Se mo­bi­li­ser pour des ba­na­li­tés

Le Quotidien - - LE MAG - JU­LIEN RE­NAUD CHRO­NIQUE ju­lien.re­[email protected]­quo­ti­dien.com

Plus de 12 000 Qué­bé­cois se sont sen­tis suf­fi­sam­ment in­ter­pel­lés par l’éli­mi­na­tion du non­couple d’Oc­cu­pa­tion double (OD) Grèce, com­po­sé de Jo­na­than, de Saint-Prime, et de Maude, pour prendre le temps de si­gner une pé­ti­tion afin de les ra­me­ner dans l’aven­ture...

Une di­zaine de sites de nou­velles ont re­layé l’in­for­ma­tion, qui a été par­ta­gée des cen­taines de fois, et ce, dans le temps de le dire. «Les in­ter­nautes prennent de tra­vers l’éli­mi­na­tion», a ti­tré le Journal de Mon­tréal.

Il y a huit mois, au­tant de per­sonnes ont vou­lu payer le vi­déo­clip de Da­mien, per­son­nage de la sé­rie Fu­gueuse, pour que Fan­ny n’ait plus à se pros­ti­tuer. Mal­heu­reu­se­ment, la réa­li­té a peu de pou­voir sur la fic­tion.

Ce mou­ve­ment, qui avait certes une va­leur hu­mo­ris­tique, m’a fait ré­flé­chir. Car au même mo­ment, j’es­sayais de mo­bi­li­ser des gens pour per­mettre à une jeune mère de fa­mille d’avoir un fau­teuil rou­lant mo­to­ri­sé, afin qu’elle re­trouve une au­to­no­mie, qu’elle puisse voir ses deux gar­çons s’épa­nouir dans leurs loi­sirs. Je si­gnais aus­si des chro­niques mi­li­tant au pro­fit d’une meilleure re­con­nais­sance des ma­la­dies or­phe­lines. Et l’in­té­rêt pour ces su­jets-là, il re­tom­bait vite à plat.

J’avais pas­sé bien près d’écrire sur la ques­tion. Le pou­voir de mo­bi­li­sa­tion peut-il ou­tre­pas­ser la ba­na­li­té? Mais voi­là que la pé­ti­tion d’OD m’a pro­vo­qué à son tour, et j’ai sen­ti le be­soin de par­ta­ger mon hu­meur.

J’ai­me­rais tant qu’un pou­voir de mo­bi­li­sa­tion sem­blable vienne contri­buer à toutes ces causes so­ciales qui tentent d’ob­te­nir ne se­rait-ce qu’un mi­ni mo­ment de rayon­ne­ment pour faire pas­ser leur mes­sage. En sep­tembre, une res­pon­sable de l’In­ter­as­so­cia­tion des per­sonnes han­di­ca­pées du Sa­gue­nay est ve­nue me re­mer­cier pour le com­bat que je mène pour une meilleure ac­ces­si­bi­li­té. Elle se ré­jouis­sait de voir que ma plume per­met­tait de rem­por­ter cer­taines batailles, de voir notre cause com­mune sous les pro­jec­teurs.

Moi, je dis­pose de la tribune pour por­ter un mes­sage. Mais pas elle. Comme bien d’autres. Et j’en suis conscient. C’est un pri­vi­lège im­mense qui contri­bue à l’amour que je voue à ma pro­fes­sion.

C’est le cas aus­si d’une consoeur jour­na­liste d’Ici Ra­dio-Ca­na­da Sa­gue­nay–Lac-Saint-Jean, Ro­sa­lie Du­mais-Beau­lieu. La se­maine der­nière, elle a in­vi­té, à l’oc­ca­sion de sa chro­nique heb­do­ma­daire, ses au­di­teurs à tro­quer le ca­len­drier de l’avent pour le dé­bar­ras de l’avent. Le concept est simple: chaque jour, jus­qu’au 25 dé­cembre, les par­ti­ci­pants doivent se dé­par­tir de quelque chose. N’im­porte quoi!

J’ai sau­té à pieds joints dans ce beau mou­ve­ment. Jus­qu’à main­te­nant, je me suis donc en­ga­gé à don­ner une ra­dio, une gui­tare, un manteau de prin­temps, un chan­dail of­fi­ciel du Ca­na­dien de Mon­tréal, un masque afri­cain et un livre.

Je dois par contre pas­ser aux aveux: j’ai dé­ci­dé de conser­ver la tra­di­tion du ca­len­drier de l’avent. J’aime beau­coup le cho­co­lat, et ma grand-mère ché­rie m’en offre un chaque an­née. Ç’a donc une va­leur plus que nu­tri­tive pour moi!

D’ailleurs, je suis loin d’être ir­ré­pro­chable. Je ne veux pas jouer à Mon­sieur Par­fait ou don­ner des le­çons. Moi aus­si, j’écoute OD. Et je suis par­fois ten­té de m’abreu­ver de ba­na­li­tés. Ou je m’y plonge in­cons­ciem­ment.

Ré­cem­ment, j’ai pris une photo avec un singe en Ré­pu­blique do­mi­ni­caine. Une belle fa­çon d’en­cou­ra­ger la mal­trai­tance des ani­maux, m’a sou­li­gné une amie. J’ai lu l’ar­ticle qu’elle m’a par­ta­gé, et un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té s’est mis à m’ha­bi­ter. J’ai donc dé­ci­dé de me ra­che­ter en adop­tant sym­bo­li­que­ment un ani­mal d’une es­pèce me­na­cée, un don qui per­met de sou­te­nir le tra­vail du Fonds mon­dial pour la na­ture. Pour 50$, j’ai re­çu une pe­luche de pa­res­seux à trois doigts, un cer­ti­fi­cat d’adop­tion et un sac réuti­li­sable de Noël.

Voi­là le ca­deau idéal pour mon pe­tit cou­sin, qui veut la paix dans le monde et un plus grand res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment sous son sa­pin! À 9 ans, moi, j’es­pé­rais plu­tôt dé­bal­ler une ma­chine à crème gla­cée de pâte à mo­de­ler. Je l’ai re­çue, mais après deux cor­nets non co­mes­tibles, j’avais pleu­ré en ca­chette. Dé­jà, l’ar­rière-goût de la ba­na­li­té ne me re­ve­nait pas.

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