­tien du sta­tu quo en at­ten­dant qu’un «large consen­sus» émerge.

S’en re­met­tant à la blague aux contra­ven­tions de style de son ami et sty­liste Jean Ai­rol­di, le chef par in­té­rim du Par­ti qué­bé­cois, Pas­cal Bé­ru­bé, sou­li­gnait par contre qu’«en toute cir­cons­tance, em­pê­cher un dé­pu­té de sié­ger, c’est quelque chose d’im­por­tant».

Mme Do­rion n’a pas ré­agi of­fi­ciel­le­ment. Jeu­di soir, elle était à Mon­tréal pour par­ti­ci­per à l’en­re­gis­tre­ment de Tout le monde en parle, émis­sion qui a du ma­té­riel à se mettre sous la dent pour la dif­fu­sion de di­manche soir.

— PHO­TO: LE SO­LEIL

Se­lon Qué­bec so­li­daire, des dé­pu­tés ont in­ter­pel­lé le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, jeu­di, pour lui de­man­der de sé­vir contre la dé­pu­tée Ca­the­rine Do­rion parce qu’elle au­rait por­té une te­nue «contraire au dé­co­rum».

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.