Mort d’An­drée Mathieu, une Ma­go­goise peu ba­nale

Le Reflet du Lac - - TRIBUNE LIBRE -

Elle nous a quit­tés le 30 avril, à l’âge de 68 ans, ter­ras­sée et em­por­tée par un lym­phome agres­sif. Même si elle ne vi­vait à Ma­gog que de­puis 8 ans, elle y avait vrai­ment pris ra­cine, grâce no­tam­ment à l’ac­cueil que lui fit son ami Louis Ber­trand. Elle pre­nait à coeur le des­tin de la ville et s’en­ga­geait dans le dé­bat pu­blic. Dans le cadre des Sa­me­dis de l’Ago­ra à l’Au­berge de jeu­nesse, elle a don­né deux cau­se­ries l’hi­ver der­nier, l’une sur la com­plexi­té et l’autre sur le bio­mi­mé­tisme. Elle pré­voyait en don­ner une autre en juin.

Cette an­cienne pro­fes­seure de phy­sique s’est jointe à l’Ago­ra en 1993, après avoir été ré­dac­trice au­près du Pre­mier mi­nistre Ro­bert Bour­ras­sa. Elle avait à l’échelle lo­cale, na­tio­nale et in­ter­na­tio­nale,, un ré­seau d’amis et de sources d’ins­pi­ra­tion à la hau­teur de ces ré­seaux vi­vants et donc com­plexes qui étaient son prin­ci­pal su­jet d’étude. D’où une oeuvre dont on com­mence à peine à me­su­rer l’ori­gi­na­li­té, la co­hé­rence et l’im­por­tance. Elle et Moa­na Lebel, la co­au­teure, ont re­çu le prix Hu­bert Reeves de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique pour leur livre sur le bio­mi­mé­tisme pa­ru en 2016. Pour en sa­voir plus ses tra­vaux et l’orien­ta­tion de sa pen­sée, on peut lire l’ar­ticle qui lui est consa­cré sur la page d’ac­cueil de l’En­cy­clo­pé­die de l’Ago­ra, ago­ra. qc.ca.

Ex­cel­lente pé­da­gogue, son grand rêve était de fa­mi­lia­ri­ser le grand pu­blic avec une ré­vo­lu­tion dans les sciences, le pas­sage du li­néaire au com­plexe, com­pa­rable à celle de l’époque de Co­per­nic. Il fal­lait alors convaincre les gens que c’est la terre qui tourne au­tour du so­leil et non l’in­verse. Ce­la ne s’est pas fait en une jour­née, ni même en un siècle. Le pas­sage du li­néaire au com­plexe, c’est le pas­sage d’une science qui four­nit des cer­ti­tudes et des pré­vi­sions dé­ter­mi­nistes1 à une autre qui n’offre que des pro­ba­bi­li­tés2. Amor­cée il y a plus d’un siècle, cette ré­vo­lu­tion est bien com­prise des ex­perts, mais n’a pas en­core at­teint le grand pu­blic. Hé­las ! on ne peut s’of­frir le luxe d’at­tendre un autre siècle pour qu’elle soit ap­pré­ciée au moins des lea­ders po­li­tiques, car elle touche dé­jà di­rec­te­ment notre vie pour ce qui est des chan­ge­ments cli­ma­tiques, par exemple.

Dans un ar­ticle ré­cent pa­ru dans la re­vue Ar­gu­ment, An­drée Mathieu écri­vait : « Vous êtes-vous dé­jà de­man­dé pour­quoi il a été tel­le­ment plus fa­cile aux po­li­ti­ciens de s’en­tendre sur la pro­tec­tion de la couche d’ozone que sur la lutte aux chan­ge­ments cli­ma­tiques ? Les scien­ti­fiques savent com­ment l’atome de ch­lore dans les chlo­ro­fluo­ro­car­bures (CFC) s’y prend pour dé­truire la mo­lé­cule d’ozone, il est donc fa­cile d’éta­blir une re­la­tion de cause à ef­fet. Par contre, le cli­mat est un sys­tème truf­fé de ré­tro­ac­tions et tel­le­ment com­plexe qu’il est im­pos­sible d’en connaître tous les pa­ra­mètres à un mo­ment don­né. »3

Ce­la ne dis­pense pas les lea­ders de prendre des dé­ci­sions, mais ce­la les oblige à les as­su­mer po­li­ti­que­ment. S’il y a de minces chances que le scé­na­rio ca­tas­tro­phiste ne se réa­lise pas, il y a aus­si de grandes chances que tout se dé­grade plus vite que pré­vu avec les coûts so­ciaux, éco­no­miques et po­li­tiques in­hé­rents à ces chan­ge­ments. Nous avons dé­jà com­men­cé à nous en rendre compte de­puis une quin­zaine d’an­nées. D’où le sen­ti­ment d’ur­gence qu’éprouvent des per­sonnes aver­ties comme An­drée Mathieu.

Un hom­mage lui se­ra ren­du à North -Hat­ley le 26 mai à l’église Sainte-Éli­sa­beth. , à comp­ter de 10h30. Pré­ci­sions sur la page d’ac­cueil de l’En­cy­clo­pé­die de l’Ago­ra (ago­ra.qc.ca), sous le titre Adieux à An­drée Mathieu.

Un hom­mage se­ra ren­du à An­drée Mathieu à North Hat­ley, le 26 mai.

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