Des Ca­na­diens passent les bar­rages en louant une am­bu­lance

Le Progrès Weekend - - ACTUALITÉS - SIDHARTHA BANERJEE

Un mé­de­cin d’Ot­ta­wa qui s’est aven­tu­ré au pé­ril de sa vie, ven­dre­di, sur les routes d’Haï­ti pour se rendre à l’aé­ro­port de Port-au-Prince avec trois col­lègues ca­na­diennes s’es­time chan­ceux d’être en­core en vie. Et il re­com­mande aux per­sonnes coin­cées dans ce pays de ne sur­tout pas suivre son exemple.

« S’il vous plaît : ne faites pas (ce que j’ai fait), car vous pour­riez être tué », a dé­cla­ré le doc­teur Émi­lio Ba­zile à La Presse ca­na­dienne de­puis l’aé­ro­port Tous­saint-Lou­ver­ture, après une ga­lère de sept heures et de­mie qui s’est ter­mi­née par l’em­bauche d’un chauf­feur d’am­bu­lance pour fran­chir en sé­cu­ri­té les bar­rages im­pro­vi­sés. « C’était un pari ris­qué. »

Le doc­teur Ba­zile et trois pro­fes­sion­nelles de la san­té du Nou­veauB­runs­wick avaient dé­ci­dé de par­tir ven­dre­di ma­tin à bord de deux vé­hi­cules dans l’es­poir que les né­go­cia­tions entre le pré­sident haï­tien et l’op­po­si­tion met­traient fin aux vio­lentes ma­ni­fes­ta­tions qui se­couent le pays et qui ont fait plu­sieurs morts de­puis une se­maine.

Mais après l’échec des né­go­cia­tions, da­van­tage de bar­ri­cades en­core ont été éri­gées du­rant la nuit de ven­dre­di . « Nous avions le faux es­poir que les choses s’étaient amé­lio­rées, a dé­cla­ré M. Ba­zile. C’est pour­quoi nous sommes par­tis. »

Au lieu de ce­la, l’équi­page a plon­gé dans un cau­che­mar en quit­tant Aquin, à en­vi­ron 115 ki­lo­mètres à l’ouest de Port-au-Prince. Les Ca­na­diens sont tom­bés sur de nom­breux bar­rages rou­tiers et ont dû faire un dé­tour par des routes se­con­daires. « C’était ter­rible, a ra­con­té M. Ba­zile. On de­vait payer chaque fois que l’on pas­sait quelque part : 500 $, par­fois 1000 $ pour nous lais­ser pas­ser. »

Ot­ta­wa a pu­blié jeu­di soir un nou­vel avis concer­nant Haï­ti, et re­com­mande main­te­nant aux Ca­na­diens d’évi­ter tout dé­pla­ce­ment dans ce pays, alors que le Ca­na­da s’ef­force de ra­pa­trier ses res­sor­tis­sants qui y sont coin­cés. Af­faires mon­diales Ca­na­da pré­vient main­te­nant que « la si­tua­tion en ma­tière de sé­cu­ri­té pour­rait se dé­té­rio­rer ra­pi­de­ment » et que les Ca­na­diens de­vraient « en­vi­sa­ger de quit­ter par des moyens com­mer­ciaux tant qu’ils sont dis­po­nibles ».

Le pre­mier mi­nistre qué­bé­cois, Fran­çois Le­gault, a an­non­cé ven­dre­di que 113 tou­ristes coin­cés au com­plexe tou­ris­tique Royal De­ca­me­ron de­vraient être trans­por­tés en toute sé­cu­ri­té sa­me­di par hé­li­co­ptères jus­qu’à l’aé­ro­port. Plus tôt ven­dre­di, le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a dé­cla­ré qu’Ot­ta­wa et son corps di­plo­ma­tique met­taient tout en oeuvre pour ai­der les Ca­na­diens à ren­trer chez eux.

«J’AI PLEU­RÉ»

Par­mi ces Ca­na­diens se trouve une équipe de 26 tra­vailleurs hu­ma­ni­taires liés à un groupe de mis­sion­naires du Qué­bec, dont la si­tua­tion est res­tée in­chan­gée ven­dre­di.

Vingt-quatre autres mis­sion­naires du sud de l’Al­ber­ta se trou­vaient dans le pays pour or­ga­ni­ser une confé­rence de femmes et tra­vailler à un pro­jet de lo­ge­ment. Une co­or­don­na­trice de l’or­ga­nisme « Hai­ti Arise » a dé­cla­ré que ses col­la­bo­ra­teurs étaient en sé­cu­ri­té à GrandGoave, à en­vi­ron 65 ki­lo­mètres de la ca­pi­tale, et at­ten­daient un hé­li­co­ptère af­fré­té pour les em­me­ner à l’aé­ro­port et prendre l’avion plus tard ven­dre­di.

« Tout le monde semble as­sez po­si­tif quand je leur parle, mais vous sa­vez ce qui se passe lorsque vous vou­lez ren­trer chez vous, alors qu’eux ne le peuvent pas pour le mo­ment », a dé­cla­ré Mi­chelle Guen­ther dans un en­tre­tien té­lé­pho­nique.

Le doc­teur Ba­zile a dé­cla­ré qu’au milieu de tout ce chaos, il était par­ti­cu­liè­re­ment in­quiet pour ses com­pagnes ca­na­diennes, très ef­frayées. À un mo­ment don­né, leurs vé­hi­cules ont été bom­bar­dés de pierres et de bou­teilles de verre. « J’ai pleu­ré, a lais­sé tom­ber M. Ba­zile, qui dit n’avoir ja­mais rien vé­cu de pa­reil. Quand ils nous ont je­té des choses, j’ai pleu­ré. On au­rait dit que ça ne fi­ni­rait ja­mais, tout ce mal. Il n’y avait plus de fin. »

Lors d’une pe­tite pause dans une mai­son, ils ont ap­pris que des vé­hi­cules d’ur­gence fran­chis­saient les bar­ri­cades sans pro­blème. Ils ont dé­ci­dé de com­man­der une am­bu­lance afin de four­nir un pas­sage sé­cu­ri­sé pour la der­nière par­tie du voyage.

« Nous avons com­man­dé une am­bu­lance, croyez-le ou non, pour al­ler à l’aé­ro­port, a dé­cla­ré M. Ba­zile. Nous avons payé 250 dol­lars amé­ri­cains au chauf­feur de l’am­bu­lance. » Cer­tains ont pris place dans l’am­bu­lance tan­dis que les autres ont sui­vi der­rière dans le vé­hi­cule loué.

En at­ten­dant le pre­mier d’une sé­rie de vols et d’es­cales pré­vus pour le ra­me­ner à son do­mi­cile d’Ot­ta­wa d’ici sa­me­di après-mi­di, M. Ba­zile a ex­pri­mé son sou­la­ge­ment. « Je suis sor­ti, c’est ce qui im­porte. »

Ca­the­rine Da­vies, une in­fir­mière de Wood­stock, au Nou­veau-Bruns­wick, qui fai­sait par­tie du pé­riple, a écrit sur Fa­ce­book ven­dre­di : « 7,5 heures de cau­che­mar, nous sommes en sé­cu­ri­té à l’aé­ro­port ».

S’il vous plaît: ne faites pas (ce que j’ai fait), car vous pour­riez être tué. — Dr Émi­lio Ba­zile

— PHO­TO AFP, HECTOR RETAMAL

La neu­vième jour­née de pro­tes­ta­tion à Port-au-Prince, en Haï­ti, fut mou­ve­men­tée pour des Ca­na­diens qui ont ten­té de pas­ser les bar­rages im­pro­vi­sés en louant une am­bu­lance.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.