Ap­pe­lez-la Evelyn

Le Progrès Weekend - - LE MAG - PATRICIA RAINVILLE prain­[email protected]­quo­ti­dien.com

Evelyn Oli­vier est une étu­diante de 22 ans de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Chi­cou­ti­mi (UQAC). Celle qui se dé­fi­nit main­te­nant comme une femme est pour­tant née gar­çon. Mais ne lui de­man­dez pas quel était son nom avant sa tran­si­tion, puisque cette ques­tion est consi­dé­rée comme in­dis­crète au sein de la com­mu­nau­té trans. En dé­but d’en­tre­vue, la jour­na­liste du Pro­grès a de­man­dé à Evelyn s’il y avait des ques­tions avec les­quelles elle n’était pas à l’aise.

« Pas vrai­ment, mais je ne veux pas qu’on parle de mon an­cien nom. C’est comme si je vous de­man­dais quel était le sur­nom que les jeunes vous don­naient pour vous écoeu­rer lorsque vous étiez à l’école ! », a com­pa­ré la jeune femme.

Evelyn Oli­vier a su au dé­but de son ado­les­cence qu’elle n’était pas née avec le bon sexe. « Moi, en­fant, je ne me ques­tion­nais pas là-des­sus, je vi­vais ma vie d’en­fant. Je ne me po­sais pas trop de ques­tions, mais je n’étais pas su­per bien dans ma peau. J’avais une voix as­sez ai­guë et je n’ai pas eu de grand choc à la pu­ber­té, comme d’autres trans. Je n’ai ja­mais vrai­ment eu de barbe. Toutes mes amies étaient des filles. Di­sons qu’on me pre­nait dé­jà pour une fille », se re­mé­more l’étu­diante en pro­gram­ma­tion de jeux vi­déo.

L’ado­les­cence d’Evelyn n’a pas été fa­cile pour au­tant, puis­qu’elle res­sen­tait des symp­tômes dé­pres­sifs. « J’ignore si c’est en rai­son de mon ma­laise avec mon genre, mais c’est cer­tain que ça n’a pas dû ai­der », ra­conte celle qui a fait une ten­ta­tive de sui­cide à 14 ans.

C’est d’ailleurs au­tour de 14 ans que celle qui était un gar­çon à l’époque a pris la dé­ci­sion d’en par­ler avec ses amies. « Ce qui est drôle, dans ce genre de si­tua­tion, c’est que sou­vent, les proches le savent avant nous-mêmes. Du moins, ç’a été ça pour moi. Lorsque j’en ai par­lé pour la pre­mière fois, mes amies m’ont dit qu’elles s’en dou­taient », confie Evelyn.

« Mais à l’époque, je ne sa­vais pas que c’était pos­sible de faire une tran­si­tion. On n’en en­ten­dait pas beau­coup par­ler et je ne connais­sais per­sonne qui avait vé­cu ça », ajoute celle qui a at­ten­du d’avoir 18 ans pour en par­ler avec sa fa­mille.

« Si je me com­pare avec d’autres per­sonnes trans, je l’ai eu as­sez fa­cile. Lorsque j’ai dit à ma mère qu’il fal­lait qu’on parle, elle s’est in­quié­tée, puisque j’avais dé­jà fait une ten­ta­tive de sui­cide. Lorsque je lui ai avoué, elle a sem­blé sou­la­gée ! », ra­conte la jeune femme. L’ac­cep­ta­tion a été un peu plus longue du cô­té pa­ter­nel, mais c’était plu­tôt par in­com­pré­hen­sion. « Il ne sa­vait pas vrai­ment ce que ça im­pli­quait, alors il ne com­pre­nait pas. Mais en gé­né­ral, mes proches m’ont sou­te­nu, sur­tout ma mère », ex­plique-t-elle.

VERS LA CHI­RUR­GIE

Si le par­cours de tran­si­tion d’Evelyn a été plu­tôt po­si­tif, il est tou­te­fois loin d’être ter­mi­né. Et le pire reste à ve­nir.

« J’ai com­men­cé le pro­ces­sus d’hor­mones il y a deux ans. J’ai eu un sui­vi psy­cho­lo­gique, et ça va bien. Mais je suis ren­due à l’étape de la chi­rur­gie et je suis un peu blo­quée », sou­ligne Evelyn.

En ef­fet, ce que peu de gens savent, c’est qu’avant une chi­rur­gie de chan­ge­ment de sexe, la zone du pu­bis et de ses en­vi­rons doit être to­ta­le­ment épi­lée. Bien qu’il s’agisse d’une exi­gence mé­di­cale, l’épi­la­tion au la­ser, par exemple, n’est pas cou­verte par l’as­su­rance ma­la­die. « Je suis une étu­diante et je n’ai pas du tout les sous pour ça ! Une épi­la­tion de la sorte, c’est as­sez dis­pen­dieux. De plus, je ne suis pas du tout à l’aise de me dé­nu­der de­vant quel­qu’un pour ça. J’en suis in­ca­pable. Je ne sais pas ce que je vais faire. Di­sons que cette étape est trop dif­fi­cile à pas­ser pour moi, pour le mo­ment », sou­ligne Evelyn. « Un jour, sû­re­ment », ajoute-t-elle. Pour le mo­ment, Evelyn vit bien avec sa si­tua­tion. Elle est en couple de­puis un an et de­mi avec une jeune femme de Qué­bec, qui la sou­tient et lui ap­porte beau­coup de ré­con­fort.

LE RE­GARD DE LA SO­CIÉ­TÉ

D’un point de vue gé­né­ral, Evelyn Oli­vier consi­dère la so­cié­té qué­bé­coise comme étant ou­verte en­vers la com­mu­nau­té trans. « C’est cer­tain que je res­semble à une femme, alors les gens qui ne le savent pas ne s’en rendent pas né­ces­sai­re­ment compte. De plus, j’évo­lue dans un milieu (ce­lui du jeu vi­déo) qui n’est pas fer­mé du tout. Lorsque je dis que je suis une femme trans, les gens disent : ‘‘O.K. ’’ Et on passe à autre chose », sou­ligne-t-elle.

D’ailleurs, la jeune femme tient à pré­ci­ser qu’une per­sonne née dans un corps d’homme, mais qui fait la tran­si­tion vers ce­lui d’une femme est une femme trans, et non le contraire. « Les gens se mêlent sou­vent ! Je ne suis pas un homme trans, mais je suis une femme trans », pré­cise Evelyn Oli­vier.

PRO­GRÈS, MARIANE L. ST-GELAIS — PHO­TO LE

Evelyn Oli­vier étu­die à l’UQAC en pro­gram­ma­tion de jeux vi­déo. La jeune femme, qui est née gar­çon, es­time que la so­cié­té qué­bé­coise est as­sez ou­verte quant à la com­mu­nau­té trans.

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