TROP DE VIC­TIMES DE HAR­CÈ­LE­MENT SCO­LAIRE

Le Reflet (The News) - - DOSSIER - AN­NIE LAFORTUNE an­[email protected]

Fran­cis (nom fic­tif), 12 ans, est vic­time d’in­ti­mi­da­tion à l’école de­puis quelques an­nées dé­jà. Ce genre de si­tua­tion est loin d’être ba­nale, mais ce fléau per­siste toujours dans les écoles et ailleurs. La mère de Fran­cis lance un cri d’alerte pour que cesse une fois pour toutes ce fléau et pour que les écoles de la ré­gion pro­tègent mieux les élèves dont ils sont res­pon­sables.

De­puis quatre ans, au pri­maire et main­te­nant au se­con­daire, le même groupe de gar­çons s’acharne sur Fran­cis. Au­jourd’hui, on ne peut prendre à la lé­gère ce qui peut sem­bler être de pe­tites em­brouilles. « L’école que mon fils fré­quente ne ré­agit pas, consi­dé­rant ce­la comme des chi­canes, a-t-elle ex­pli­qué en ne dé­co­lé­rant pas. Au dé­but du har­cè­le­ment, au pri­maire, les quatre gar­çons uti­li­saient des mots pour ra­bais­ser mon fils. Des mots comme ta­pette, t’es pas vite, stu­pide, t’es gros. Cette an­née, au se­con­daire, c’est phy­sique. Dans un coin ex­té­rieur sur le ter­rain de l’école, là où les ca­mé­ras ne peuvent rien cap­ter, les quatre élèves ont car­ré­ment sau­té sur Fran­cis. Deux d’entre eux le te­naient, le troi­sième lui a en­le­vé ses sou­liers et son sac d’école pour se sau­ver avec, et le der­nier lui as­sé­nait des coups de poing. C’est un jeune gar­çon de neuf ans qui est al­lé por­ter se­cours à mon fils », a-t-elle pour­sui­vi.

Le jeune Fran­cis rentre chez lui, frus­tré et pleu­rant de mal. Hon­teux il n’ose en par­ler à sa mère qui réus­sit tout de même à faire par­ler son fils. Ni une ni deux, elle at­trape son té­lé­phone et com­mu­nique im­mé­dia­te­ment avec l’école, ex­plique la si­tua­tion et de­mande que quel­qu’un la rap­pelle. Le len­de­main, toujours au­cune nou­velle de la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment sco­laire. Deux jours plus tard, elle re­çoit un ap­pel de la di­rec­tion de l’école. « La per­sonne qui m’a ap­pe­lée m’a dit qu’elle al­lait faire un sui­vi. Mais j’ai su qu’elle leur au­rait sim­ple­ment dit de se te­nir loin de mon fils. C’est im­pen­sable! Il n’y a eu au­cune pré­ven­tion, et au­cune ex­pli­ca­tion ne leur a été don­née. De son cô­té, le CSDCEO n’a ja­mais re­tour­né mon ap­pel », s’est in­di­gnée la mère.

Le len­de­main, toujours dans la même se­maine, elle se rend à l’école de son fils, ac­com­pa­gnée de la grand-mère de Fran­cis. « Nous avons at­ten­du plus d’une heure avant que la di­rec­tion veuille bien nous ren­con­trer. Je leur ai de­man­dé pour­quoi rien n’avait été fait pour en­rayer ces com­por­te­ments de vio­lence. Ils m’ont ré­pon­du qu’ils doivent al­ler étape par étape avant qu’il y ait une consé­quence. Les quatre se sont juste fait par­ler, mais ça ne les a pas em­pê­ché de re­com­men­cer, cette fois dans l’au­to­bus », s’est-elle em­por­tée.

Ni une ni deux, elle dé­cide de pro­fi­ter des mé­dias so­ciaux et d’écrire un mes­sage sur sa page Fa­ce­book. Voi­là une par­tie de ce mes­sage : « (…) C’est l’heure d’ac­tion main­te­nant !!! De plus les en­fants sont in­for­més de­puis plu­sieurs an­nées dans les écoles concer­nant l’hu­mi­lia­tion. Mais en­core, je me fais dire que non, il doit juste y avoir une autre conver­sa­tion/aver­tis­se­ment pour l’ins­tant. Com­ment peut-on chan­ger ces agis­se­ments si l’ap­pui est in­vi­sible et man­quant ! Dans sa souf­france et sa peine quo­ti­dienne, il a dit à sa m qu’il ne sou­hai­tait plus al­ler à l’école car il en avait marre d’être le souffre-dou­leur à l’école et d’être mal­heu­reux. Chaque jour, des per­sonnes en viennent à se faire du mal à cause de monstres qui prennent du plai­sir à dé­truire… Com­bien de vic­times ? Com­bien de morts ? Il ne faut pas res­ter spec­ta­teur. Il ne faut pas res­ter igno­rant face à ces si­tua­tions. »

Ce qui étonne cette mère c’est qu’au­cun in­ter­ve­nant ne ren­contre les élèves sur une base ré­gu­lière afin de les sen­si­bi­li­ser à l’in­ti­mi­da­tion. « La di­rec­tion m’a dit qu’il y a des af­fiches dans le cou­loir. Mais une af­fiche reste une af­fiche. Il n’y a au­cun contact hu­main comme l’in­ter­ve­nant peut le faire », a-t-elle dit, dé­cou­ra­gée. Après avoir mis au cou­rant la di­rec­tion, Fran­cis se dit hon­teux. « Je m’haïs ma­man », lui a-t-il dit l’autre jour. Pour la mère, c’est in­ac­cep­table. « Mon fils ne veut plus al­ler à l’école, a-t-elle dit, les yeux bai­gnant dans l’eau. Je ne me fais pas en­tendre et ne sais plus à quel saint me vouer. »

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