Un an pour un coup de feu ac­ci­den­tel

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - LAU­RA LÉ­VESQUE lle­vesque@le­quo­ti­dien.com

Ch­ris­to­pher Ouellet, ce Jon­quié­rois qui a ti­ré ac­ci­den­tel­le­ment un coup de feu sur un « in­trus », écope de la peine mi­ni­male d’un an de pri­son.

Ac­cu­sé au dé­part de ten­ta­tive de meurtre, le jeune homme de 20 ans avait fi­na­le­ment plai­dé cou­pable à des ac­cu­sa­tions de né­gli­gence cri­mi­nelle cau­sant des lé­sions.

Le mi­nis­tère pu­blic exi­geait une peine de pé­ni­ten­cier de trois à quatre ans pour ce geste qui a cau­sé d’im­por­tantes bles­sures à la vic­time. La dé­fense, re­pré­sen­tée par Me Ju­lien Bou­lianne, a plai­dé la peine mi­ni­male, en raison no­tam­ment du ca­rac­tère ac­ci­den­tel de l’évé­ne­ment et de l’in­sis­tance des « in­vi­tés in­dé­si­rables ».

« Vous êtes tel­le­ment loin de l’autre, j’en suis un peu sur­prise », a d’em­blée ex­pri­mé la juge So­nia Rou­leau, après avoir en­ten­du les re­pré­sen­ta­tions des deux pro­cu­reurs.

Cette der­nière a tou­te­fois pen­ché en fa­veur des ar­gu­ments de la dé­fense, mar­te­lant à plu­sieurs re­prises que les « in­trus » ont re­fu­sé de quit­ter les lieux mal­gré la de­mande de Ouellet.

« Les voies de fait grave mé­ritent sou­vent des sen­tences sé­vères. Mais l’in­ten­tion au dé­part était de re­pous­ser l’in­tru­sion de trois per­sonnes in­sis­tantes. Mal­gré les mul­tiples de­mandes, les gens sont res­tés sur place. Même de­vant l’arme, ils n’ont pas fui », a rap­pe­lé la juge, es­ti­mant que la peine mi­ni­male était pro­por­tion­nelle au crime com­mis.

Trois in­di­vi­dus se sont en ef­fet poin­tés au do­mi­cile de Ouellet en fé­vrier der­nier. Ils vou­laient ob­te­nir des in­for­ma­tions sur une tierce per­sonne. Ouellet les a in­vi­tés à quit­ter les lieux, mais sans suc­cès. Un des in­di­vi­dus a lan­cé des re­gards in­ti­mi­dants, ce qui a « fait perdre les pé­dales » à Ouellet. Ce der­nier est al­lé cher­cher une arme qu’un ami ve­nait de lui of­frir. Il a don­né des coups sur la poi­trine d’un des « in­trus » avec le ca­non, le pous­sant à l’ex­té­rieur. L’in­di­vi­du a tou­ché l’arme pour ten­ter de l’en­le­ver et c’est à ce mo­ment que le coup de feu a été don­né.

La vic­time a été lais­sée à l’hô­pi­tal par ses deux amis qui sont en­suite re­tour­nés à la ré­si­dence de Ouellet. Les po­li­ciers étaient tou­te­fois dé­jà ar­ri­vés sur les lieux.

Pris de pa­nique, Ouellet s’est en­fui et a je­té l’arme dans une ri­vière. Il s’est ce­pen­dant ren­du aux po­li­ciers, quelques heures après les évé­ne­ments. Il a in­di­qué aux po­li­ciers l’en­droit où il a lan­cé la ca­ra­bine, mais elle n’a ja­mais été re­trou­vée. Ouellet a d’ailleurs aus­si plai­dé cou­pable d’avoir en­tra­vé le tra­vail des po­li­ciers en dé­trui­sant un élé­ment de preuve.

La vic­time a été hos­pi­ta­li­sée pen­dant quelques se­maines, mais elle ne de­vrait pas souf­frir de sé­quelles per­ma­nentes.

Me Ju­lien Bou­lianne était sans sur­prise sa­tis­fait de la dé­ci­sion de la juge qui a op­té pour la peine mi­ni­male.

« Dans ce cas-ci, comme il y avait une peine mi­ni­male as­so­ciée à l’ac­cu­sa­tion, je ne pou­vais pas plai­der moins que ça. Mais n’eût été l’arme, on au­rait clai­re­ment plai­dé la lé­gi­time dé­fense. Si des per­sonnes ar­rivent chez vous et re­fusent de quit­ter, le Code cri­mi­nel pré­voit que vous pou­vez uti­li­ser la force raisonnable pour les faire quit­ter. C’est en al­lant cher­cher l’arme qu’on est ce­pen­dant sor­tis du ca­rac­tère raisonnable. Les lé­sions ont été cau­sées ac­ci­den­tel­le­ment, d’où le chef de né­gli­gence. C’est sûr que si on va cher­cher une arme et qu’on la pointe, il y a un risque, d’où la né­gli­gence cri­mi­nelle », a pré­ci­sé Me Ju­lien Bou­lianne.

Dé­te­nu de­puis son ar­res­ta­tion, Ouellet de­vrait être li­bé­ré dans moins de sept mois.

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