Les coûts, un su­jet ta­bou

Le Soleil - - ACTUALITÉS - GIL­BERT LEDUC gle­duc@le­so­leil.com

« Ce na­vire- là, on l’a fait avec notre coeur. C’était comme faire un casse-tête sans avoir l’image du pro­duit que ça al­lait de­ve­nir.»

Le pré­sident du Syn­di­cat des tra­vailleurs du chan­tier na­val de Lau­zon (CSN), Régent Guay, a dé­crit en ces mots la com­plexi­té de la construc­tion du ba­teau Ar­mand

Im­beau II que Chan­tier Da­vie a li­vré, ven­dre­di, à la Société des tra­ver­siers du Qué­bec (STQ). Son ju­meau, le Jos- Des­chênes, ira le re­trou­ver à la tra­verse Ta­dous­sac-Baie-Sainte-Ca­the­rine à la fin du mois de sep­tembre.

Une com­plexi­té qui coûte cher aux contri­buables. Exac­te­ment 324 mil­lions $. À l’ori­gine, la fac­ture de­vait s’éle­ver à 125 mil­lions $. En plus, les na­vires sortent du chan­tier de Lé­vis trois ans plus tard que pré­vu.

Sans comp­ter que la STQ et Da­vie ont été à cou­teaux ti­rés pen­dant de longs mois et que le gou­ver­ne­ment Couillard a dû re­ti­rer le dos­sier des mains de la STQ.

D’ailleurs, le coût des deux ba­teaux pas­seurs est de­meu­ré un su­jet ta­bou lors de la cé­ré­mo­nie au cours de la­quelle la STQ a pris pos­ses­sion de l’Ar­mand- Im­beau II. Au­cune des huit per­son­na­li­tés qui ont pris la pa­role pen­dant près d’une heure n’en a souf­flé mot. Pas une ligne non plus dans les com­mu­ni­qués de presse de la STQ et de Da­vie.

Le mi­nistre dé­lé­gué aux Af­faires ma­ri­times, Jean D’Amour, a par­lé d’un « in­ves­tis­se­ment ren­table » pour le Qué­bec.

«Ces tra­ver­siers sont des ou­tils de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique entre les deux rives du Saint-Laurent. Ils sont le pro­lon­ge­ment de la route 138 sur la Côte-Nord. Vous sa­vez, au Qué­bec, lorsque nous avons fait le choix d’oc­cu­per le ter­ri­toire, nous avons aus­si dé­ci­dé d’in­ves­tir l’ar­gent qu’il fal­lait afin que les gens s’y éta­blissent et y re­trouvent des coins de pays dy­na­miques.»

«Il y a eu une sé­rie d’élé­ments qui ont fait en sorte que la construc­tion a pris plus de temps que pré­vu, mais il faut fo­cu­ser au­jourd’hui sur le ré­sul­tat fi­nal», a in­di­qué le pdg par in­té­rim de la STQ, Fran­çois Ber­trand.

Il a d’ailleurs in­sis­té sur le fait que l’ar­ri­vée des deux na­vires al­lait amé­lio­rer les ser­vices à la tra­verse Ta­dous­sac-Baie-Sainte-Ca­the­rine.

« Nous se­rons dé­sor­mais en me­sure de trans­por­ter jus­qu’à 330 vé­hi­cules à l’heure par na­vire, soit 100 de plus que notre ca­pa­ci­té ho­raire maxi­male ac­tuelle en haute sai­son, lorsque nous opé­rons à trois na­vires. Cette bo­ni­fi­ca­tion se tra­dui­ra par moins d’at­tente, no­tam­ment lors des dé­parts les plus acha­lan­dés du ma­tin et du soir et lors des longs week-ends.»

«IN­ÉVI­TA­BLE­MENT PLUS COUTEUX»

Da­vie s’en­or­gueillit du fait qu’il est de­ve­nu le pre­mier construc­teur na­val nord-amé­ri­cain à li­vrer un tra­ver­sier pro­pul­sé par une mo­to­ri­sa­tion bi- car­bu­rant com­bi­nant l’uti­li­sa­tion du gaz na­tu­rel li­qué­fié et un lé­ger ap­port en die­sel.

Tout au long de la construc­tion, de nou­velles mé­thodes de fa­bri­ca­tion ont dû être dé­ve­lop­pées afin de ré­pondre à ce nou­veau type de sys­tème de propulsion.

«C’est un pro­jet dont nous avons hé­ri­té au mo­ment où nous avons pris pos­ses­sion du chan­tier il y a six ans», a rap­pe­lé le pré­sident de Da­vie, James Da­vies.

«Nous sa­vions qu’il s’agis­sait d’un dé­fi et que la fac­ture al­lait être plus éle­vée que pré­vu. Être l’am­bas­sa­deur d’une nou­velle tech­no­lo­gie, c’est tou­jours dif­fi­cile», a-t-il ad­mis.

« Dé­ve­lop­per un pro­to­type, sur­tout de cette com­plexi­té, est in­évi­ta­ble­ment plus coû­teux. Nous sa­vions que le gou­ver­ne­ment était dé­ter­mi­né. Il sa­vait ce qu’il vou­lait. Il vou­lait mon­trer au reste de l’Amé­rique du Nord qu’il était pos­sible de construire des na­vires qui pol­luent moins que ceux fonc­tion­nant au dié­sel.»

En li­vrant l’Ar­mand- Im­beau II et, bien­tôt, le Jos-Des­chênes II, Da­vie ac­croche une plume à son chapeau. En at­ten­dant, entre autres, le contrat des brise-glace pour la Garde cô­tière ca­na­dienne.

«Nous fai­sons la preuve que nous sommes ca­pables des na­vires au Qué­bec et au Ca­na­da et que nous n’avons plus be­soin d’al­ler les ache­ter à l’étran­ger.» Rap­pe­lons, à cet égard, que la STQ avait choi­si, il y a quelques an­nées, d’al­ler faire construire le F.A.-Gau­thier en Ita­lie. Ce na­vire est éga­le­ment pro­pul­sé par un sys­tème de car­bu­ra­tion mixte uti­li­sant le die­sel ma­rin et le gaz na­tu­rel li­qué­fié.

— PHOTO LE SO­LEIL, YAN DOU­BLET

De nom­breux tra­vailleurs de Chan­tier Da­vie ont as­sis­té, ven­dre­di, à la li­vrai­son du ba­teau pas­seur Ar­mand- Im­beau II à la Société des tra­ver­siers du Qué­bec.

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