La nais­sance d’une grande na­tion

Le Vortex de Bagotville - - NEWS -

À la veille des fêtes, il y a par­fois de ces sou­ve­nirs qui nous re­viennent en tête et nous rap­pellent un pas­sé qui a concou­ru à la nais­sance d’une grande na­tion.

Par Padre Sté­phan Moisan En 2008, alors que j’étais mu­té à Bor­den, j’ai eu le plai­sir d’al­ler sur un site ar­chéo­lo­gique d’une an­cienne Mis­sion jé­suite ap­pe­lée « Sainte- Ma­rie » , si­tuée au pays des Hu­rons, au­jourd’hui ap­pe­lée Midland. Un lieu que peut- être cer­tains d’entre vous, qui me li­sez, ont dé­jà vi­si­té. Cette mis­sion avait été fon­dée en 1639 pour fi­na­le­ment être dé­truite en 1649 suite à des com­bats entre Hu­rons et Iro­quois. De la ville de Qué­bec, on ra­conte que les Jé­suites tels que Jean de Bré­beuf et ses com­pa­gnons, ac­com­pa­gnés de sol­dats fran­çais, d’ex­plo­ra­teurs et de trap­peurs, pre­naient plus de 30 jours et de­vaient faire 52 por­tages en ca­noë pour s’y rendre. Chaque membre de l’ex­pé­di­tion de­vait trans­por­ter son équi­pe­ment, mais éga­le­ment la moi­tié de son poids en mé­tal. Les ob­jec­tifs étaient clairs : éta­blir des liens avec les Pre­mières Na­tions, étendre la foi chré­tienne et la culture fran­çaise en Amé­rique, et faire du com­merce. À l’in­té­rieur de l’en­ceinte de la mis­sion, une pe­tite cha­pelle y avait été éri­gée. Plu­sieurs Hu­rons et leur fa­mille s’étaient conver­tis à la foi chré­tienne. On rap­porte qu’au mo­ment de cé­lé­brer la messe, comme c’est le cas en­core au­jourd’hui, les prêtres se chan­geaient dans la sa­cris­tie et ré­ci­taient une prière en la­tin avant de se rendre dans la cha­pelle pour dé­bu­ter la cé­lé­bra­tion. Cette fa­meuse prière in­quié­tait la com­mu­nau­té hu­ronne, car elle avait l’im­pres­sion que les Jé­suites pro­non­çaient des in­can­ta­tions ou des sor­ti­lèges contre le peuple hu­ron. Le Père de Bré­beuf et ses com­pa­gnons avaient alors dû ar­rê­ter cette pra­tique, et afin de ras­su­rer les au­toch­tones, ils re­vê­taient leur te­nue li­tur­gique di­rec­te­ment dans la cha­pelle, en face de l’as­sem­blée. Ils ont même dû se tour­ner face à l’as­sem­blée pour prier et ces­ser de prier dans la langue la­tine pour adop­ter la langue hu­ronne en tant que langue li­tur­gique. Ce n’est pas tout, afin de re­joindre la culture hu­ronne, les Jé­suites avaient fait en­le­ver les plan­chers de bois de la cha­pelle, fait as­seoir l’as­sem­blée sur des nattes per­met­tant ain­si aux es­prits de cir­cu­ler plus li­bre­ment, et en­cou­ra­geaient ces der­niers à po­ser des ques­tions tout au long de la messe. On dit que le Père Jean de Bré­beuf avait adap­té l’his­toire de la na­ti­vi­té pour que les Hu­rons se sentent da­van­tage re­joints. Car au Ca­na­da, in­utile de dire qu’il n’y a pas de dé­sert ni de cha­meau, et en­core moins de rois mages. Les mots « myrrhe » et « en­cens » ré­son­naient très peu de chose dans la culture hu­ronne. Au lieu de ce­la, Jean de Bré­beuf par­lait de trois chefs hu­rons qui avaient ap­por­té pour pré­sents à l’En­fant Jé­sus des peaux de four­rures. Tout ce­ci se pas­sait à l’époque des Saints mar­tyrs ca­na­diens tout près de la Baie Geor­gienne. À la veille de Noël, il ap­pa­raît im­por­tant de se rap­pe­ler que le peuple ca­na­dien est un peuple qui s’est bâ­ti pe­tit à pe­tit au fil de l’his­toire, et que cette his­toire a d’abord dé­bu­té avec des ex­plo­ra­teurs fran­çais et des peuples abo­ri­gènes, puis s’est jointe à eux la com­mu­nau­té an­glaise pour for­mer une so­cié­té à la fois an­glaise et fran­çaise. Au­jourd’hui, ce peuple ne cesse de se di­ver­si­fier. Dé­jà en 1639, sur les rives de la Baie Geor­gienne, se pré­fi­gu­rait la culture ca­na­dienne : un peuple com­ba­tif, dé­ter­mi­né, ou­vert et ca­pable d’adap­ta­tion pour se mettre à l’écoute des évé­ne­ments qui se dé­rou­laient de­vant eux. Jean de Bré­beuf re­flé­tait dé­jà cette grande na­tion qu’est au­jourd’hui le Ca­na­da. Joyeux Noël à tous.

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