Pour qui n’aime pas les sur­prises

Le Quotidien - - LA PAGE BLANCHE À BLACK - RO­GER BLACK­BURN rblack­burn@le­quo­ti­dien.com

Ces der­nières an­nées, j’ai par­ti­ci­pé à près d’une di­zaine de par­tys pour fê­ter le 50e an­ni­ver­saire de nais­sance de proches et d’amis dont cer­tains étaient des ren­dez-vous avec l’ef­fet de sur­prise. C’est vrai que 50 ans, ça se fête ; 60 ou 70 aus­si, mais ce n’est pas tout le monde qui aime ça se faire fê­ter.

« Je vous aver­tis, je ne veux pas de fête pour mon an­ni­ver­saire », clament haut et fort ceux qui n’aiment pas les foules et les grands ras­sem­ble­ments. Que ce soit nos pa­rents, nos amis, notre conjoint ou nos proches, il faut res­pec­ter ça. Même si nous sou­hai­tons cé­lé­brer l’an­ni­ver­saire de quel­qu’un qui nous est cher, il faut s’as­su­rer que ça lui plaise, le cas contraire risque de pro­vo­quer un grand ma­laise.

Une amie proche se di­ri­geait vers ses 50 ans ce mois-ci. Entre joyeux co­pains on vou­lait sou­li­gner ça ; elle-même est une or­ga­ni­sa­trice hors pair, gé­né­reuse, qui nous re­çoit sou­vent à sou­per à la mai­son. On vou­lait lui faire plai­sir, ami­ca­le­ment, mais nous avions en­ten­du dire par la voix de son conjoint qu’elle ne vou­lait pas de par­ty de fête pour ses 50 ans.

LE GROS PAR­TY

C’est tou­jours dé­li­cat de vou­loir or­ga­ni­ser une fête quand ça n’in­té­resse pas la prin­ci­pale in­té­res­sée. On se dit au dé­part qu’on pour­rait sim­ple­ment sou­li­gner son an­ni­ver­saire lors d’un sou­per entre amis avec un gâ­teau et des chan­delles avec un pe­tit ca­deau de groupe. Mais sou­vent on s’am­bi­tionne dans ce genre de soi­rée. Quel­qu’un sug­gère de faire un pe­tit mon­tage pho­tos, de rap­pe­ler quelques anec­dotes, de faire jouer sa mu­sique pré­fé­rée, bref de fi­nir par faire ce que la fê­tée ne sou­haite pas.

Nous avions dé­jà un sou­per d’amis de pla­ni­fié chez notre fu­ture ju­bi­laire quelques se­maines avant sa date d’an­ni­ver­saire. Évi­dem­ment, il n’était pas ques­tion de lui faire une sur­prise, chez elle, dans sa propre mai­son alors qu’elle se­rait der­rière les chau­drons. On a lais­sé fi­ler la dis­cus­sion en se di­sant qu’il était mieux de suivre les re­com­man­da­tions de son conjoint et de lui sou­hai­ter bonne fête sur Fa­ce­book.

SUR­PRISE

La co­quine qui n’aime pas les sur­prises nous a tous dé­joué, ses amis, ses proches et sa fa­mille. Sans le sa­voir, une cin­quan­taine de per­sonnes avaient été in­vi­tées sé­pa­ré­ment, le même soir, pour un sou­per avec un pe­tit groupe d’amis ou pour un sou­per de fa­mille. Per­sonne n’était au cou­rant, sauf un ou deux com­plices. De notre cô­té nous étions six couples et notre hô­tesse avait re­te­nu le concept d’un chef in­vi­té où cha­cun contri­buait fi­nan­ciè­re­ment. Il fal­lait se pré­sen­ter à 16 h 30, car le chef vou­lait nous par­ler avant le re­pas.

En se pré­sen­tant, comme conve­nu pour l’in­vi­ta­tion, avec quelques bou­teilles de vin, chez notre hô­tesse, on aper­çoit un jeune homme à l’ex­té­rieur qui di­ri­geait les voi­tures pour le sta­tion­ne­ment dans la rue. Tous les convives pen­saient se rendre à un sou­per in­time alors que nous étions 50 dans la mai­son.

Notre hô­tesse prend la pa­role, morte de rire, pour nous sou­hai­ter la bien­ve­nue à ses 50 ans. « Je vous avais dit que je n’ai­mais pas les sur­prises... quand c’est moi qui me fais sur­prendre, mais j’adore faire des sur­prises aux autres », lance-telle de­vant les convives qui avaient pris le temps de faire connais­sance entre eux.

« Ah oui, en pas­sant, l’his­toire du chef in­vi­té c’est un ca­nu­lar ; vous au­rez com­pris. Le par­ty n’au­ra pas lieu, non plus, dans notre mai­son, un au­to­bus sco­laire se­ra de­vant la porte dans cinq mi­nutes pour nous trans­por­ter dans un en­droit se­cret. Je vous in­vite à prendre vos man­teaux, les bou­teilles de vin que vous avez ap­por­tées vous pré­cé­de­ront sur la route », ex­pose l’or­ga­ni­sa­trice qui sem­blait fière de son coup.

HORS DE LA ZONE DE CONFORT

Comme des ga­mins, à bord de l’au­to­bus jaune, on s’est mis à chan­ter M’sieur l’chauf­feur, dor­mez-vous et d’autres chan­sons de ter­rains de jeux. Ça fai­sait très long­temps pour la plu­part qu’on n’avait pas mon­té dans un au­to­bus sco­laire, nous sommes re­plon­gés en en­fance.

En ar­ri­vant dans le lieu se­cret, tout était mis en place pour la fête, les tables étaient mon­tées pour le re­pas, un mu­si­cien jouait de la gui­tare et Chef Ex­tra s’est oc­cu­pé du sou­per. Un mon­tage pho­to a été réa­li­sé avec les cli­chés de sa nais­sance à au­jourd’hui, on lui a chan­té C’est à ton tour de te lais­ser par­ler d’amour, on a ri on a dan­sé, on a chan­té. Elle nous a sor­tis de notre zone de confort.

« Vous ne me sur­pren­drez pas, je vais vous sur­prendre », de­vait se dire Chan­tal en pré­pa­rant cette soi­rée mé­mo­rable avec la com­pli­ci­té de son conjoint.

À bon en­ten­deur, si vous vou­lez une fête à votre goût, à vous de l’or­ga­ni­ser.

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