Roger Black­burn

DÉGAZER LES TDAH

Le Progrès Weekend - - LE MAG -

Le jeune en­fant que j’étais au­tre­fois se­rait sû­re­ment trai­té au Ri­ta­lin au­jourd’hui. As­su­ré­ment, j’avais un pro­blème d’at­ten­tion et de concen­tra­tion. J’étais aus­si hy­per­ac­tif. Sauf que dans ce temps-là, on di­sait d’un en­fant qu’il était dis­trait et ex­ci­té ; ce n’était pas un trouble de dé­fi­cit de l’at­ten­tion avec hy­per­ac­ti­vi­té (TDAH), comme ce­la est si bien diag­nos­ti­qué au­jourd’hui.

Les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques doivent être vrai­ment heu­reuses que l’in­dus­trie ait trou­vé une fa­çon de faire prendre des pi­lules aux en­fants. Je n’y vois ni com­plot ni mar­ke­ting mé­di­cal, mais ad­met­tons que la pres­crip­tion est fa­cile.

L’en­fant hy­per­ac­tif que j’étais dans ma jeu­nesse n’a pas pris de pi­lules parce qu’il pas­sait ses jour­nées à jouer de­hors avec des amis aus­si éner­vés que lui. D’abord, on al­lait à l’école à pied et pen­dant la ré­créa­tion, on jouait au bal­lon pri­son­nier, pas à des jeux sur nos cel­lu­laires. L’hy­per­ac­ti­vi­té était éva­cuée dans des ac­ti­vi­tés phy­siques. On était éner­vés, mais on jouait de­hors. Ça s’an­nu­lait. « Ma mère me di­sait : ‘‘Va jouer de­hors, ça va te dégazer.’’ »

JOUER DE­HORS

En ar­ri­vant de l’école, on se dé­pê­chait de man­ger un sand­wich à la mé­lasse ou une tranche de pain avec du beurre pis une ba­nane pour al­ler jouer de­hors. Nos mères nous criaient après pour le sou­per. On ne vou­lait plus ren­trer. L’hi­ver, on ren­fi­lait nos tuques pis nos mi­taines mouillées pour res­sor­tir de­hors après le sou­per.

On al­lait jouer au ho­ckey de­hors, en se ren­dant à la pa­ti­noire à pied. L’été, on pas­sait la jour­née à la pis­cine pu­blique, on par­tait à vélo pour jouer dans des ter­rains vagues.

Nos bat­te­ments de coeur étaient des re­mèdes contre l’hy­per­ac­ti­vi­té. On se cou­chait le soir et on était brû­lés.

C’était une autre époque. Au­jourd’hui, on pres­crit une pi­lule pour cal­mer les en­fants.

LA PRES­CRIP­TION FA­CILE

Di­manche, à l’émis­sion Tout le monde en parle, sur Ici

Ra­dio-Ca­na­da, deux mé­de­cins pé­diatres, Guy Fa­lar­deau et Va­lé­rie Labbé, co­si­gna­taires d’une lettre dé­non­çant le nombre in­quié­tant de diag­nos­tics de TDAH et la pres­crip­tion sys­té­ma­tique de médicaments ont fait le point sur cette ma­la­die.

Se­lon eux, la plu­part des en­fants en souf­france n’ont pas be­soin de médicaments. Ils ont be­soin de jouer, de bou­ger et de gé­rer leur an­xié­té.

Le co­mé­dien Pier-Luc Funk qui a été diag­nos­ti­qué et mé­di­ca­men­té pour un TDAH, a réus­si à gé­rer son état quand il a com­men­cé à tour­ner pour la té­lé­vi­sion et à faire de l’im­pro­vi­sa­tion. Du mo­ment qu’il était su­per oc­cu­pé, il pou­vait ca­na­li­ser son éner­gie.

SAN­TÉ PU­BLIQUE

Pour ces deux pé­diatres, le TDAH est de­ve­nu un pro­blème de san­té pu­blique, et il faut que les jeunes lâchent leurs écrans et bougent plus. Tous ceux qui sont diag­nos­ti­qués TDAH de­vraient se faire non seule­ment pres­crire une pi­lule, mais aus­si l’obli­ga­tion de bou­ger.

L’en­fant hy­per­ac­tif que j’étais dans ma jeu­nesse n’a pas pris de pi­lules parce qu’il pas­sait ses jour­nées à jouer de­hors avec des amis aus­si éner­vés que lui

Quand on parle d’un pro­blème de san­té pu­blique, il faut que tout le monde mette l’épaule à la roue. Les TDAH de­vraient être obli­gés de faire des de­voirs d’ac­ti­vi­té phy­sique le soir.

À l’école, il fau­drait en faire plus, pour que l’ac­ti­vi­té phy­sique dé­borde des heures de classe et de­vienne un ré­flexe.

On ap­pre­nait cette se­maine que le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion obli­ge­ra, dès l’au­tomne pro­chain, les écoles à te­nir deux ré­créa­tions de vingt mi­nutes par jour. C’est une bonne nou­velle, mais quant à moi, c’est 30 mi­nutes qu’il fau­drait.

Mais ça ne re­vient pas seule­ment à l’école de fa­vo­ri­ser l’ac­ti­vi­té phy­sique. Il faut que les pa­rents s’im­pliquent da­van­tage et s’or­ga­nisent pour dégazer leurs jeunes.

Il faut d’abord re­non­cer à les lais­ser seuls de longues heures dans le sous-sol à pi­ton­ner sur leur ta­blette.

Sor­tez-les, ame­nez-les faire des courses avec vous, al­lez jouer du ho­ckey dans la rue, for­cez-les à grat­ter l’en­trée avec vous, à faire le ga­zon, à faire le mé­nage de la mai­son, in­té­grez-les aux ac­ti­vi­tés do­mes­tiques, lais­sez-les vous ai­der dans vos tra­vaux de peinture ; bref, sor­tez-les de sous la jupe de leur mère.

ABO­LI­TION DE LA MIXITÉ

« Il y a deux fois plus de gars diag­nos­ti­qués TDAH », as­surent les mé­de­cins pé­diatres.

Je n’irais pas jus­qu’à re­mettre en ques­tion la mixité sco­laire au pri­maire, quoique si j’étais mi­nistre de l’Édu­ca­tion, j’or­ga­ni­se­rais sû­re­ment un col­loque sur le su­jet.

On en­tend sou­vent l’élite in­tel­lec­tuelle dé­non­cer le fait que les gar­çons n’ont pas d’en­sei­gnants mas­cu­lins pen­dant leurs études au pri­maire. J’ai­me­rais en­tendre des spé­cia­listes, des pro­fes­seurs et des édu­ca­teurs spé­cia­li­sés sur les bien­faits d’en­sei­gner à des classes de gars et à des classes de filles, sé­pa­ré­ment.

Les jeunes des deux sexes pour­raient se cô­toyer dans la cour de ré­créa­tion et lors d’ac­ti­vi­tés sco­laires, mais des mo­dèles d’édu­ca­tion dif­fé­rents pour­raient être adap­tés pour les jeunes gar­çons, avec des profs mas­cu­lins.

Je se­rais bien cu­rieux de connaître l’is­sue des dis­cus­sions sur la mixité.

Peut-être qu’on pres­cri­rait moins de Ri­ta­lin s’il y avait des classes de gars et des classes de filles, avec des mé­thodes d’édu­ca­tion adap­tées.

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