Tou­jours la faute à Néron

Le Progrès Weekend - - LA UNE - MARC ÉSDT-ITHOILRAIIARLEISTE opi­[email protected]­so­leil.com mst-hi­[email protected]­quo­ti­dien.com

Être dans les sou­liers de ceux qui s’abreu­vaient aux ma­melles de l’an­cienne ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale de Sa­gue­nay, je ju­bi­le­rais en feuille­tant le der­nier sondage réa­li­sé par la firme Seg­ma Re­cherche pour le compte de la sta­tion CKAJ FM 92,5. Tout y est pour es­pé­rer un re­tour en force à l’hô­tel de ville. Et à deux ans et de­mi du pro­chain scrutin, il y a fort à pa­rier que les stra­tèges de l’ère Jean Tremblay ont com­men­cé à s’ac­ti­ver.

Sans dé­tailler l’exer­cice qui se dé­cline en dix ques­tions, un constat gé­né­ral trans­pire de ce­lui-ci : la cote de po­pu­la­ri­té de Jo­sée Néron n’a ja­mais été aus­si basse. À peine 40 % des ré­pon­dants se disent sa­tis­faits de son tra­vail. Or, ce n’est pas là où le bât blesse. En réa­li­té, ce qui est le plus pré­oc­cu­pant pour la mai­resse en ce mo­ment, c’est le fait que tous les su­jets sus­ci­tant la grogne lui sont di­rec­te­ment im­pu­tés. Si­non, com­ment ex­pli­quer que les membres du conseil ob­tiennent un taux de sa­tis­fac­tion de 60 % ? Même la contro­verse en­tou­rant la hausse du sa­laire des élus semble n’af­fec­ter que la mai­resse. Or, n’a-t-elle pas re­non­cé à une prime de dé­part de 155 000 $ alors que tous les autres élus se sont ac­cor­dé un meilleur sa­laire ?

Le fait est qu’en rai­son de son sta­tut, Jo­sée Néron est plus sé­vè­re­ment cri­ti­quée que qui­conque. Et c’est exac­te­ment ce qu’elle doit réa­li­ser avant qu’il ne soit trop tard. Elle doit agir en fonc­tion de ses in­té­rêts puis­qu’en bout de ligne, c’est elle qui de­vra payer pour les dé­ci­sions im­po­pu­laires de la Ville.

Sa­laires des élus ? La faute à Néron. Hausse du compte de taxes ? La faute à Néron. Le bac brun ? La faute à Néron. L’am­phi­théâtre au cen­tre­ville de Chi­cou­ti­mi ? Le pro­jet de Néron. Ira-t-on jus­qu’à la rendre res­pon­sable des chan­ge­ments cli­ma­tiques ? Sait-on ja­mais.

Pour­tant, en juin 2018, un sondage Seg­ma Re­cherche, pour le compte du Quo­ti­dien et de Ra­dio-Ca­na­da, fai­sait état d’un taux de sa­tis­fac­tion avoi­si­nant les 75 %. Com­ment ex­pli­quer une telle des­cente aux en­fers, en l’es­pace d’à peine huit mois ?

Sans doute les gens dé­plo­ren­tils son manque de lea­der­ship ; qu’elle n’ait pas su im­po­ser un es­prit de corps au conseil. Les sor­ties pu­bliques contra­dic­toires de cer­tains conseillers lui ont fait mal, no­tam­ment dans le dos­sier de l’am­phi­théâtre au centre-ville de Chi­cou­ti­mi. Certes, sa stra­té­gie était mal fi­ce­lée et elle a fait des erreurs, comme pro­mettre une consul­ta­tion pu­blique sur le su­jet en dé­but d’an­née, alors que les ci­toyens n’avaient pas en­core di­gé­ré leur hausse de taxes et l’aug­men­ta­tion de sa­laire des élus. Mais au-de­là de tout ça, les gens aiment que leurs re­pré­sen­tants se tiennent de­bout. Ils se rangent der­rière ceux et celles qui donnent l’im­pres­sion de sa­voir où ils vont. Les élec­teurs aiment être ras­su­rés et, en ce mo­ment, une ma­jo­ri­té d’entre eux ont per­du foi en leur mai­resse.

Alors, si vous étiez dans les sou­liers de ces per­sonnes qui rêvent de re­prendre le pou­voir, se­riez-vous heu­reux de voir un tel sondage pu­blié ? Non, vous se­riez as­su­ré­ment aux anges.

Parce qu’en plus de dé­mon­trer la vul­né­ra­bi­li­té de l’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale, le sondage ex­pose aus­si la fai­blesse de Do­mi­nic Ga­gnon, chef du Par­ti des ci­toyens de Sa­gue­nay.

Les proches de l’an­cien ré­gime savent de­puis long­temps que le cou­rant ne passe pas entre les élec­teurs et le mé­de­cin baie­ri­ve­rain. Mal­gré tous les ef­forts qu’il a dé­ployés de­puis sa dé­faite aux der­nières élec­tions, mal­gré l’im­po­pu­la­ri­té de la mai­resse et mal­gré la vi­si­bi­li­té mé­dia­tique dont il bé­né­fi­cie, Do­mi­nic Ga­gnon n’a pas su ral­lier le peuple à sa cause. À peine un tiers des ré­pon­dants se disent sa­tis­faits de son tra­vail.

Ceux qui l’ont convain­cu de prendre le re­lais au PCS, après le dé­part fra­cas­sant de Jean-Pierre Black­burn en pleine cam­pagne, ne sont plus en si­tua­tion d’ur­gence et ont tout le temps né­ces­saire pour choisir ce­lui ou celle qu’ils sou­haitent voir af­fron­ter Jo­sée Néron. Et dé­sor­mais, ils ont tous les ar­gu­ments nécessaires pour pla­cer leurs pions.

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