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Le Progrès Weekend - - SEXOLOGIE -

Ce n’est que trop tard que j’ai com­pris que le sexe pou­vait ri­mer avec plai­sir phy­sique, mais ça ne m’in­té­res­sait plus vrai­ment, ces af­faires-là… »

Voi­ci ce qu’une oc­to­gé­naire avan­cée m’a ex­pli­qué ré­cem­ment. Telle une place au so­leil ja­mais ré­cla­mée, c’est avec ce qui m’a sem­blé être une pointe de re­gret, voire pas du tout, que cette der­nière m’a par­lé de sa sexua­li­té « non con­som­mée ».

Au­cu­ne­ment in­ac­tive pour au­tant, cette dame a bien en­ten­du ho­no­ré son de­voir d’épouse en­vers ce­lui qu’elle a ma­rié pour la vie. « Chose que vous ne con­nais­sez plus en 2019 », me pré­ci­sa-telle. Elle a aus­si fait ce qu’il fal­lait pour as­su­rer sa descendance en met­tant au monde plus d’une dou­zaine d’en­fants. BRA­VO !

Pour­tant, elle n’a ja­mais eu ac­cès aux plai­sirs que peut of­frir une vie sexuelle fé­mi­nine, phy­si­que­ment par­lant. Une né­ces­si­té pour elle ? Ab­so­lu­ment pas, me ré­pond-elle ! L’ère ju­déo-chré­tienne étant ce qu’elle était, ces per­sonnes dites « vi­cieuses » avaient tout in­té­rêt à se mon­trer dis­crètes afin d’évi­ter les foudres de l’en­fer ou du moins, de Mon­sieur le cu­ré. cette pro­pa­gande re­pro­duc­tive vou­lant que les femmes de­vaient en­fan­ter puis en­fan­ter à nou­veau. De quoi rendre l’ap­pa­reil gé­ni­tal oc­cu­pé ! Pour le reste, vous re­pas­se­rez.

Grave né­ces­sai­re­ment ? « C’était aus­si bien comme ça, je ne me cas­sais pas la tête avec le reste, comme vous », m’ex­plique-t-elle.

Pour­quoi se sou­cier de perdre sa li­bi­do, de n’at­teindre l’or­gasme qu’une fois sur quatre, d’ex­plo­rer toutes les ca­vi­tés pos­sibles et ima­gi­nables à la re­cherche du­dit point G, de vou­loir se mettre à la page en dé­pen­sant sa paye en fouets et me­nottes, d’ana­ly­ser la pré­sence de cha­cun de ses poils pu­biens, de cal­cu­ler par di­zaines les par­te­naires, de lut­ter contre la gra­vi­té du sein ? Du temps et de l’éner­gie pour ça, il n’y en avait pas ! Peut-être aus­si étaient-elles pré­ser­vées de l’an­xié­té de per­for­mance ? Al­lez sa­voir…

Ce­ci dit, entre cette réa­li­té d’au­tre­fois et celle au­jourd’hui, la ligne m’ap­pa­raît mince entre ce qu’il y a de pire et de mieux. Les avan­cées sexo­lo­giques étant plus que ma­jeures, sur­tout pour la gent fé­mi­nine, loin de moi la vo­lon­té de re­cu­ler. Et s’il exis­tait le meilleur des deux mondes, pos­si­ble­ment pré­sent chez bien de ces gens de­puis tou­jours ?

Per­sonne, au grand ja­mais, ne de­vrait agir sexuel­le­ment contre son gré ou à des fins autres que sa propre vo­lon­té. Cette mer­veilleuse ar­rière-grand-mère à l’ou­ver­ture sur­pre­nante m’a confir­mé avoir tou­jours fait l’amour en fonc­tion de ces condi­tions.

Au-de­là d’une his­toire d’or­gasme, de li­bi­do dans le pla­fond, de nu­di­té ou d’éclai­rage ta­mi­sé, c’est avec plai­sir qu’elle s’of­frait une fois par se­maine à ce­lui qu’elle ap­pelle en­core amou­reu­se­ment « son bon­homme ». Jouir, elle n’a ja­mais connu ça et elle m’a pré­ci­sé ne ja­mais l’avoir vou­lu ! Le reste lui suf­fi­sait. Et au­jourd’hui ?

« Peut-être si j’étais plus jeune, mais en­core… avec qui ? Il au­rait fal­lu que j’y pense avant. Mais à quoi bon ? J’étais si bien ain­si ! »

Comme quoi chaque époque pro­pose aus­si quelque chose de beau. Rien ne sert de ju­ger. Mer­ci ma­dame !

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