À la fois tor­du et ras­su­rant

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - DA­NIEL CÔ­TÉ [email protected]­quo­ti­dien.com

Pour plus de 300 per­sonnes, le temps des Fêtes ne com­mence pas le 1er dé­cembre, ni à l’ar­ri­vée du père Noël dans les centres com­mer­ciaux. Ce dont ils ont be­soin pour s’émou­voir à la vue d’un arbre char­gé de boules et de guir­landes même s’il ne sent pas le sa­pin, c’est d’as­sis­ter au spec­tacle an­nuel du Théâtre 100 Masques. Cette an­née, cette pro­duc­tion - la 12e - a pour titre Le Noël de M. Scrooooge et la pre­mière re­pré­sen­ta­tion a été don­née ven­dre­di soir, au Cô­té-Cour de Jon­quière.

La salle af­fi­chait com­plet, mais per­sonne n’a man­qué de bis­cuits, ni de cho­co­lat chaud, ni d’oc­ca­sions de rire en compagnie des co­mé­diens Mé­la­nie Pot­vin, Pa­trick Si­mard et Flo­rence Bou­dreault, ap­puyés par la pia­niste France Du­chaîne et le met­teur en scène Da­rio La­rouche. Pen­dant un peu plus d’une heure, le public a vu Mar­tha Wa­tier (Mé­la­nie Pot­vin), l’hô­tesse trash par excellence, ten­ter en vain de lire le cé­lèbre conte de Di­ckens, A Ch­rist­mas Ca­rol.

Chaque fois qu’elle ap­pro­chait le livre de ses yeux, en ef­fet, des im­por­tuns ap­pa­rais­saient. Des fois, c’était sa bonne (Flo­rence Bou­dreault), une sorte de Bé­cas­sine pour le par­ler, maillée à un san­ton pour le look. Elle ré­cla­mait un congé à Noël, faible com­pen­sa­tion pour les gages qui ne lui ont pas été ver­sés de­puis des lunes. Or, cette pau­vresse est le souffre-dou­leur de sa maî­tresse, adepte de la sim­pli­ci­té volontaire, tant que ce sont les autres qui écopent.

L’autre tour­men­teur, source de grands dé­lires dans la salle, c’est Pa­trick Si­mard. Il im­porte de l’iden­ti­fier par son nom, puisque lui-même le fait, même quand il at­ter­rit sur la scène ac­cou­tré comme un fan­tôme qui res­semble à toutes sortes d’af­faires, sauf à Cas­per. « Je suis Pa­trick Si­mard, co­mé­dien ca­mé­léon du Sa­gue­nay », lance-t-il avant de men­tion­ner quelques-unes des pièces aux­quelles il a par­ti­ci­pé, ain­si qu’une pub pour le bac bleu dif­fu­sée des mil­lions de fois à la té­lé.

Se­rait-il aphone qu’on ri­rait pa­reil en le voyant vê­tu de blanc tel un gou­rou, nim­bé d’un nuage de fu­mée. Il est cen­sé in­car­ner la mère de Mar­tha, ou plu­tôt son spectre qui compte l’ame­ner dans le pas­sé, le pré­sent et l’ave­nir afin de lui mon­trer pour­quoi elle est si ré­frac­taire à l’es­prit de Noël (et, peut-être, la conver­tir). « Je ne suis ni le queer de Noël, ni Hu­bert Le­noir », a cru bon de pré­ci­ser l’étrange fan­tôme, dont chaque mé­ta­mor­phose a été sa­luée par de gé­né­reuses cas­cades de rires.

Comme c’est la tra­di­tion, des chan­sons ponc­tuent l’his­toire, ver­sions tor­dues de clas­siques des Fêtes. « Ma­man a joué avec le père Noël. Il lui a mon­tré sa grosse bé­belle », a ain­si ra­con­té Mar­tha sur l’air de J’ai vu ma­man em­bras­ser le père Noël. Il y en a une dou­zaine de la même eau, sou­vent très drôles, tan­dis que la musique se mou­lait aux par­ti­tions ori­gi­nales. À vrai dire, le son du pia­no est aus­si cha­leu­reux que le sa­lon bour­geois de l’hô­tesse, or­né de quelques arbres so­bre­ment dé­co­rés.

C’est ce contraste qui fait du Noël de M. Scrooooge un ren­dez-vous si par­ti­cu­lier. On as­siste à ce spec­tacle dans un es­prit de dé­ri­sion, mais cu­rieu­se­ment, il a quelque chose de ras­su­rant, à la ma­nière d’un gâ­teau aux fruits. Les co­mé­diens ont beau mul­ti­plier les ou­trances, chan­ter Noël, c’est gla­mour comme Mé­la­nie Pot­vin le fe­ra à nou­veau au­jourd’hui à 19 h, puis di­manche à 15 h (avis aux in­té­res­sés, il reste des billets, mais pas des masses), ils font dé­sor­mais par­tie de la fête, au même titre que Noël au camp.

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