Le vé­lo et ses ani­maux do­mes­tiques comme bouée de sau­ve­tage

Le Reflet du Lac - - ACTUALITÉS - DA­NY JACQUES djacques@le­re­flet­du­lac.com Autres textes en pages 6 et 7

La femme de 52 ans a vé­cu les atro­ci­tés du­rant la guerre de Bos­nie. À titre d’ad­jointe mé­di­cale, elle a vé­cu aux pre­mières loges les consé­quences de ce conflit se dé­rou­lant dans l’ex-You­go­sla­vie au dé­but des an­nées 1990.

«J’ai vu et soi­gné des corps mu­ti­lés, se sou­vient-elle avec émo­tion de ces évé­ne­ments sur­ve­nus en juin 1993. Le ca­davre d’un mi­li­taire ca­na­dien, tué par une ro­quette, re­pré­sente pro­ba­ble­ment mon pire sou­ve­nir. Son corps était dé­fait. Les images et les odeurs me hantent tou­jours.»

Alors âgée de seule­ment 25 ans, elle ne sa­vait pas que ce sé­jour de six mois dans une zone de guerre l’af­fec­te­rait toute sa vie. Mais ce ne sont pas ses sou­ve­nirs de guerre qui as­som­brissent prin­ci­pa­le­ment son es­prit en­core au­jourd’hui. Sa des­cente aux en­fers ne fai­sait que mal­heu­reu­se­ment com­men­cer.

UNE AGRES­SION PLUS PÉ­NIBLE QUE LA GUERRE

Elle quitte son poste d’ad­jointe mé­di­cale après son sé­jour en Eu­rope, mais de­meure dans les Forces en tra­vaillant en res­sources hu­maines. Elle croyait aper­ce­voir de la lu­mière au bout du tun­nel, mais une agres­sion sexuelle com­mise par son su­pé­rieur en 1995 à Farn­ham, un homme qu’elle connais­sait, la heurte plus bru­ta­le­ment que les affres de la guerre.

«Il m’a me­na­cée avec un fu­sil à plomb et m’a pous­sée dans un coin. J’ai réus­si à crier, mais il était trop tard. Par la suite, il me har­ce­lait, m’in­ti­mi­dait. Je l’ai dé­non­cé, mais deux en­quêtes l’ont blan­chi, s’in­digne-t-elle. J’ai pas­sé pour une folle

«MES TEM­PÊTES IN­TÉ­RIEURES»

et une fai­seuse de trouble, car on a conclu qu’il avait eu une mau­vaise ap­proche à mon en­droit!» Ma­la­die, dé­cès de sa mère et rup­tures amou­reuses ont par la suite dé­sta­bi­li­sé la vie de Lin­da Chouinard. Elle de­vient ir­ri­table, mais conti­nue à tra­vailler comme une for­ce­née.

Des étour­dis­se­ments ap­pa­raissent vers la tren­taine au dé­but des an­nées 2000. Un congé de ma­la­die lui est im­po­sé pour pré­ve­nir l’épui­se­ment. Elle re­tourne au tra­vail à Pe­ta­wa­wa, en On­ta­rio, mais dans sa pe­tite chambre mi­nable, comme elle dit, ses cau­che­mars re­viennent la han­ter. Les sou­ve­nirs de son agres­sion l’em­pêchent de dor­mir. Elle pa­nique.

Lin­da Chouinard fi­gure dans un livre qui vient de pa­raître, in­ti­tu­lé «Mes tem­pêtes in­té­rieures». Il pré­sente 25 té­moi­gnages por­teurs d’es­poir sur la san­té men­tale. Mme Chouinard est l’une des deux in­con­nues dé­voi­lant une im­por­tante fa­cette de leur per­son­na­li­té, car la ma­jo­ri­té des té­moi­gnages pro­viennent de per­son­na­li­tés connues comme JeanNi­co­las Ver­reault, Flo­rence K, Jean-Ma­rie La­pointe et Ma­rianne St-Ge­lais. Va­nes­sa Beau­lieu signe le livre et l’édi­teur est Guy Saint-Jean.

COMME UN TRAIN QUI LA PER­CUTE

Elle com­pare le pro­chain événement à un autre train qui lui passe sur le corps. Elle fait des crises de pa­nique et de sé­rieuses idées sui­ci­daires oc­cupent son es­prit.

«J’avais ac­cès à de la mor­phine. En go­bant cette drogue, je vou­lais me ga­zer dans un ga­rage pour évi­ter de rater mon coup. Ce­pen­dant, j’ai vu pleu­rer mon chien de l’époque. C’est lui qui m’a fait chan­ger d’avis, mais j’ai dû me faire soi­gner», se sou­vient-elle.

Elle quitte la ré­gion d’Ot­ta­wa pour Ma­gog en 2009 à l’âge de 43 ans. Elle n’en pou­vait plus de cô­toyer des mi­li­taires, dont plu­sieurs idiots et in­to­lé­rants se­lon elle, ce qui lui rap­pe­lait de mau­vais sou­ve­nirs. Sa ville d’adop­tion lui sauve éga­le­ment la vie, car elle en pro­fite pour se re­po­ser, pra­ti­quer le vé­lo, ca­jo­ler ses ani­maux et s’adon­ner à la pein­ture, à la pho­to­gra­phie et à l’ébé­nis­te­rie.

«Je souffre en­core, même si je vais bien en gé­né­ral. L’éner­gie n’est pas tou­jours au ren­dez­vous, mais les pi­lules et mes pas­sions m’aident énor­mé­ment. Je de­meure néan­moins in­apte au tra­vail», té­moigne-t-elle.

Elle sort du pla­card pour se li­bé­rer de ses chaînes et dé­mys­ti­fier les ma­la­dies men­tales, ces grandes in­com­prises, sur­tout en cette Se­maine de la san­té men­tale (du 7 au 13 mai).

«Nous ne sommes pas des fous, ni des ex­tra­ter­restres, ni des dan­ge­reux, lance-t-elle. L’in­to­lé­rance à notre égard doit ces­ser. Pour­quoi les gens n’ont pas honte des per­sonnes at­teintes de can­cer, mais changent de com­por­te­ment en cô­toyant des gens aux prises avec des pro­blèmes de san­té men­tale. Ar­rê­tez de nous mettre da­van­tage de pres­sion avec vos re­gards.

On en a as­sez comme ça.»

Lin­da Chouinard trouve beau­coup de ré­con­fort en ca­jo­lant son chien Pa­blo. (Pho­to Le Re­flet du Lac - Da­ny Jacques)

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.