Au diable la confor­mi­té !

Le Progrès Weekend - - SEXOLOGIE -

Bon­jour à vous, Mon­sieur. Cette an­née 2019 où l’on ne se laisse plus rien im­po­ser en termes de sexua­li­té m’amène d’em­blée à vous po­ser cette grande ques­tion. Cette pré­fé­rence que vous me nom­mez, est-elle une pro­blé­ma­tique en soi ?

Pen­sons-y, nous qui vi­vons dans cette so­cié­té bri­sant de plus en plus les mo­dèles fé­mi­nins et mas­cu­lins, nom­més bi­naires, qu’im­posent les dik­tats de la vie. Si vous êtes le type d’in­di­vi­du à vou­loir por­ter le py­ja­ma à pattes ou en­core le ba­by­doll digne des pas­se­relles de Vic­to­ria Se­cret, est-ce fran­che­ment si grave ?

Sans en­trave au Code cri­mi­nel ni pro­ces­sus de vic­ti­mi­sa­tion, tout de­vient pos­sible chez l’adulte consen­tant. Ce­ci dit, puisque je per­çois une pos­sible in­cer­ti­tude, ex­plo­rons les causes pou­vant justifier cet in­té­rêt pour la lin­ge­rie.

FÉ­TI­CHISME

Oui, il y a des gens qui dé­montrent un in­té­rêt sexuel en­vers un ob­jet pré­cis. Dans votre cas, la lin­ge­rie fé­mi­nine nous in­té­resse. De ce fait, l’im­por­tance est de pou­voir dif­fé­ren­cier s’il s’agit d’une co­quet­te­rie, d’un faire-va­loir, d’une cause d’émous­tille­ment ou plu­tôt d’une obli­ga­tion ab­so­lue pour vivre l’ex­ci­ta­tion sexuelle.

En 2017, j’ex­pli­quais le fé­ti­chisme dans ce même jour­nal à ce mec ac­cro du ta­lon haut. « Bien sûr qu’il s’agit de plus qu’un agré­ment, c’est plu­tôt d’une dé­pen­dance à la­quelle je fais ré­fé­rence ! Une pa­ra­phi­lie, c’est ain­si que le DSM-V [ma­nuel de psy­chia­trie] dé­crit ce qu’est le fé­ti­chisme. Je vul­ga­ri­se­rai les cri­tères diag­nos­tics en ex­pli­quant qu’il s’agit de pen­sées ex­ci­tantes, d’im­pul­sions ou de com­por­te­ments sur­ve­nant de fa­çon in­tense et ré­pé­tée im­pli­quant la­dite bot­tine [...]. »

De ce fait, Mon­sieur, est-ce né­ces­saire chez vous de por­ter la nui­sette pour être ex­ci­té sexuel­le­ment par­lant ? Voi­ci une pre­mière piste de ré­flexion.

CONTINUUM DU GENRE

J’ima­gine dé­jà que quelques per­sonnes s’adonnent à des dé­duc­tions gratuites et vaines en li­sant ces lignes.

« Il faut être gai pour por­ter de la lin­ge­rie fé­mi­nine, ou du moins un hé­té­ro mal dans sa peau ! »

« Bon, en­core un trans­genre. Il com­mence par s’ha­biller en femme et il se fe­ra opé­rer l’an­née prochaine ! »

À ce­ci, je ré­ponds tout faux pour la simple et bonne rai­son que ni l’orien­ta­tion sexuelle ni l’iden­ti­té de genre n’ont in­évi­ta­ble­ment à voir avec les pré­fé­rences sexuelles. Un peu comme dans tout, il y a des sté­réo­types mau­dits qui dictent les normes. Il faut pour­tant tout un monde pour faire un monde !

FRAN­CHIR LE PAS

Comme il semble dif­fi­cile de concré­ti­ser cette en­vie hors des stan­dards, plu­sieurs choi­si­ront de la taire. Be­soin de confor­mi­té, peur du ju­ge­ment, fausses croyances, manque de confiance ou d’af­fir­ma­tion, ap­pré­hen­sion face aux ré­ac­tions de l’autre, crainte des ré­per­cus­sions ; toutes ces rai­sons jus­ti­fient peut-être le fait que vous n’osiez pas fran­chir le pas.

Mais puisque l’en­vie reste là, l’im­por­tance de la re­con­naître m’ap­pa­raît la pre­mière chose à faire.

Puis­qu’une femme qui porte les boxers de son homme, sa che­mise dé­nouée ou même ses bo­bettes à pan­neau semble être ce qu’il y a de plus sexy, pour­quoi le contraire dé­range-t-il au­tant ?

À cet égard, sa­viez-vous que le mar­ché de la lin­ge­rie mas­cu­line, gran­de­ment ins­pi­rée de la fé­mi­nine, se voit en ef­fer­ves­cence ? Comme quoi vous n’êtes pas le seul.

Après tout, ce qui est bon pour mi­nou de­vrait l’être pour pi­tou !

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