Un bé­bé re­çoit une sur­dose de fen­ta­nyl

Le Soleil - - ACTUALITÉS - MARIE- CH­RIS­TINE BOU­CHARD marie-ch­ris­tine.bou­[email protected]­tri­bune.qc.ca

SHER­BROOKE — Une er­reur dans la quan­ti­té de fen­ta­nyl ad­mi­nis­trée à un bé­bé de deux mois a bien failli lui coû­ter la vie le 23 décembre à l’Hô­pi­tal Fleu­ri­mont du CIUSSS de l’Es­trie-CHUS.

La pe­tite Alysse a été ad­mise à l’Hô­pi­tal Fleu­ri­mont pour des pro­blèmes res­pi­ra­toires graves dans la nuit du 19 au 20 décembre. Les rap­ports mé­di­caux, dont

La Tri­bune a ob­te­nu co­pie, dé­montrent clai­re­ment que la fillette a été vic­time d’une sur­dose de fen­ta­nyl qui lui a été ad­mi­nis­tré par un membre du per­son­nel hos­pi­ta­lier. La pe­tite fille au­rait re­çu une dose de 3,6 mg/1 kg au lieu de 1mg/1kg.

Chez les en­fants, le fen­ta­nyl est entre autres uti­li­sé pour contrer la dou­leur lors d’une in­tu­ba­tion. Les en­fants doivent en­suite être se­vrés du mé­di­ca­ment en l’es­pace de quelques jours, sous su­per­vi­sion mé­di­cale étroite.

À la suite de l’ad­mi­nis­tra­tion de la sur­dose, la fillette a vé­cu un «code bleu», c’est-à-dire un ar­rêt car­dio­res­pi­ra­toire.

Les pa­rents ont ap­pris l’in­ci­dent le 5 jan­vier par le biais d’un mé­de­cin.

La mère n’ex­clut pas la pos­si­bi­li­té de pour­suivre l’hô­pi­tal si des re­cours sont pos­sibles.

La pe­tite Alysse est tou­jours hos­pi­ta­li­sée. Elle se trouve en­core sous res­pi­ra­teur et re­çoit no­tam­ment de la do­pa­mine et du fen­ta­nyl pour com­battre une pneu­mo­nie, une in­fec­tion pul­mo­naire et une bron­chio­lite.

ÉVÉ­NE­MENT SENTINELLE

Un rap­port d’ac­ci­dent a été pro­duit à la suite de l’ad­mi­nis­tra­tion de la mau­vaise dose de mé­di­ca­ments chez l’en­fant par le per­son­nel du département.

La di­rec­tion du CIUSSS de l’Es­trieCHUS a été mise au cou­rant de la si­tua­tion en re­ce­vant le­dit rap­port.

« Nous avons aus­si­tôt dé­ci­dé d’en faire un évé­ne­ment sentinelle. Un co­mi­té, pi­lo­té par la di­rec­tion de la qua­li­té, de l’éthique et des par­te­na­riats, va mettre en place un co­mi­té d’ex­perts pour faire la lu­mière sur ce qui s’est pas­sé», sou­tient An­nieAn­drée Émond, porte-pa­role du CIUSSS de l’Es­trie-CHUS.

« Ce se­ra une enquête très ex­haus­tive», ajoute-t-elle.

Le per­son­nel qui était en place quand l’ac­ci­dent est sur­ve­nu n’a pas né­ces­sai­re­ment fait l’ob­jet de me­sures dis­ci­pli­naires. «Les me­sures dis­ci­pli­naires peuvent être prises quand il est ques­tion d’une faute, mais quand c’est un ac­ci­dent ou un in­ci­dent, il n’en est pas né­ces­sai­re­ment ques­tion», pré­cise Mme Émond. Des in­for­ma­tions ob­te­nues par

La Tri­bune sou­tiennent que les in­fir­mières du département de néo­na­ta­lo­gie et des soins in­ten­sifs pé­dia­triques de l’Hô­pi­tal Fleu­ri­mont ef­fec­tuent beau­coup de temps sup­plé­men­taire en rai­son du manque de per­son­nel. Ce sont des dé­par­te­ments où les in­fir­mières, no­tam­ment, doivent suivre des for­ma­tions spé­cia­li­sées avant d’al­ler tra­vailler.

La fa­tigue du per­son­nel au­rait-elle pu me­ner à l’er­reur de mé­di­ca­tion?

«Quand il y a un ac­ci­dent, c’est ra­re­ment dû à une seule cause. Ce se­rait pré­ma­tu­ré, à ce stade-ci, de pré­tendre que c’est la cause de l’ac­ci­dent», ex­plique la porte-pa­role du CIUSSS de l’Es­trie-CHUS.

Il est en­core très tôt dans le pro­ces­sus pour sa­voir com­bien de temps va du­rer l’enquête sentinelle me­née par le CIUSSS. « Il y a de nom­breux fac­teurs à prendre en ligne de compte. Toutes les per­sonnes im­pli­quées se­ront ren­con­trées. À ce stade-ci, on ne peut pas s’avan­cer sur la lon­gueur de l’enquête. Mais ce que je peux vous assurer par contre, c’est qu’elle se­ra faite avec di­li­gence » , conclut la porte-pa­role du CIUSSS.

Les rap­ports ré­di­gés dans le cadre d’un « évé­ne­ment sentinelle » ne sont pas ren­dus pu­blics en ver­tu des ar­ticles 2.1 et sui­vants du Rè­gle­ment sur les règles de fonc­tion­ne­ment du Co­mi­té de pres­ta­tion sé­cu­ri­taire des soins et des ser­vices aux usa­gers, qui ga­ran­tissent la confi­den­tia­li­té du rap­port.

LA FA­MILLE A BE­SOIN D’AIDE

La fa­mille d’Alysse a de­man­dé de l’aide sur les ré­seaux so­ciaux pour les ai­der à tra­ver­ser l’épreuve. Les pa­rents ont donc lan­cé une cam­pagne GoFundMe pour leur per­mettre d’as­su­mer les frais de dé­pla­ce­ment, entre autres, eux qui vivent à Ma­gog et doivent ain­si se dé­pla­cer entre Sher­brooke et Ma­gog tous les jours pour pas­ser du temps au­près de leur fille. Les pa­rents es­pèrent amas­ser 2500 $.

« Mal­heu­reu­se­ment, moi et mon conjoint sommes sur le Ré­gime qué­bé­cois d’as­su­rance pa­ren­tale (RQAP) et nous n’avons pas beau­coup de re­ve­nus en at­ten­dant le re­tour au tra­vail. Nous avons cinq en­fants», in­dique la ma­man.

— PHOTO TIRÉE DU SITE GOFUNDME

La pe­tite Alysse a été vic­time d’un ar­rêt car­dio­res­pi­ra­toire après avoir re­çu une trop grande dose de fen­ta­nyl.

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