D’UNE FILLE À L’AUTRE

Le Quotidien - - LA UNE - AN­NIE-CLAUDE BRIS­SON ac­bris­[email protected]­quo­ti­dien.com PA­TRI­CIA RAINVILLE prain­[email protected]­quo­ti­dien.com

En me dé­fi­nis­sant ain­si, j’ai la crainte d’être ju­gée, d’être fri­vole aux yeux des autres. Mal­gré ce­la, je reste tou­jours ex­tra­ver­tie.

Je suis ex­tra... ex­tra­ver­tie!

Je l’avoue, je suis ex­tra! Non pas que je pense que ma per­sonne est ex­tra­or­di­naire, quoique j’ai­me­rais bien, mais plu­tôt parce que je dois vous avouer que je me re­trouve dans le clan des ex­tra­ver­tis.

Et ça ne date pas d’hier. J’ai tou­jours trop par­lé, trop été in­tense, trop cu­rieuse. Bref, j’étais trop et je le suis en­core aux yeux de cer­tains!

Di­sons que plu­sieurs en­sei­gnants croisés, au fil de mon par­cours sco­laire, au­ront am­ple­ment mé­ri­té leur pause es­ti­vale après avoir pas­sé 180 jours en ma compagnie. Et le pas­sage au se­con­daire n’au­ra en rien at­té­nué ce trait de ca­rac­tère. Voyez-vous, je suis tombée face à face et en amour avec l’im­pro­vi­sa­tion. C’est dé­fi­ni­ti­ve­ment l’im­pro­vi­sa­tion qui m’a per­mis d’être ce que je suis, sans me sen­tir mal d’être ain­si. S’agit là d’une brève ren­contre qui au­ra as­su­ré la suite pour les an­nées à ve­nir.

Mon pas­sage au Cé­gep de Chi­cou­ti­mi au­ra été tein­té par mes col­lègues de classe et les en­sei­gnants du pro­gramme Arts et lettres ain­si que par les co­équi­piers de l’équipe d’im­pro­vi­sa­tion. De belles an­nées où j’ai pous­sé et ex­plo­ré au maxi­mum qui j’étais. Le mi­lieu était fa­vo­rable. Des gens ex­pres­sifs, de la culture mur à mur et des rêves. Tout ce qu’il faut comme car­bu­rant à une per­sonne ex­tra­ver­tie.

Heu­reu­se­ment, avec les an­nées, je me suis po­sée. En me dé­fi­nis­sant ain­si, j’ai la crainte d’être ju­gée, d’être fri­vole aux yeux des autres. Mal­gré ce­la, je reste tou­jours ex­tra­ver­tie. Je re­pousse tou­jours un peu la li­mite, rien d’illé­gal, je vous as­sure.

Pas­sé 30 ans, im­pos­sible de men­tir! Je ne peux guère le ca­cher, mes forts rires me tra­hissent as­sez ra­pi­de­ment. Ma lu­nette pal­liant à la myo­pie me tra­hit éga­le­ment. Et tout le reste... J’ai sou­ve­nir de cette ser­veuse qui m’a dit mal­ha­bi­le­ment et sans au­cune mé­chan­ce­té: « Elles sont spé­ciales vos lu­nettes. Faut quel­qu’un de spé­cial pour les por­ter. » J’ima­gine que c’était un com­pli­ment ou une re­con­nais­sance de qui je suis.

J’aime être en­tou­rée de gens, j’aime que ça bouge au­tour de moi. Pour­tant, d’un autre cô­té, je suis si ra­tion­nelle et mé­tho­dique dans de nom­breuses sphères de ma vie, dont au tra­vail.

J’ai fouillé dans la lit­té­ra­ture scien­ti­fique et dans la psy­cho pop en cher­chant la rai­son de cette dua­li­té. Et je me dois de faire mon co­ming out, à 31 ans, j’ap­prends en même temps que vous que je suis am­bi­ver­tie. Je me re­trouve avec des ca­rac­té­ris­tiques de la per­son­na­li­té in­tro­ver­tie et de celle qui est ex­tra­ver­tie. J’ima­gine que je suis un agréable mé­lange, le meilleur des deux mondes... On met l’hu­mi­li­té de cô­té pour quelques ins­tants!

Je vous ras­sure et je me ras­sure, je n’ai pas tou­jours le pi­ton col­lé. J’ai, moi aus­si, be­soin de mes mo­ments de so­li­tude. Di­sons plu­tôt que je suis ex­tra­ver­tie as­cen­dant air bête! AN­NIE-CLAUDE BRIS­SON

L’in­tro­ver­tie

J’ai eu une ré­vé­la­tion cette se­maine. À 32 ans, je me suis ren­du compte que j’étais une per­sonne in­tro­ver­tie. J’ai donc vé­cu dans le mensonge du­rant toute ces an­nées. Je croyais pour­tant être une per­sonne plu­tôt ex­tra­ver­tie, ca­pable de m’ex­pri­mer en public, tou­jours par­tante pour une soi­rée mon­daine et ayant un cercle d’amis as­sez com­plet.

C’est que j’igno­rais la dé­fi­ni­tion exacte de ce que veut dire une per­sonne in­tro­ver­tie. C’est d’ailleurs en tom­bant sur un ar­ticle sur le su­jet que tout s’est éclair­ci. Une per­sonne in­tro­ver­tie, bien qu’elle soit ab­so­lu­ment apte à vivre en so­cié­té et aime se re­trou­ver entre amis ou en fa­mille, a be­soin de so­li­tude pour re­char­ger ses bat­te­ries. La per­sonne ex­tra­ver­tie, elle, se nour­rit plu­tôt de l’éner­gie des autres.

La per­sonne in­tro­ver­tie, comme moi, est aus­si quelque peu dé­sta­bi­li­sée lorsque de la visite se pointe sans aver­tir. Elle peut aus­si se ca­cher dans une al­lée d’épi­ce­rie plu­tôt que d’al­ler à la ren­contre d’une connais­sance, aper­çue plus loin dans le rayon fruits et lé­gumes. Ça, c’est moi tout cra­ché. La pomme de sa­lade va at­tendre, pour­vu qu’on ne me voie pas. Bon, si j’aper­çois mon père, une amie proche ou même mon boss, je vais al­ler les voir, évi­dem­ment, mais si je vois un oncle loin­tain ou une amie du se­con­daire, vous pou­vez être sûrs que je vais ten­ter par tous les moyens de ne pas être vue. Pour­quoi? Je re­tiens ça du pa­ter­nel, à ce qu’il pa­rait.

Le pire, en sa­chant main­te­nant que j’ai un pe­tit pro­blème d’in­tro­ver­sion (ça se dit­tu, ça?), c’est que je par­tage ma vie avec un être com­plè­te­ment op­po­sé. Un vrai de vrai ex­tra­ver­ti. Un pur et dur. Mon prince peut faire des dé­tours en voi­ture s’il aper­çoit une vague connais­sance du pri­maire de l’autre cô­té du bou­le­vard. Il peut pas­ser de longues mi­nutes à dis­cu­ter dans une al­lée de l’épi­ce­rie avec un an­cien col­lègue. Et là, je ne vous parle même pas d’une ren­contre par ha­sard avec un membre de sa fa­mille. Des plans pour man­quer notre vol si on se trouve à l’aé­ro­port.

Contrai­re­ment à moi, il n’a pas be­soin de so­li­tude pour se re­trou­ver, faire le vide ou se dé­tendre. Il peut le faire dans un dor­toir rem­pli de gars. Je ne l’ai ja­mais en­ten­du me dire qu’il avait be­soin d’être seul cinq mi­nutes, alors que je lui sors cette phrase ré­gu­liè­re­ment.

Je dois avouer que je l’en­vie un peu. Il est chan­ceux, il n’a pas be­soin de se ca­cher dans le pou­lailler lors­qu’il voit le voi­sin se di­ri­ger vers lui.

Le plus iro­nique dans tout ça, c’est que je pra­tique un mé­tier qui me pousse à al­ler vers les gens, à po­ser les ques­tions les plus in­dis­crètes à des per­sonnes que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam. Et, le pire, c’est que je n’ai ab­so­lu­ment au­cune dif­fi­cul­té à le faire. Je peux frap­per à des portes pour avoir des in­for­ma­tions, je peux faire huit ap­pels pour avoir une ex­pli­ca­tion et je peux m’adres­ser à la reine d’An­gle­terre sans res­sen­tir une once de gêne.

Mais si, dans ma vie per­son­nelle, je vois ar­ri­ver la fille que je suis dans ma vie pro­fes­sion­nelle, je vais pro­ba­ble­ment me ca­cher der­rière les ri­deaux pour ne pas lui par­ler. Je suis comme ça. J’ai une double per­son­na­li­té. PA­TRI­CIA RAINVILLE

Je suis ex­tra... ex­tra­ver­tie! L’in­tro­ver­tie

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.