Vien ni chaude ni froide à l’idée de QS

Le Soleil - - ACTUALITÉS - JEAN-FRÉ­DÉ­RIC MO­REAU jf­mo­reau@le­so­leil.com

La mi­nistre du Tra­vail, Do­mi­nique Vien, hausse les épaules de­vant la pro­po­si­tion de Qué­bec so­li­daire (QS) de lé­gi­fé­rer sur le droit à la dé­con­nexion des tra­vailleurs sa­la­riés du Qué­bec. Les lois ac­tuelles se­raient suf­fi­santes pour li­mi­ter les heures tra­vaillées en de­hors du bu­reau. « La loi sur les normes du tra­vail pré­voit dé­jà que l’em­ployé peut ne pas tra­vailler au-de­là de quatre heures sup­plé­men­taires [quo­ti­dien­ne­ment]. Ce qu’on vient dire dans l e pro­jet de l oi que nous avons dé­po­sé cette se­maine c’est de ra­me­ner de quatre à deux» le nombre d’heures sup­plé­men­taires qu’un em­ployé peut ac­cep­ter de tra­vailler, a in­di­qué la mi­nistre jeudi en mê­lée de presse.

Pour Mme Vien, le « contexte » lé­gal ac­tuel per­met à l’em­ployé de ne pas tra­vailler au-de­là de ce qui lui est de­man­dé, si bien que la né­ces­si­té du pro­jet de loi dé­po­sé par Ga­briel Na­deau-Du­bois jeudi ne se­rait pas dé­mon­trée.

Af­fir­mant avoir ren­con­tré dans la der­nière an­née une qua­ran­taine de groupes en lien avec la ré­forme de la Loi sur les normes du tra­vail, la mi­nistre ex­plique n’avoir en­ten­du per­sonne sou­le­ver le droit à la dé­con­nexion.

«Si Qué­bec so­li­daire veut en faire une prio­ri­té c’est son choix, pour le mo­ment en ce qui nous concerne on consi­dère que la Loi sur les normes du tra­vail per­met à l’em­ployé d’avoir du temps per­son­nel de qua­li­té en de­hors de ses heures de tra­vail», a dit la ti­tu­laire du Tra­vail.

«TI­RER LA PLUG »

Qué­bec so­li­daire re­ven­dique le droit de tous les Qué­bé­cois à «ti­rer la plug » et à ne pas tra­vailler lors­qu’ils ne sont pas au bou­lot. Le par­ti sou­haite obli­ger les em­ployeurs à dé­fi­nir en col­la­bo­ra­tion avec les em­ployés une po­li­tique de dé­con­nexion nu­mé­rique adap­tée aux be­soins de l’en­tre­prise.

Le co- porte- pa­role du par­ti, Ga­briel Na­deau-Du­bois, a dé­po­sé jeudi son pro­jet de loi, mais pré­voit tout de même sou­mettre un amen­de­ment à la ré­forme des normes du tra­vail pro­po­sée par le gou­ver­ne­ment, sa­chant que son pro­jet comme tel ne se­ra pas adop­té.

Il reste que M. Na­deau-Du­bois met l ’a ccent sur l ’a bsence de règles qui en­cadrent l’ uti­li­sa­tion des ou­tils de com­mu­ni­ca­tion per­son­nels. Le dé­pu­té de Gouin dé­plore que les nou­velles t ech­no­lo­gies f orcent cer­tains em­ployés à être joi­gnables par leur em­ployeur à tout mo­ment dans la jour­née.

Tout comme le dé­pu­té, le prof es­seur de droit à l’ Uni­ver­si­té La­val Louis-Phi­lippe Lam­pron se dé­sole de consta­ter que le pro­jet de ré­forme des normes du tra­vail ne traite pas en pro­fon­deur de l’usage des tech­no­lo­gies de com­mu­ni­ca­tion par les tra­vailleurs.

Ce der­nier se ré­jouit tout de même de l’ini­tia­tive lan­cée par Qué­bec so­li­daire, qui pour­rait dé­bou­cher sur une éven­tuelle re­con­nais­sance du droit à la dé­con­nexion.

« De nom­mer le fait que c’est un droit et de per­mettre à ces sa­la­riés de de­man­der un vé­ri­table temps de re­pos me semble de na­ture [...] à as­su­rer une meilleure condi­tion psy­cho­lo­gique» des em­ployés, a in­di­qué M. Lam­pron

«La mise en place d’une po­li­tique pour les en­tre­prises, c’est in­té­res­sant parce que ça peut ame­ner les em­ployés à ap­prendre qu’ils ont droit à ne pas ré­pondre [en de­hors des heures de tra­vail], et ça peut sen­si­bi­li­ser les em­ployeurs» au fait que les em­ployés peuvent bé­né­fi­cier d’un temps de re­pos com­plet, a ajou­té le pro­fes­seur.

La France, mais aus­si des en­tre­prises pri­vées comme Volks­wa­gen, se sont dé­jà do­tées de po­li­tiques re­con­nais­sant le droit à la dé­con­nexion, a fait va­loir le dé­pu­té.

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