Cal­cu­ler sa vie

Le Progrès Weekend - - D’UNE FILLE À L’AUTRE - BRISSON ANNIECLAUDE

En ten­tant de cal­cu­ler et de contrô­ler tous les dé­tails de mon ac­ti­vi­té phy­sique et de mon ali­men­ta­tion, je dois l’avouer, je me suis un peu, voire pas mal, per­due.

Comme bien des gens, au pre­mier jour de l’an­née, je me suis lais­sée ten­ter par un plan d’en­traî­ne­ment com­bi­né à un plan ali­men­taire en pro­mo­tion via un ré­seau so­cial. Bo­nus : un groupe de sou­tien Fa­ce­book me per­met­trait même de gar­der la mo­ti­va­tion au plus haut som­met.

Je me suis re­trou­vée bien mo­ti­vée de­vant ce plan ali­men­taire, qui, tris­te­ment, dé­mo­nise bon nombre d’ali­ments. En fait, il est beau­coup moins ha­sar­deux de nom­mer ce qui est per­mis. Quoique le fait de ré­ci­ter les ali­ments in­ter­dits re­lève presque de l’en­traî­ne­ment.

Le com­men­taire d’une membre du groupe de sou­tien m’a ra­me­né à la réa­li­té. Elle de­man­dait si nous pou­vions consom­mer des oi­gnons. Voyez-vous, de tout ce qui est né­faste pour notre corps, je n’au­rais ja­mais dou­té de ce pe­tit bulbe.

Soyez sans crainte, j’ai ra­pi­de­ment lais­sé tom­ber l’aven­ture cu­li­naire stricte afin de re­ve­nir à une ali­men­ta­tion plus nor­male. J’aime trop la gas­tro­no­mie pour m’en te­nir à six blancs d’oeuf chaque ma­tin et à re­fu­ser tous les lé­gumes qui ne sont pas verts.

Heu­reu­se­ment, mon ex­pé­rience n’est pas faite que d’échecs. J’ai pris connais­sance de quelques as­tu­cieux conseils et sub­sti­tu­tions que j’ai ajou­tés à mon ali­men­ta­tion.

Mes ten­ta­tives d’en­ca­dre­ment ne se li­mitent pas à ce­la. J’ai aus­si don­né quelques rares dol­lars à Ya­zio. Cette ap­pli­ca­tion me per­met­tait de com­pi­ler tout ce que j’in­gur­gi­tais chaque jour, chaque re­pas et chaque bou­chée. Soyons hon­nêtes : me­su­rer, pe­ser et no­ter les ali­ments, c’est tout un tra­vail de moine. J’ai été as­si­due quelques jours.

Aap­tiv, pro­ba­ble­ment ma pire dé­pense du genre, est une autre ap­pli­ca­tion payante qui four­nit des di­zaines de types d’en­traî­ne­ments. J’ai vo­lon­tai­re­ment ou­blié de consul­ter mon re­le­vé de carte de cré­dit lors de cette pé­riode. Il y a une li­mite à se faire vio­lence. Dans ce cas, l’échec de l’en­traî­ne­ment as­si­du s’ajoute à la dé­pense fri­vole.

Les ap­pli­ca­tions sont, en­core au­jourd’hui, pré­sentes sur mon té­lé­phone in­tel­li­gent. Dans toute cette af­faire, il n’y a que moi de res­pon­sable. À moins que mon cel­lu­laire n’émette des pul­sions élec­triques, je ne vois pas ce qui pour­rait pro­vo­quer, en moi, l’étin­celle de la dis­ci­pline. Pour­tant, ce­la de­vrait être si simple. Des ali­ments non trans­for­més, de courtes listes d’in­gré­dients et de la mo­dé­ra­tion. De beaux lé­gumes ap­prê­tés à tra­vers des re­pas va­riés, c’est ef­fec­ti­ve­ment si simple.

Quant au sport, avant d’en­vi­sa­ger de grim­per le Ki­li­mand­ja­ro, on pour­rait dé­bu­ter par une marche à l’ex­té­rieur. Mar­cher de­hors, pa­raît que c’est en­core simple et gra­tuit.

Force est d’ad­mettre que tout s’achète, à l’ex­cep­tion de la mo­ti­va­tion.

Et quand le mo­ral est dans les chaus­sures de sport, je me ra­bats sur ma montre in­tel­li­gente. Ma col­lègue de page me ré­pète sou­vent à quel point c’est gri­sant de cal­cu­ler ses pas.

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