Le « fils de Trump » perd ses armes

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - ISA­BELLE MA­THIEU ima­thieu@le­so­leil.com

Ju­lien* est le fils de Do­nald Trump. Il a les do­cu­ments of­fi­ciels pour le prou­ver, dit-il, mais pré­fère lais­ser le pré­sident des États-Unis l’an­non­cer lui-même.

De taille moyenne, les che­veux taillés courts comme un mi­li­taire, Ju­lien a 36 ans. Il ar­rive au pa­lais de jus­tice seul, vê­tu d’un com­plet bleu, d’une che­mise blanche et d’une cra­vate rouge, ju­melle de celle por­tée par le pa­tron de la Mai­son-Blanche. Son père, al­lègue-t-il.

Le 23 mai, la mère de Ju­lien ap­pelle le Ser­vice de po­lice de la Ville de Qué­bec, in­quiète pour son fils. Ju­lien a écrit à un col­lègue de tra­vail qu’il crai­gnait pour sa vie et avait quit­té le pays.

Les po­li­ciers vé­ri­fient au condo de Ju­lien, dans le quar­tier Le Mes­nil. Per­sonne. Les ser­rures ont été chan­gées ré­cem­ment.

Les agents de sé­cu­ri­té de l’aé­ro­port Jean-Le­sage aper­çoivent la Mer­cedes de Ju­lien à l’aé­ro­port. Une géo­lo­ca­li­sa­tion du cel­lu­laire de Ju­lien ré­vèle qu’il est aux États-Unis.

Les po­li­ciers réus­sissent à par­ler à Ju­lien. Ce der­nier confirme qu’il est à Wa­shing­ton de­puis une di­zaine de jours. Il ne veut pas être plus pré­cis pour évi­ter d’être re­tra­cé.

An­cien pro­fes­seur de ma­thé­ma­tiques et de sciences, Ju­lien est pro­prié­taire d’une com­pa­gnie de lo­gi­ciels. Il dit avoir conçu un ro­bot per­met­tant les tran­sac­tions au­to­ma­ti­sées en Bourse. L’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers éva­lue plu­tôt qu’il a dé­tour­né à des fins per­son­nelles des di­zaines de mil­liers de dol­lars re­cueillis au­près d’in­ves­tis­seurs.

Ju­lien ré­pète qu’il est en sé­cu­ri­té et en bonne santé. Il ajoute avoir dé­cou­vert ré­cem­ment qu’il était adop­té et qu’il ve­nait d’en­le­ver sa fausse mère de son tes­ta­ment. « Pro­pos dé­cou­sus et in­co­hé­rents », note le po­li­cier dans son rap­port.

En fé­vrier der­nier, Ju­lien a ac­quis un pis­to­let Glock 9mm. Il ex­pli­que­ra la­bo­rieu­se­ment avoir un ami ama­teur de tir de pré­ci­sion. Il est ti­tu­laire d’un per­mis d’arme à au­to­ri­sa­tion res­treinte et membre d’un club de tir.

Le 7 juin, en plein G7, les po­li­ciers de Qué­bec dé­barquent chez Ju­lien pour sai­sir l’arme, en at­ten­dant la ré­vo­ca­tion du per­mis. Ils vont trou­ver le Glock char­gé dans une ar­moire ver­rouillée ain­si qu’un pis­to­let à plombs Be­ret­ta.

Pen­dant la per­qui­si­tion, Ju­lien va ren­con­trer les en­quê­teurs à la cen­trale de po­lice du parc Vic­to­ria.

Par la fe­nêtre ou­verte, Ju­lien en­tend les bruits des hé­li­co­ptères. C’est là qu’il an­nonce aux ser­gents dé­tec­tives Vé­ro­nique Le­clair et De­nis Car­di­nal qu’il est le fils du pré­sident des États-Unis Do­nald Trump.

C’est d’ailleurs à la de­mande de POTUS que des hé­li­co­ptères sur­volent le parc Vic­to­ria au mo­ment même, pour le sur­veiller, ajoute Ju­lien. Sans comp­ter le Five Eyes (al­liance des ser­vices de ren­sei­gne­ment de l’Aus­tra­lie, du Ca­na­da, de la Nou­velle-Zé­lande, du Royau­meU­ni et des États-Unis) qui le suit à la trace.

Les deux en­quê­teurs pro­posent à Ju­lien les ser­vices d’in­ter­ve­nants en santé men­tale. Ju­lien re­fuse. Il n’a, ré­pète-t-il, au­cun pro­blème. « Je suis très stable. »

Il pré­vient les po­li­ciers que si les pro­cé­dures contre lui ne sont pas aban­don­nées, le pré­sident va s’en mê­ler. « Je suis dans les hautes sphères des ser­vices se­crets amé­ri­cains », rap­pelle-t-il. Ju­lien est convain­cu que les po­li­ciers ont ins­tal­lé des mi­cros chez lui. « Je peux les ac­ti­ver à dis­tance ! », an­nonce-t-il.

De­vant le juge Jean As­se­lin de la Cour du Qué­bec, Ju­lien, très ar­ti­cu­lé, en ra­joute. Il dé­pose une co­pie de son ré­cent billet d’avion Mon­tréal-New York qui dé­montre, se­lon lui, qu’il s’est vu at­tri­buer la cote de sé­cu­ri­té « Q » en rai­son de son sta­tut. « Il y a moins de trois per­sonnes au Ca­na­da qui ont la “Q clea­rance” », pré­cise-t-il.

Les yeux ronds, la gref­fière va en­suite dé­po­ser au dos­sier de la cour une sé­rie de photos du pré­sident et du G7 qui, pour Ju­lien, montre son lien di­rect avec Do­nald Trump.

« Êtes-vous le fils du pré­sident ? » fi­nit par de­man­der le juge As­se­lin,. « Je suis dans la fa­mille im­mé­diate du pré­sident et je peux vous four­nir la preuve, mais c’est clas­si­fié top­se­cret, ré­pond Ju­lien. En ce mo­ment, M. Trump se fait ques­tion­ner sur ça, je vais le lais­ser ré­pondre lui-même à la ques­tion. »

Ju­lien dit sa­voir main­te­nant qu’il n’est pas né à l’Hô­tel-Dieu de Lé­vis comme il le croyait. « Mon cer­ti­fi­cat de nais­sance a été fal­si­fié. J’ai four­ni les preuves aux ser­vices se­crets amé­ri­cains. »

Lors­qu’il voyage aux États-Unis, Ju­lien af­firme por­ter le pa­tro­nyme « Trump ». De­puis qu’il a sept ans, son riche père trans­fère des sommes dans des comptes d’en­tre­prise à son nom, af­firme Ju­lien.

Le juge As­se­lin en a as­sez en­ten­du. « J’es­time que j’ai une dé­mons­tra­tion convain­cante et claire que mon­sieur a des pro­blèmes de santé men­tale », conclut le juge, en or­don­nant que les armes à feu de Ju­lien soient confis­quées pour deux ans.

Pour la pre­mière fois, Ju­lien semble ébran­lé. « Mal­gré toutes les preuves que je vous ai ame­nées, vous ne me re­met­tez pas mes armes ? »

Ju­lien n’a re­çu au­cun diag­nos­tic en santé men­tale et n’a au­cun an­té­cé­dent ju­di­ciaire.

* Le So­leil a choi­si de pré­ser­ver l’ano­ny­mat de l’in­di­vi­du en rai­son de la pro­blé­ma­tique de santé men­tale

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