Ter­ra in­co­gni­ta

Le Soleil - - OPINIONS - SÉ­BAS­TIEN LÉ­VESQUE CHRO­NIQUE Le Quo­ti­dien

Si, comme moi, vous êtes des pas­sion­nés d’as­tro­no­mie, je sup­pose que vous sui­vez la mis­sion de l’as­tro­naute ca­na­dien Da­vid Saint-Jacques, ac­tuel­le­ment en or­bite au­tour de la Terre dans la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale. Pen­dant son af­fec­ta­tion dans l’es­pace, qui de­vrait du­rer plus de six mois, ce der­nier ef­fec­tue­ra une sé­rie d’ex­pé­riences scien­ti­fiques, no­tam­ment dans les do­maines de la ro­bo­tique et des nou­velles tech­no­lo­gies. Mais à quoi bon tout ce­la, me de­man­de­rez-vous? C’est une ques­tion lé­gi­time : à quoi sert l’ex­plo­ra­tion spa­tiale?

Il y a plu­sieurs fa­çons de ré­pondre à cette ques­tion. Per­son­nel­le­ment, puisque je suis pro­fes­seur de phi­lo­so­phie, j’ai tou­jours pen­sé que l’ex­plo­ra­tion spa­tiale ré­pon­dait à un be­soin hu­main fon­da­men­tal, soit ce­lui d’ex­plo­rer et de re­pous­ser tou­jours da­van­tage les li­mites de la connais­sance et du monde connu. À mes yeux, il y a d’ailleurs de nom­breuses res­sem­blances entre la phi­lo­so­phie et l’as­tro­no­mie, à com­men­cer par le fait que ce sont deux dis­ci­plines qui sti­mulent la ré­flexion et l’ima­gi­naire. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se pen­cher sur la condi­tion hu­maine, sur notre pas­sé, notre pré­sent et notre ave­nir, et qui plus est sur la place que nous oc­cu­pons dans l’uni­vers.

C’est dans la na­ture de la bête, comme on dit. Les êtres hu­mains sont ef­fec­ti­ve­ment des ex­plo­ra­teurs, pour ne pas dire des conqué­rants, donc ils ne se contentent ja­mais de res­ter là où ils sont, ni des ré­ponses toutes faites. Ils en veulent tou­jours plus — pour le meilleur et pour le pire. En ce sens, les as­tro­nautes sont les na­vi­ga­teurs de notre temps, comme le furent au­tre­fois Co­lomb, Ma­gel­lan et Cook. La conquête spa­tiale nous per­met ain­si de pour­suivre le voyage qu’ils ont en­ta­mé pour nous. Un voyage vers la ter­ra in­co­gni­ta (du la­tin si­gni­fiant « terre in­con­nue»).

Bon, c’est bien beau tout ça, mais je sens que vous n’êtes pas tous convain­cus. N’y au­rait-il pas d’autres prio­ri­tés, me de­man­de­rez­vous? N’y a-t-il pas des be­soins plus criants aux­quels nous de­vrions ré­pondre ici même, sur Terre? Ce fai­sant, est-ce vrai­ment rai­son­nable d’en­gouf­frer des mil­liards de dol­lars dans l’ex­plo­ra­tion spa­tiale alors que des en­fants souffrent de mal­nu­tri­tion un peu par­tout dans le monde? Bref, à quoi sert CONCRÈ­TE­MENT l’ex­plo­ra­tion spa­tiale?

Vous se­rez peut-être sur­pris de l’ap­prendre, mais de­puis le dé­but de l’ère spa­tiale, de nom­breuses avan­cées et dé­cou­vertes scien­ti­fiques ont été faites et nous pou­vons main­te­nant en bé­né­fi­cier au quo­ti­dien, sans né­ces­sai­re­ment en avoir conscience. Le prin­cipe est simple : pour al­ler dans l’es­pace, nous avons été for­cés d’in­no­ver, de dé­ve­lop­per des tech­no­lo­gies très avan­cées. D’abord con­çues pour al­ler dans l’es­pace, ces tech­no­lo­gies trouvent en­suite di­verses ap­pli­ca­tions concrètes sur Terre, dans des do­maines connexes. Vous vou­lez des exemples? Pour ce­la, je vous ré­fère au livre 100 in­ven­tions tom­bées du ciel, de JeanF­ran­çois Pel­le­rin, que j’ai dé­cou­vert grâce à As­tro­no­geek, une ex­cel­lente chaîne YouTube consa­crée à l’as­tro­no­mie et à la vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique. Je ne vais ce­pen­dant pas vous lais­ser en plan, voi­ci donc une courte liste d’in­ven­tions ou

d’avan­cées tech­no­lo­giques que nous de­vons à la conquête spa­tiale :

• le GPS (qui fonc­tionne grâce aux sa­tel­lites qui or­bitent au­tour de la Terre);

• les sys­tèmes de re­cy­clage et de sté­ri­li­sa­tion de l’air dans les avions (pour la pres­su­ri­sa­tion des ca­bines);

• les pompes des coeurs ar­ti­fi­ciels;

• les pré­pa­ra­tions pour bé­bés ma­lades et/ou pré­ma­tu­rés;

• les couches je­tables hy­per ab

sor­bantes (je vous laisse ima­gi­ner pour­quoi).

Au fi­nal, il y au­ra pro­ba­ble­ment tou­jours des gens pour dire que l’ex­plo­ra­tion spa­tiale est un luxe que nous ne pou­vons pas nous of­frir, que nous avons des pro­blèmes plus ur­gents et im­mé­diats à ré­gler. Je com­prends ce­la, mais je crois par ailleurs que nous de­vons aus­si pen­ser à long terme, car le jour où nous au­rons peut-être be­soin de quit­ter cette pla­nète pour en co­lo­ni­ser une autre, nous se­rons gran­de­ment re­de­vables de ces pion­niers qui ont pris la peine de nous ou­vrir la voie.

Les êtres hu­mains sont des ex­plo­ra­teurs, pour ne pas dire des conqué­rants

— PHOTOTHÈQUE LE SO­LEIL

J’ai tou­jours pen­sé que l’ex­plo­ra­tion spa­tiale ré­pon­dait à un be­soin hu­main fon­da­men­tal, soit ce­lui d’ex­plo­rer et de re­pous­ser tou­jours da­van­tage les li­mites de la connais­sance.

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