Une troi­sième sta­tion-ser­vice sur un coin de rue

Un pro­jet de 7 M$ dé­range à La­ter­rière

Le Quotidien - - LA UNE - JO­NA­THAN HUDON jhu­don@le­quo­ti­dien.com

Un pro­jet mul­ti­ser­vice à La­ter­rière est loin de faire l’af­faire des deux prin­ci­paux opé­rants d’une sta­tion-ser­vice du sec­teur, Nu­tri­nor et Pé­troles RL. Pro­jet 7 im­pli­que­rait no­tam­ment l’ajout d’une nou­velle chaîne de dis­tri­bu­tion de pro­duits pé­tro­liers, qui de­vien­drait la troi­sième dans un très court rayon. Les Pé­troles RL et Nu­tri­nor ont uni leurs voix pour faire part de leurs ré­ti­cences à pro­pos du pro­jet éva­lué à sept mil­lions $. Ce qui tra­casse par­ti­cu­liè­re­ment les hommes d’af­faires, c’est qu’un ré­fé­ren­dum avait eu lieu en 2008 sur les be­soins du sec­teur. Les ci­toyens avaient alors éta­bli qu’un nou­veau pro­jet de­vait être com­plé­men­taire à ceux exis­tants.

Lors du conseil d’ar­ron­dis­se­ment de Chi­cou­ti­mi du 18 sep­tembre, le conseiller Marc Bou­chard a pro­po­sé un amen­de­ment au rè­gle­ment d’ur­ba­nisme pour pou­voir ins­tau­rer une sta­tion-ser­vice, un lave-au­to, des salles de réunions, un centre de congrès et un ser­vice de res­tau­ra­tion ra­pide. L’amen­de­ment, ap­puyé par Mi­chel Pot­vin, se­ra vo­té mar­di.

Con­si­dé­rant que deux sta­tions­ser­vice ont dé­jà pi­gnon sur rue sur le bou­le­vard Tal­bot, au coin de la rue du Bou­le­vard, Nu­tri­nor et Pé­troles RL se de­mandent pour­quoi un tel amen­de­ment a été dé­po­sé.

« Lors du ré­fé­ren­dum il y a dix ans, il y avait un pro­jet d’une troi­sième sta­tion-ser­vice dans l’air et les ci­toyens se sont pro­non­cés contre, a rap­pe­lé Éric La­rouche, pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral des Pé­troles RL. Ils vou­laient plu­tôt avoir des ser­vices de proxi­mi­té ad­di­tion­nels, com­plé­men­taires à ce qu’on of­frait dé­jà. »

M. La­rouche a in­di­qué que son en­tre­prise et Nu­tri­nor ont pro­cé­dé à des in­ves­tis­se­ments au cours des der­nières an­nées en sa­chant que le rè­gle­ment d’ur­ba­nisme em­pê­che­rait la ve­nue d’un com­pé­ti­teur. La de­mande d’amen­de­ment du 18 sep­tembre vient chan­ger la donne.

« En af­faires, on prend des dé­ci­sions fon­dées sur des rè­gle­ments mu­ni­ci­paux, qui nous per­mettent de créer un en­vi­ron­ne­ment pro­pice pour des opé­ra­tions, et quand on a l’as­su­rance que ces condi­tions vont de­meu­rer, on in­ves­tit des sommes im­por­tantes, a pour sa part in­di­qué Louis Giguère, di­rec­teur du mar­ke­ting et des com­mu­ni­ca­tions à la co­opé­ra­tive Nu­tri­nor. Du jour au len­de­main, on change les règles. On est fort éton­nés. »

DO­CU­MENTS DE­MAN­DÉS

Au­tant Pé­troles RL que Nu­tri­nor sou­haitent ob­te­nir les do­cu­ments en­tou­rant les dé­tails du ré­fé­ren­dum en 2008. La Ville de Saguenay a ré­pon­du à Éric La­rouche qu’il de­vait pas­ser par la Loi sur l’ac­cès aux do­cu­ments des or­ga­nismes pu­blics et sur la pro­tec­tion des ren­sei­gne­ments per­son­nels. Cette de­mande peut prendre 45 jours. Rap­pe­lons que l’amen­de­ment au rè­gle­ment d’ur­ba­nisme se­ra vo­té mar­di.

« Je suis un ci­toyen cor­po­ra­tif et je veux ana­ly­ser les op­tions qui s’offrent à moi, mais je me fais dire qu’il faut que je passe par la loi d’ac­cès à l’in­for­ma­tion. Je trouve ça vrai­ment spé­cial », a lais­sé tom­ber Éric La­rouche.

« On de­mande au conseil de ville de sur­seoir à sa dé­ci­sion, le temps qu’on re­çoive les do­cu­ments du ré­fé­ren­dum, qu’on les ana­lyse et qu’on re­garde nos op­tions, a-til ajou­té. En ce mo­ment, les élus veulent prendre une dé­ci­sion, mais on ne peut même pas ré­agir et prendre po­si­tion parce qu’on n’a pas ac­cès aux do­cu­ments. »

Les deux com­pa­gnies sou­tiennent éga­le­ment que la de­mande d’amen­de­ment au rè­gle­ment d’ur­ba­nisme contient des contra­dic­tions. Dans le do­cu­ment, il est écrit « que les usages de­man­dés n’ont pas pour con­sé­quence d’aug­men­ter l’in­ten­si­té des usages au­to­ri­sés et les im­pacts pour les usages avoi­si­nants ».

« Dans mon livre à moi, une sta­tion-ser­vice de 16 pompes va seule­ment aug­men­ter l’in­ten­si­té des usages au­to­ri­sés », a émis Louis Giguère.

Dans un autre pa­ra­graphe, on sou­tient que le pro­jet a « la vo­lon­té de dé­ve­lop­per des pôles com­mer­ciaux et de ser­vices de proxi­mi­té à la po­pu­la­tion du sec­teur dans une pers­pec­tive de dé­ve­lop­pe­ment du­rable ».

« Quand tu fais du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique en im­plan­tant exac­te­ment les mêmes com­merces qui existent dé­jà dans le sec­teur, je ne consi­dère pas que c’est du dé­ve­lop­pe­ment du­rable, a sou­le­vé Éric La­rouche. Si ce n’est pas ren­table, ce n’est pas du­rable et si ce n’est pas en com­plé­men­ta­ri­té, ce l’est en­core moins. »

Éric La­rouche n’est pas contre le pro­jet en tant que tel, mais se ques­tionne sur la né­ces­si­té d’une nou­velle sta­tion-ser­vice.

« On se­rait bien con­tents de voir un pro­jet com­plé­men­taire au nôtre, a-t-il confié. Ça va ai­der le sec­teur et ça va ame­ner plus d’acha­lan­dage pour tout le monde. Ce se­rait hy­per po­si­tif. Sauf que là, on va se re­trou­ver avec trois sta­tions-ser­vice et trois dé­pan­neurs. Ça n’a pas de bon sens. »

Quand tu fais du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique en im­plan­tant exac­te­ment les mêmes com­merces qui existent dé­jà dans le sec­teur, je ne consi­dère pas que c’est du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. — Éric La­rouche

— PHO­TO LE PRO­GRÈS, RO­CKET LA­VOIE

Le nou­veau pro­jet pour­rait voir le jour en 2020.

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