Des co­équi­piers de­ve­nus amis

La re­la­tion entre Mete et Kotkaniemi a évo­lué

Le Soleil - - CANADIEN - JEAN-FRAN­ÇOIS TREM­BLAY La Presse

MONT­RÉAL — Tout a com­men­cé l’été der­nier, en Vir­gi­nie, lors d’un camp d’aide aux re­crues or­ga­ni­sé par l’As­so­cia­tion des joueurs. C’est à cette oc­ca­sion, entre des for­ma­tions sur l’uti­li­sa­tion des ré­seaux so­ciaux, les dan­gers des abus de toutes sortes et la ges­tion fi­nan­cière, que Vic­tor Mete et Jes­pe­ri Kotkaniemi ont fait connais­sance.

À l’époque, leur seul lien était d’être des es­poirs du Ca­na­dien. Mais à par­tir de là, leur ami­tié n’a fait que gran­dir.

Ils étaient côte à côte dans l’un des vestiaires pen­dant l’avant­sai­son. Après les en­traî­ne­ments, les deux jeunes hommes étaient gé­né­ra­le­ment dé­lé­gués au ra­mas­sage des ron­delles. C’était le prix à payer pour les der­niers ar­ri­vés. Ils en pro­fi­taient donc pour ja­ser, de tout et de rien.

Peu à peu, ils ont com­men­cé à se te­nir en­semble en de­hors des aré­nas. Ils al­laient man­ger de la piz­za au So­fia, à Bros­sard, après les en­traî­ne­ments. Mete ser­vait sou­vent de chauf­feur à Kotkaniemi. Puis quand est ar­ri­vé le pre­mier voyage de la sai­son, à To­ron­to et Pitts­burgh, Kotkaniemi et Mete sont lo­gi­que­ment de­ve­nus co­cham­breurs.

« I l ne connais­sait per­sonne d’autre que moi, a ex­pli­qué Mete. On aime les mêmes choses. Ce n’est pas trop dif­fi­cile de sa­voir ce qu’on va faire de nos jour­nées. On re­garde les mêmes émis­sions et les mêmes films. On a à peu près le même âge. On est de­ve­nus très proches.»

À un point tel que Kotkaniemi a dé­ci­dé de s’éta­blir dans le VieuxPort de Mont­réal, à deux mi­nutes de marche d’où ha­bite Mete. «On fait pas mal tout en­semble», r ésume s i mple­ment le pe­tit dé­fen­seur.

Leur ami­tié sin­cère a été dé­voi­lée au grand jour dans une vi­déo de HabsTV tour­née dans leur chambre d’hô­tel à Van­cou­ver plus tôt cette sai­son. La vi­déo est un heu­reux mé­lange d’in­sou­ciance, de plai­sir et... de ma­laise. Bref, elle est par­fai­te­ment à leur image. Pen­dant six mi­nutes, on les voit dé­crire tant bien que mal les quelques élé­ments ano­dins de leur chambre exi­guë. Mete fait le gros de la conver­sa­tion, Kotkaniemi lance quelques craques ici et là. Chaque fois, il fait mouche au­près de son co­cham­breur qui rit de bon coeur.

«Nous sommes tous les deux plu­tôt étranges, a ré­pon­du le grand ado fin­lan­dais avec son éter­nel sou­rire. On est au même ni­veau d’étran­ge­té. C’est la base de notre re­la­tion. La chambre était toute pe­tite. Je ne sa­vais pas quoi dire. Ça man­quait de sé­rieux.»

« KK [le sur­nom de Kotkaniemi] ne vou­lait rien dire, il vou­lait que je sois le seul à par­ler, a com­plé­té Mete. J’es­sayais de le convaincre de dire quelques mots. Au fi­nal, il a seule­ment mon­tré que les ri­deaux s’ou­vraient par eux-mêmes et a dit “mint” sou­vent.»

«MINT»

Avec le temps, l’ex­pres­sion «mint» est de­ve­nue un peu l’em­blème de leur ami­tié. Le mot an­glais que l’on doit in­ter­pré­ter par ex­cellent ou par­fait (et non menthe) a été in­tro­duit dans le vo­ca­bu­laire du ves­tiaire par Mete. Il jure que c’est une for­mule sou­vent uti­li­sée là d’où il vient, Wood­bridge, en On­ta­rio, près de To­ron­to.

«On était à To­ron­to, Mete vient de là, a dit Kotkaniemi. Il m’a par­lé du mot “mint”. Je trou­vais ça vrai­ment bi­zarre, mais main­te­nant je le dis tout le temps.»

« Il co­pie gé­né­ra­le­ment tout ce que je dis, a ré­pli­qué Mete. Main­te­nant, il le dit aus­si.»

Kotkaniemi s’est aus­si mis en tête d’in­sé­rer un peu de fin­lan­dais dans les ex­pres­sions de son ami. Mete se mé­fie tou­te­fois puis­qu’on ne lui ré­vèle ja­mais la te­neur de ce qu’il dit. Bref, à les suivre sur les ré­seaux so­ciaux, c’est à croire que leur vie en­tière est «mint » dé­sor­mais.

Il faut dire que Mete et Kotkaniemi ont prou­vé à leur ma­nière cette sai­son qu’ils étaient des in­con­tour­nables pour l’ave­nir du Ca­na­dien.

Kotkaniemi a réus­si à s’éta­blir avec l’équipe, ce qui est en soi un ex­ploit pour ce­lui qui est de­ve­nu le plus jeune joueur de la LNH. Mal­gré ses ré­centes mal­adresses, consé­quences du lourd ca­len­drier de la LNH, sa vi­sion du jeu ex­cep­tion­nelle ne fait plus de doute. Il a don­né une nou­velle vie à une ligne de centre con­si­dé­rée, au mieux, comme sus­pecte avant le dé­but de la sai­son.

Mete, lui, a mis du temps avant de ga­gner la confiance de Claude Ju­lien en rai­son de ses la­cunes dé­fen­sives. Un sé­jour dans la Ligue amé­ri­caine lui a per­mis de prendre confiance et d’amé­lio­rer son po­si­tion­ne­ment. Le voi­ci main­te­nant par­te­naire de Shea We­ber de­puis 10 matchs. Il at­tend tou­jours son pre­mier but dans la LNH, mais il a dé­mon­tré l’éten­due de ses ap­ti­tudes.

N’em­pêche, on parle ici de joueurs de 18 ans et 20 ans res­pec­ti­ve­ment ca­ta­pul­tés dans des rôles clés, au vu et au su de tous dans un mar­ché comme Mont­réal. C’est dans cette op­tique que leur ami­tié prend toute son im­por­tance. Après tout, c’est dans le ves­tiaire que naît la fa­meuse at­ti­tude.

« Il est très drôle, a dit Mete. On s’aime beau­coup et on aime aus­si se mo­quer l’un de l’autre. Mais il sait que s’il a be­soin de quoi que ce soit, je se­rai là pour lui.»

« On s’aide beau­coup, a ajou­té Kotkaniemi. On est jeunes, on se tient en­semble et on parle sou­vent de ce que l’on vit. C’est bien d’avoir quel­qu’un en qui tu peux avoir confiance.»

Nous sommes tous les deux plu­tôt étranges. On est au même ni­veau d’étran­ge­té. C’est la base de notre re­la­tion. La chambre était toute pe­tite. Je ne sa­vais pas quoi dire. Ça man­quait de sé­rieux — Jes­pe­ri Kotkaniemi

— PHO­TO LA PRESSE, BER­NARD BRAULT

Jes­pe­ri Kotkaniemi ne connais­sait pas grand monde à son ar­ri­vée à Mont­réal. Mais il s’est vite lié d’ami­tié avec Vic­tor Mete, avec qui il par­tage des atomes cro­chus.

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