Per­sonne n’est ja­mais prêt à avoir des en­fants… Alors, pour­quoi at­tendre ?

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« Per­sonne n’est ja­mais prêt à avoir des en­fants… Alors, pour­quoi at­tendre ? On s’ar­ran­ge­ra bien une fois là ! » C’est ce que se sont dit l’an der­nier An­nik Bergeron, 28 ans, et Ni­ko­las Du­mas- Gagnon, 30 ans, qui ont ac­cueilli leur pe­tit Char­lie dans leur ju­me­lé de Victoriaville il y a sept mois. « Comme j’ai ap­pris que j’étais en­ceinte après trois mois de gros­sesse sans symp­tômes, on n’a pas eu beau­coup de temps pour se pré­pa­rer », ex­plique An­nik, psy­choé­du­ca­trice dans le mi­lieu de la san­té, ac­tuel­le­ment en con­gé de ma­ter­ni­té payé sous le Ré­gime qué­bé­cois d’as­su­rance pa­ren­tale (RQAP).

Le RQAP offre à la mère soit 75 % de son sa­laire heb­do­ma­daire moyen pen­dant 15 se­maines, soit 70 % pen­dant 18 se­maines. En­suite, tou­jours se­lon l’op­tion choi­sie, les pres­ta­tions pa­ren­tales couvrent 75 %, 70 % ou 55 % du sa­laire pen­dant le reste du con­gé de ma­ter­ni­té qui peut s’éti­rer jus­qu’à 50 se­maines.

Ac­tuel­le­ment, An­nik em­poche 55 % de ses re­ve­nus. « On est plus “ser­rés” et on sort moins qu’avant, mais on se dé­brouille bien », se fé­li­cite le jeune couple, qui compte ha­bi­tuel­le­ment sur un re­ve­nu fa­mi­lial de 80 000 dol­lars par an. Pour ar­ron­dir le bud­get, Ni­ko­las donne des cours de conduite en soi­rée, en plus de tra­vailler à temps plein dans le do­maine de la vente.

Le fait d’avoir du mal à joindre les deux bouts pen­dant la pre­mière an­née qui suit la nais­sance est chose cou­rante, confirme So­phie Syl­vain, chez Desjardins. « À cause du con­gé pa­ren­tal, alors que les re­ve­nus fa­mi­liaux baissent, les dé­penses, elles, aug­mentent. Les pa­rents doivent com­bler un manque à ga­gner de plu­sieurs mil­liers de dol­lars. Ils manquent de li­qui­di­tés et doivent adap­ter leur bud­get. »

Il est vrai que bé­bé ar­rive avec son lot de fac­tures à payer : vê­te­ments de ma­ter­ni­té, lit, ma­te­las, meubles, literie, dou­dous, table à lan­ger, siège d’auto, porte-bé­bé, pous­sette, chaise haute, parc, bar­rières, chaise ber­ceuse, jouets, py­ja­mas, com­bi­nai­son d’hi­ver, tire-lait, lait ma­ter­ni­sé, bi­be­rons, couches, alouette…

Dif­fi­cile tou­te­fois de fixer le coût to­tal de ces dé­penses, car il y a de tout à tous les prix. « At­ten­tion aux dé­penses exor­bi­tantes ! pré­vient la conseillère bud­gé­taire Ol­ga Che­re­zo­va. Il est nor­mal de vou­loir ce qu’il y a de mieux pour votre en­fant, mais les pe­tits pré­fèrent sou­vent s’amu­ser avec des plats en plas­tique qu’avec des jouets so­phis­ti­qués et coû­teux. »

La dé­pense la plus im­por­tante est sou­vent l’in­con­tour­nable pous­sette, équi­pe­ment né­ces­saire à la mo­bi­li­té de la fa­mille. An­nik et Ni­ko­las ont payé la leur 500 dol­lars et ils en sont sa­tis­faits. Le prix d’une pous­sette peut grim­per jus­qu’à 1 000 dol­lars.

« Mais les jeunes fa­milles peuvent éco­no­mi­ser beau­coup en fai­sant ap­pel à leur fa­mille ou à leur en­tou­rage », dit Ol­ga Che­re­zo­va. Et elles peuvent fa­ci­le­ment trou­ver des au­baines dans les fri­pe­ries, dans les pe­tites an­nonces en ligne ou dans les ma­ga­sins à grande sur­face. C’est là que Ma­rie- Claude et Ch­ris­to­pher, le couple de l’Île-des-Soeurs, éco­no­misent, no­tam­ment sur les couches ; ils paient en­vi­ron 40 dol­lars pour 250 couches. « C’est beau­coup moins cher qu’en phar­ma­cie », disent-ils.

De leur cô­té, An­nik et Ni­ko­las, de Victoriaville, s’en sont ti­rés à 300 dol­lars pour un lot de couches la­vables usa­gées et ont ache­té que lque s c o u c he s neuves. « Si on se com­pare à des amis qui ont dé­pen­sé 3 000 dol­lars en couches je­tables en deux ans, pour nous, c’est un choix tant éco­lo­gique qu’éco­no­mique », ex­plique Ni­ko­las.

À ces dé­penses es­sen­tielles, il faut ajou­ter une hausse des frais d’épi­ce­rie – sur­tout que les fruits et lé­gumes pour pré­pa­rer des pu­rées coûtent de plus en plus cher –, de phar­ma­cie et de trans­port (es­sence ou taxis) pour les sui­vis mé­di­caux du bam­bin. Sans ou­blier la fac­ture d’élec­tri­ci­té qui pour­rait ex­plo­ser, « sur­tout si vous pas­sez vos nuits de­vant le poêle à sté­ri­li­ser des bi­be­rons ! » sou­ligne Ch­ris­to­pher.

« Pour pal­lier la baisse des re­ve­nus, les couples de­vraient mettre de l’ar­gent de cô­té avant d’avoir un en­fant. Mais ce n’est mal­heu­reu­se­ment pas cou­rant », constate la pla­ni­fi­ca­trice fi­nan­cière So­phie Syl­vain.

Tra­vailleuse au­to­nome sans fi­let, Ma­rieC­laude avait pré­vu le coup, et elle avait éco­no­mi­sé 10 000 dol­lars, un cous­sin qui a été épui­sé du­rant son con­gé de ma­ter­ni­té, en dé­pit des pres­ta­tions du RQAP. Ch­ris­to­pher, qui s’au­to­pro­clame « ex­tré­miste de l’épargne », est aus­si à sec de­puis l’ac­qui­si­tion de leur pre­mier condo l’an der­nier, ache­té pour ac­cueillir sa pe­tite fa­mille.

Comme beau­coup d’autres, ce couple a goû­té au dé­bor­de­ment des prix de l’im­mo­bi­lier qui sé­vit de­puis 15 ans au Qué­bec, et qui pèse lour­de­ment sur les fi­nances des fa­milles. L’ar­ri­vée d’un en­fant si­gni­fie sou­vent la re­cherche d’un lo­ge­ment plus grand, idéa­le­ment avec un jar­din. Cer­tains couples se tournent alors vers l’achat d’une pro­prié­té, ce qui ex­plique pour­quoi les couples avec en­fant sont en moyenne 1,5 fois plus en­det­tés que les couples sans en­fant, un ra­tio à peu près cons­tant de­puis 1999,

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