L’APO­GÉE À PEINE DI­PLÔ­MÉ

Le Dr Fran­cis Meu­nier, chef du dé­par­te­ment de plas­tie de l’hô­pi­tal de Chi­cou­ti­mi, a par­ti­ci­pé à la toute pre­mière greffe de vi­sage au Ca­na­da

Le Progrès Weekend - - LA UNE - PATRICIA RAINVILLE prain­[email protected]­quo­ti­dien.com

Il est bien rare de vivre l’apo­gée d’une car­rière avant même de l’avoir vé­ri­ta­ble­ment com­men­cée. C’est pour­tant le cas du plas­ti­cien Dr Fran­cis Meu­nier, qui oc­cupe la fonc­tion de chef du dé­par­te­ment de plas­tie de l’hô­pi­tal de Chi­cou­ti­mi de­puis le 2 juillet der­nier. Alors qu’il était ré­sident se­nior à l’hô­pi­tal Mai­son­neuve-Ro­se­mont de Mon­tréal, Dr Meu­nier a par­ti­ci­pé à la toute pre­mière greffe de vi­sage, me­née par le chi­rur­gien Dr Daniel Bor­suk. L’ex­pé­rience d’une vie, n’hé­site pas à dire le jeune chi­rur­gien de 32 ans. Fran­cis Meu­nier a été nom­mé chef de dé­par­te­ment de l’hô­pi­tal de Chi­cou­ti­mi à l’été der­nier, quelques jours seule­ment après avoir ob­te­nu son di­plôme de plas­ti­cien. Ses der­niers mois de ré­si­dence, il les a pas­sés à l’hô­pi­tal Mai­son­neuve-Ro­se­mont, en tant que ré­sident se­nior et donc chef de tous les ré­si­dents. Ça al­lait donc de soi qu’il fasse par­tie de l’équipe de chi­rur­giens du Dr Bor­suk.

Pour ceux qui n’ont pas été té­moins de cet ex­ploit, la toute pre­mière greffe de vi­sage ca­na­dienne a été réa­li­sée en mai 2018, sur Mau­rice Des­jar­dins, un homme de 64 ans com­plè­te­ment dé­fi­gu­ré après un ac­ci­dent de chasse. L’opé­ra­tion a du­ré une tren­taine d’heures et Dr Fran­cis Meu­nier a été im­pli­qué dans le pro­ces­sus au cours des mois pré­cé­dant le grand jour et du­rant les deux mois sui­vants la greffe.

« Nous nous sommes pra­ti­qués sur des ca­davres du­rant un an. Ce qui est im­pres­sion­nant, c’est que lorsque nous nous pra­ti­quions, l’opé­ra­tion du­rait en­vi­ron quatre ou cinq heures. Le jour J, l’opé­ra­tion a du­ré en­vi­ron 30 heures. Avec des ca­davres, nous n’avions pas à nous oc­cu­per des sai­gne­ments, par exemple. Nous étions une di­zaine de chi­rur­giens. C’est évi­dem­ment Dr Bor­suk qui me­nait l’opé­ra­tion, mais nous avions tous un rôle à jouer. C’était ré­glé au quart de tour. Il y avait un im­mense ta­bleau avec 150 étapes écrites des­sus », a ex­pli­qué Dr Meu­nier, ren­con­tré cette se­maine dans ses lo­caux du bou­le­vard Tal­bot de Chi­cou­ti­mi.

«LE PLUS BEAU LAMBEAU AU MONDE»

Dr Fran­cis Meu­nier es­time que par­ti­ci­per à ce genre d’opé­ra­tion, pour un plas­ti­cien, re­pré­sente l’apo­gée d’une car­rière. « Je vais sans doute re­vivre des évé­ne­ments du genre, mais c’était vrai­ment une ex­pé­rience ex­cep­tion­nelle. La greffe d’un vi­sage, c’est vrai­ment le plus beau lambeau à gref­fer au monde. Il y a tout, les muscles, la peau, les nerfs, les

os. C’était tel­le­ment en­ri­chis­sant », ra­conte Dr Meu­nier, qui a éga­le­ment été res­pon­sable des soins quo­ti­diens de Mau­rice du­rant les deux mois sui­vant la chi­rur­gie. Pour des rai­sons de confi­den­tia­li­té, il n’est tou­te­fois pas pos­sible d’en ap­prendre plus sur l’état de san­té de M. Des­jar­dins.

« Di­sons que je ne pou­vais pas mieux fi­nir ma ré­si­dence. Des greffes de vi­sages, il va sû­re­ment y en avoir plus, mais de par­ti­ci­per à la toute pre­mière, c’est un im­mense pri­vi­lège, ra­conte le chi­rur­gien de 32 ans, qui a été énor­mé­ment ins­pi­ré par l’équipe de chi­rur­giens de l’hô­pi­tal Mai­son­neuve-Ro­se­mont. Ce sont des spé­cia­listes très humbles, mais je suis d’avis que ce sont les meilleurs du Ca­na­da. Ils ont une ap­proche mé­di­cale et hu­maine hors pair. Et la di­rec­tion a aus­si eu beau­coup d’au­dace en réa­li­sant cette greffe », in­dique Dr Meu­nier, qui com­pare ce genre d’opé­ra­tion à un bal­let.

« J’ai été im­pres­sion­né par la tech­nique de toutes les équipes, pas seule­ment des mé­de­cins. Les pré­po­sés, les in­fir­mières, les per­sonnes à l’en­tre­tien, tout le monde avait son rôle à jouer. C’était comme une cho­ré­gra­phie, un grand bal­let. Il y avait quelque chose de spi­ri­tuel, avec le si­lence qui ré­gnait au bloc », se sou­vient le mé­de­cin.

L’opé­ra­tion au­ra donc du­ré un peu plus de 30 heures. Mau­rice Des­jar­dins a re­çu le vi­sage d’un don­neur dé­cé­dé et ano­nyme. Dr Fran­cis Meu­nier au­ra été au­près du Dr Bor­suk du dé­but à la fin, comme toute l’équipe. Mais com­ment font les chi­rur­giens pour te­nir au­tant d’heures ? « Ça ar­rive plus sou­vent qu’on le pense. J’ai fait des opé­ra­tions d’une quin­zaine d’heures aus­si. Il y a l’adré­na­line qui em­barque et notre corps s’adapte. C’est cer­tain qu’après une telle opé­ra­tion, un long re­pos est né­ces­saire ! », sou­ligne Dr Meu­nier.

Et lorsque les nou­velles lèvres de Mau­rice Des­jar­dins ont pris une teinte ro­sée, après quelques se­condes seule­ment, l’équipe du Dr Bor­suk, dont Fran­cis Meu­nier, a su que ces 30 heures de tra­vail n’avaient pas été vaines.

— PHO­TO LE PRO­GRÈS, MARIANE L. ST-GELAIS

Fraî­che­ment di­plô­mé, le chi­rur­gien Fran­cis Meu­nier a joint l’équipe de plas­tie de l’hô­pi­tal de Chi­cou­ti­mi le 2 juillet der­nier.

— PHO­TO COURTOISIE

DrF­ran­cis Meu­nier, qu’on voit ici à droite, pen­dant la greffe de vi­sage réa­li­sée en mai 2018. Il est ac­com­pa­gné par un autre chi­rur­gien, Dr Mi­hi­ran Ka­ru­na­nayake.

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