CHRO­NIQUE DU BOURLINGUEUR

CULTURE IN­NUE ET GAS­TRO­NO­MIE À SEPT-ÎLES

Le Quotidien - - VOYAGES - JO­NA­THAN CUS­TEAU CHRO­NIQUE jo­na­than.cus­teau@la­tri­bune.qc.ca Sui­vez mes aven­tures au www.jo­na­than­cus­teau.com

« Qu’est-ce que tu vas faire à SeptÎles ? », m’ont de­man­dé sans ex­cep­tion tous ceux à qui j’an­non­çais que je m’en­vo­lais vers le « Nord » du Qué­bec. Cois, ils ne croyaient pas que j’au­rais de quoi me di­ver­tir pour plus qu’une tren­taine de mi­nutes. En leur ti­rant ma plus laide gri­mace et leur chan­tant mon plus dé­plai­sant « na­na­na­nère », je leur confirme qu’ils se sont trom­pés.

J’aime mon Qué­bec. Mais je l’aime mal. Je le né­glige sans me dou­ter qu’il peut en­core me sur­prendre énor­mé­ment. Comme Sept-Îles, une ville pe­tite comme ça, avec ses 28 000 ha­bi­tants et ses trois ou quatre cônes orange. On est loin de Mon­tréal.

Pre­mier constat : la pe­tite laine peut être aus­si utile que désa­gréable. On se fé­li­cite de l’avoir les fois où on ne l’en­lève pas sous le trop chaud so­leil. Mais c’est ça qu’il y a de bien, à Sept-Îles : le so­leil est sou­vent au ren­dez-vous. C’est prou­vé, il pa­raît.

J’en igno­rais des choses à pro­pos de Sept-Îles, comme la pré­sence d’en­vi­ron 3000 ci­toyens au­toch­tones, dans les ré­serves d’Ua­shat et de Ma­lio­te­nam.

« Les In­nus sont ici de­puis 2000 ans », ra­conte Pas­cale Po­ney, agente de dé­ve­lop­pe­ment pour Tourisme Sept-Îles. Pe­tit jab entre les deux pa­lettes pour l’igno­rant que j’étais. Il s’agis­sait seule­ment de l’in­tro­duc­tion du tour gui­dé qu’elle offre sur les quais pour les tou­ristes cu­rieux d’en sa­voir plus sur la ville.

Entre deux ex­pli­ca­tions, alors que la sai­son de pêche au crabe fi­nis­sait tout juste de fi­nir, Pas­cale se dé­lec­tait de bour­gots, ces pe­tits gas­té­ro­podes ca­ou­tchou­teux que les lo­caux ap­pré­cient beau­coup. Pour les néo­phytes, le bour­got, ça goûte le doute. Mais ce n’est pas mau­vais du tout.

Un peu plus dé­li­cieux, di­rec­te­ment sur le port de pêche, se trouvent deux res­tau­rants dans des styles op­po­sés. Ils ont tou­te­fois le même pro­prié­taire et la par­ti­cu­la­ri­té de ser­vir des fruits de mer frais. Au Cas­se­croûte du ca­pi­taine, où la salle à man­ger est amé­na­gée dans un im­mense ca­sier à ho­mards, on com­mande au comp­toir pour ob­te­nir sa gué­dille au crabe, sa pou­tine Dal­ton ou son egg roll aux fruits de mer.

À quelques pa­niers de pêche de là, les Ter­rasses du ca­pi­taine s’adressent à ceux qui au­ront eu la pré­sence d’es­prit de ré­ser­ver. Ho­mards, mo­rues, sau­mons, pé­toncles ou cre­vettes de Sept-Îles... on n’en sort pas sans être rond comme un ba­ril.

D’ailleurs, c’est là qu’on défait le mythe : les cre­vettes de Ma­tane sont bel et bien pê­chées... à Sept-Îles.

Pour en re­ve­nir aux In­nus, ils m’ont don­né en­vie d’en ap­prendre beau­coup plus à pro­pos des Pre­mières Na­tions. Il est d’ailleurs pos­sible de dor­mir dans la ré­serve d’Ua­shat, dont le nom si­gni­fie « Grande Baie ». Là, les mai­sons se res­semblent. Les ter­rains, en­tou­rés de pe­tites clô­tures de bois, sont sou­vent peu en­tre­te­nus parce qu’il ne s’agit pas d’une prio­ri­té de la com­mu­nau­té. La ré­serve est au­to­gé­rée, compte son propre poste de po­lice, sa propre école, et les pan­neaux d’ar­rêt ne portent pas le mot « ar­rêt », mais bien « na­kai ».

Le pe­tit hô­tel Aga­ra offre des stu­dios ty­pi­que­ment au­toch­tones, là où ou­vri­ra bien­tôt l’éco­no­mu­sée du mo­cas­sin, le pre­mier éco­no­mu­sée au­toch­tone au Qué­bec. Pour le mo­ment, on y confec­tionne les bottes de l’es­poir, des ob­jets qui se vendent à 1200 $ la paire.

Jo­sée Le­blanc, la fondatrice, vi­sait à don­ner un sa­laire dé­cent aux ar­ti­sanes qui confec­tionnent les bottes et qui les perlent à la main. Elle sou­hai­tait ain­si pré­ser­ver le sa­voir au­toch­tone. Son ini­tia­tive a d’ailleurs re­te­nu l’at­ten­tion de deux Dra­gons de l’émis­sion Dans l’oeil du dra­gon.

Par­mi les autres ob­jets à vendre se trouvent des cap­teurs de rêve, qui em­ma­ga­sinent les cau­che­mars dans de pe­tites billes avant de les ex­pul­ser à tra­vers des plumes.

Bref, l’oc­ca­sion est belle de sor­tir des grands hô­tels pour se rap­pro­cher des tra­di­tions dont on ne connaît pas grand-chose.

Même que pour en sa­voir plus, nous avons fait un ar­rêt au musée Sha­pu­tuan, si­tué à la li­mite de la ré­serve.

Pe­tit, le musée offre un ré­su­mé de l’his­toire in­nue en fonc­tion des sai­sons. On y pré­sen­te­ra les tech­niques de chasse, le res­pect por­té à l’ani­mal ayant don­né sa vie pour nour­rir les hu­mains, les mé­thodes pour confec­tion­ner des mi­taines à l’aide de peau de cas­tor et les tech­niques pour créer la ba­biche, qui don­ne­ra en­suite de très utiles ra­quettes.

Si les ani­maux em­paillés et les ob­jets tra­di­tion­nels per­mettent d’en ap­prendre plus, l’his­toire du peuple in­nu n’est pas tou­jours per­son­na­li­sée au ter­ri­toire de Sept-Îles. Mais comme le dit le di­rec­teur du musée, Lau­réat Mo­reau, « le vrai musée se­ra tou­jours le ter­ri­toire, et pas ailleurs », parce que c’est là qu’on trans­met les tra­di­tions et qu’on ap­plique les pra­tiques tra­di­tion­nelles.

Sept-Îles, c’est sur­pre­nant comme ça. Et je n’ai même pas en­core écrit un mot sur les îles elles-mêmes.

— PHOTO LA TRI­BUNE, JO­NA­THAN CUS­TEAU

Aux Ter­rasses du ca­pi­taine, un res­tau­rant si­tué di­rec­te­ment dans le port de pêche, les sand­wichs au crabe, les cre­vettes, le ho­mard, le sau­mon ou la mo­rue sont tous d’ex­cel­lents choix.

— PHOTO LA TRI­BUNE, JO­NA­THAN CUS­TEAU

Lors de mon pas­sage à Sept-Îles, la sai­son de pêche au crabe ve­nait de prendre fin.

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