ÉCRA­SÉ PAR LES DETTES ?

L’en­det­te­ment conti­nue d’aug­men­ter, mais des voix s’élèvent pour dire de ne pas s’in­quié­ter. Faut-il les croire ? Nous fai­sons le point sur la ques­tion.

Les Affaires Plus - - La Une - par Si­mon Diotte

Fin 2017, l’éco­no­mie qué­bé­coise roule à plein ré­gime. Le taux de chô­mage chute à 4,9 %, at­tei­gnant son plus bas ni­veau de­puis 1976. Dans l’en­semble du pays, le taux de chô­mage connaît aus­si une baisse re­mar­quable, à 5,7 %, aus­si son plus bas ni­veau de­puis 1976. L’éco­no­mie a tour­né si vite de­puis un an que la Banque du Ca­na­da a dû aug­men­ter à trois re­prises son taux di­rec­teur, le por­tant à 1,25 % en jan­vier, et de­vrait le faire à une ou deux re­prises du­rant les pro­chains mois, pré­voient les éco­no­mistes. Le but : évi­ter une sur­chauffe de l’éco­no­mie ca­na­dienne et contrô­ler l’in­fla­tion.

Si la vi­gueur de l’éco­no­mie consti­tue une ex­cel­lente nou­velle, il y a un re­vers à la mé­daille : la hausse des taux d’in­té­rêt fra­gi­lise la san­té fi­nan­cière des mé­nages ca­na­diens, qui n’ont ja­mais été aus­si en­det­tés de leur his­toire. Au troi­sième tri­mestre de 2017, leur ra­tio d’en­det­te­ment ( re­ve­nu dis­po­nible par rap­port aux dettes) a at­teint le ni­veau re­cord de 173 %. « Un taux com­pa­rable à ce­lui des Amé­ri­cains avant la crise fi­nan­cière de 2008 », note Hé­lène Bé­gin, éco­no­miste prin­ci­pale au Mou­ve­ment Des­jar­dins. Il a été mul­ti­plié par deux en 30 ans. Au Qué­bec, il était de 149 % en 2016 (le chiffre le plus ré­cent dis­po­nible), un taux plus faible s’ex­pli­quant par un mar­ché im­mo­bi­lier moins cher qu’ailleurs au Ca­na­da.

Dans un contexte de hausse des taux d’in­té­rêt, ce ni­veau d’en­det­te­ment peut faire fré­mir. Comment en sommes-nous ar­ri­vés là ? Pierre Chai­gneau, pro­fes­seur en fi­nance à l’Uni­ver­si­té Queen’s de King­ston, en On­ta­rio, nous ex­plique : « L’en­det­te­ment des mé­nages a aug­men­té à la suite de la di­mi­nu­tion des taux d’in­té- rêt, elle-même consé­quence de la baisse de la crois­sance éco­no­mique. Cette baisse des taux a pro­vo­qué une en­vo­lée des prix des ac­tifs, no­tam­ment des ac­tifs im­mo­bi­liers, de­puis une di­zaine d’an­nées. Par consé­quent, les mé­nages de­vaient em­prun­ter da­van­tage pour ache­ter un bien im­mo­bi­lier... ce qui était ren­du pos­sible par la baisse des taux ! »

Ce cercle vi­cieux a fait ex­plo­ser la dette hy­po­thé­caire. Au­jourd’hui, elle consti­tue plus de 80 % de l’en­det­te­ment des mé­nages (en in­cluant la marge de cré­dit hy­po­thé­caire), se­lon la Banque du Ca­na­da. À l’ère d’une re­mon­tée des taux, le gi­gan­tisme de ce pas­sif n’est pas sans consé­quence. Puis­qu'un tiers des em­prun­teurs pos­sèdent une hy­po­thèque à taux va­riable, ils su­bissent une hausse de leurs ver­se­ments dès que la Banque du Ca­na­da aug­mente son taux di­rec­teur. Les dé­ten­teurs d’une hy­po­thèque à taux fixe en­cais­se­ront pro­ba­ble­ment une aug­men­ta­tion de leurs paie­ments au re­nou­vel­le­ment, ré­dui­sant ain­si leur marge de ma­noeuvre fi­nan­cière.

Se­lon la Banque du Ca­na­da, le taux d’en­det­te­ment re­pré­sente l’un des prin­ci­paux risques de vul­né­ra­bi­li­té de l’éco­no­mie ca­na­dienne. L’in­quié­tude, c’est que ce ni­veau d’en­det­te­ment ré­duise la ré­si­lience des mé­nages dans l’éven­tua­li­té d’une hausse des taux d’in­té­rêt ou d’un ra­len­tis­se­ment éco­no­mique. « Les mé­nages for­te­ment en­det­tés sont éga­le­ment plus vul­né­rables aux consé­quences d’évé­ne­ments im­pré­vus, comme une perte d’em­ploi, une ma­la­die ou un ac­ci­dent », ex­plique Lynne San­terre, porte-pa­role de l’Agence de la consom­ma­tion en ma­tière fi­nan­cière du Ca­na­da (ACFC), qui mène cam­pagne de­puis des mois en vue d’en­cou­ra­ger les Ca­na­diens à mieux gé­rer leurs dettes.

Si la com­bi­nai­son en­det­te­ment-hausse des taux re­pré­sente un risque, rares sont les éco­no­mistes qui n’en dorment pas la nuit. Sté­fane Ma­rion, éco­no­miste et stra­tège en chef à la Banque Na­tio­nale du Ca­na­da (BNC), ne s’en in­quiète pas outre me­sure. « Oui, l’en­det­te­ment des Ca­na­diens aug­mente, mais moins que ce­lui des Da­nois, des Aus­tra­liens ou des Hol­lan­dais. At­ten­tion au jeu des com­pa­rai­sons qui fausse la réa­li­té », ex­plique-t-il d’em­blée. Dans une étude pa­rue en jan­vier, dont Sté­fane Ma­rion est co­si­gna­taire, la BNC es­time que « vu les ca­rac­té­ris­tiques fon­da­men­tales du Ca­na­da, le ra­tio de la dette des mé­nages au re­ve­nu dis­po­nible est re­la­ti­ve­ment me­su­ré ».

Car le Ca­na­da se trouve dans une si­tua­tion par­ti­cu­lière : le pays de Jus­tin Tru­deau connaît une crois­sance im­por­tante de sa po­pu­la­tion, la plus im­por­tante de l’OCDE, et son mar­ché de l’em­ploi se ré­vèle flo­ris­sant pour les 25 à 54 ans. « Ceux-ci en pro­fitent pour ac­qué­rir des ac­tifs, ce qui est tout à fait nor­mal à ce stade de leur vie », dit l’éco­no­miste. À preuve : le taux de pro­prié­taires au Ca­na­da chez les 35 ans et moins dé­passe de près de 10 % ce­lui des États-Unis.

L’en­det­te­ment de­meure sous contrôle, se­lon Equi­fax, qui ne note pas une aug­men­ta­tion du taux de dé­faillance au Ca­na­da. L’agence d’éva­lua­tion de cré­dit constate même que les Ca­na­diens di­mi­nuent tran­quille­ment leur taux d’en­det­te­ment, même si la dette to­tale conti­nue d’aug­men­ter. L’ex­pli­ca­tion : « Les gens qui s’en­dettent le font avec des mon­tants plus im­por­tants que la moyenne », ex­plique l’agence dans un cour­riel en­voyé à Les Af­faires Plus.

Les éco­no­mistes sont una­nimes : une hausse trop ra­pide des taux d’in­té­rêt pour­rait faire mal. « Mais le fait que la Banque du Ca­na­da ait dé­jà conscience du dan­ger amoin­drit les risques. Ot­ta­wa a aus­si pro­cé­dé à un res­ser­re­ment des règles hy­po­thé­caires afin de cal­mer le jeu », ana­lyse Pierre Chai­gneau. De­puis jan­vier, tous les em­prun­teurs qui dé­si­rent une nou­velle hy­po­thèque ou un re­nou­vel­le­ment au­près d’un autre prê­teur doivent être ad­mis­sibles soit sur la base du taux d’in­té­rêt des prêts hy­po­thé­caires de 5 ans de la Banque du Ca­na­da, soit sur la base du taux de leur contrat ma­jo­ré de 2 %, se­lon le plus éle­vé des deux. « Par ce test de ré­sis­tance, on s’as­sure que les consom­ma­teurs n’em­pruntent pas au maxi­mum de leur ca­pa­ci­té et qu’ils pour­ront faire face à une hausse des taux », ex­plique Syl­vie Rous­son, cour­tier hy­po­thé­caire et porte-pa­role de Mul­ti-Prêts Hy­po­thèques.

La hausse des taux d’in­té­rêt re­pré­sente un dan­ger, mais cette me­nace est bien in­fé­rieure à un choc sur le mar­ché de l’em­ploi, es­time Sté­fane Ma­rion. « Quand on sait qu’il faut main­te­nant deux re­ve­nus pour sou­te­nir les dettes d’un mé­nage, une dé­té­rio­ra­tion du mar­ché de l’em­ploi au­rait des consé­quences beau­coup plus graves », in­dique cet éco­no­miste.

C’est là que ça de­vient in­quié­tant. L’éco­no­mie mon­diale entre ac­tuel­le­ment dans

« Une hausse trop ra­pide des taux d’in­té­rêt pour­rait faire mal. »

sa dixième an­née de crois­sance, une phase anor­ma­le­ment longue. « Ce cycle de crois­sance in­in­ter­rom­pue se ter­mi­ne­ra un jour. La chute risque d’être bru­tale », avance Ju­lia Pos­ca, cher­cheuse à l’Ins­ti­tut de re­cherche et d’in­for­ma­tions so­cioé­co­no­miques (IRIS), qui ne par­tage pas l’op­ti­misme des éco­no­mistes en ce qui a trait à l’en­det­te­ment.

« Le pro­blème, c’est que l’en­det­te­ment des consom­ma­teurs sou­tient la crois­sance de l’éco­no­mie. C’est comme si on n’avait pas te­nu compte des le­çons de la crise fi­nan­cière de 2008 », af­firme celle qui es­time que les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ne sont pas to­ta­le­ment neutres lors­qu’elles traitent de l’en­det­te­ment, car elles font par­tie du pro­blème.

En­det­te­ment 2.0

Qui plus est, l’en­det­te­ment re­vêt de nou­veaux ha­bits. L’émer­gence de la marge de cré­dit hy­po­thé­caire comme ins­tru­ment fi­nan­cier in­quiète à la fois l’ACFC et la Banque du Ca­na­da. Pour ces ins­ti­tu­tions, l’uti­li­sa­tion in­con­si­dé­rée de la marge risque de pro­vo­quer un sur­en­det­te­ment.

Exis­tante de­puis les an­nées 1970 mais en vogue seule­ment de­puis les an­nées 2000, la marge de cré­dit hy­po­thé­caire per­met d’em­prun­ter sur la va­leur nette de sa mai­son. Son uti­li­sa­tion donne lieu à un plus faible taux d’in­té­rêt qu’un prêt per­son­nel. « Le pro­blème, c’est que cette mé­thode de fi­nan­ce­ment ne pos­sède pas de pé­riode d’amor­tis­se­ment », sou­ligne Hé­lène Bé­gin.

Dans une ré­cente étude, l’ACFC note que le quart des consom­ma­teurs ne paient que les in­té­rêts ou les ver­se­ments mi­ni- maux sur leur ligne de cré­dit ga­ran­tie par l’avoir fon­cier, tan­dis que 40 % ne font pas de paie­ments ré­gu­liers en vue de rem­bour­ser ce ca­pi­tal emprunté. « Les marges de cré­dit hy­po­thé­caire peuvent ame­ner les Ca­na­diens à uti­li­ser leur mai­son comme un gui­chet au­to­ma­tique, et les in­ci­ter à em­prun­ter plus que leurs moyens le per­mettent », aver­tit Lu­cie Te­des­co, com­mis­saire à l’ACFC.

L’autre pro­blème, c’est que la ma­jo­ri­té des consom­ma­teurs ne rem­boursent pas la to­ta­li­té de leur marge de cré­dit hy­po­thé­caire avant la vente de leur mai­son. Pour­tant, le rem­bour­se­ment de l’hy­po­thèque consti­tue une phase im­por­tante du plan de re­traite des Ca­na­diens. L’ACFC craint « une éro­sion de la ri­chesse ».

L’ACFC sonne aus­si l’alarme con­cer­nant les prêts au­to. Après la crise éco­no­mique de 2008, les conces­sion­naires au­to­mo­biles ont mis de l’avant les prêts de longue du­rée, dé­pas­sant le tra­di­tion­nel 60 mois/5 ans, pour l’achat de voi­ture. « Cette for­mule se veut une so­lu­tion de re­change à la lo­ca­tion », ex­plique Jesse Ca­ron, ex­pert au­to­mo­bile à CAA-Qué­bec. En 2016, les prêts à plus long terme (72,

maxi­male, soit une somme de 195 000 dol­lars, uti­li­sable… à votre guise ! Vous au­rez aus­si la pos­si­bi­li­té de fi­nan­cer le 15 % res­tant — soit 45 000 dol­lars — au moyen d’un prêt hy­po­thé­caire tra­di­tion­nel.

« Comme elle est ga­ran­tie par le bien im­mo­bi­lier ré­si­den­tiel de l’em­prun­teur, la MCH est consi­dé­rée comme un pro­duit à faible risque et per­met aux ti­tu­laires de bé­né­fi­cier d’un taux d’in­té­rêt avan­ta­geux » , ex­plique d’em­blée De­nis Dou­cet, di­rec­teur de la for­ma­tion chez Mul­ti- Prêts Hy­po­thèques. Les émet­teurs la vé­nèrent pour sa grande sou­plesse, puisque les em­prun­teurs ont la pos­si­bi­li­té de rem­bour­ser uni­que­ment les in­té­rêts sur le solde im­payé et d’éli­mi­ner le solde dû d’un cla­que­ment de doigts, sans pé­na­li­té pour rem­bour­se­ment an­ti­ci­pé.

Vous pou­vez donc vous en ser­vir comme bon vous semble, se­lon vos be­soins, tant que vous res­pec­tez la li­mite de cré­dit au­to­ri­sée. On parle d’un fi­nan­ce­ment « ou­vert » , en ce sens qu’au­cune date d’échéance n’est fixée pour son plein rem­bour­se­ment. Le mon­tant du cré­dit re­nou­ve­lable aug­mente au­to­ma­ti­que­ment au fur et à me­sure des paie­ments ef­fec­tués et de­meure dis­po­nible… tant que vous de­meu­rez pro­prié­taire de la mai­son.

« Elle est l’une des so­lu­tions à en­vi­sa­ger pour conso­li­der vos dettes, ser­vir de le­vier à l’achat d’un se­cond bien im­mo­bi­lier ou pour les tra­vailleurs au­to­nomes qui jonglent avec des re­ve­nus va­riables » , ré­sume De­nis Dou­cet. Pour plu­sieurs, elle se veut aus­si une so­lu­tion at­trayante au fonds d’ur­gence. « Les pe­tits en­tre­pre­neurs peuvent s’en ser­vir comme fonds de rou­le­ment, à coût moindre, dit- il, et y créer des sous-comptes pour iso­ler les em­prunts ad­mis­sibles à la dé­duc­ti­bi­li­té des in­té­rêts. »

L’en­vers de la mé­daille

Fran­çois Mo­ren­cy, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier pour la firme Avi­so, re­met l’uti­li­té de la MCH en pers­pec­tive. « Puisque les ba­by-boo­mers sont plu­sieurs à être dé­sor­mais libres d’hy­po­thèque, et en rai­son de fac­teurs dé­mo­gra­phiques tels que la baisse de la na­ta­li­té, les banques ont dû s’adap­ter, ex­plique-t-il. La MCH est l’oc­ca­sion pour elles de conti­nuer d’of­frir des prêts hy­po­thé­caires mal­gré une baisse pré­vue de la de­mande. »

Est-ce que la MCH ré­pond néan­moins aux be­soins du dé­ten­teur ? « On lui fait mi­roi­ter le rêve amé­ri­cain », ré­pond du

Com­pa­ra­ti­ve­ment à la so­lu­tion de re­change pré­cé­dente, le solde im­payé à un taux de 19,99 % sur une carte de cré­dit pa­raît ano­din. Mais il ne l’est pas ! Vous ne pro­fi­tez que d’un dé­lai de grâce sans in­té­rêts d’au moins 21 jours pour les nou­veaux achats si vous ré­glez la to­ta­li­té du solde in­di­qué sur votre re­le­vé men­suel avant la date d’échéance. « La carte de cré­dit de­vrait être consi­dé­rée da­van­tage comme un ou­til de paie­ment que comme un prêt en tant que tel », dit Éric Le­bel.

L’em­prunt per­son­nel de­meure, quant à lui, émis à meilleur taux. Alors, bonne ou mau­vaise dette ? De­nis Dou­cet, di­rec­teur de la for­ma­tion chez Mul­ti- Prêts Hy­po­thèques, in­siste sur l’usage que vous faites du prêt en ques­tion. « Une mau­vaise dette est sou­vent liée à l’achat de biens de consom­ma­tion cou­rante, alors qu’une dette saine gé­nère un re­ve­nu », ré­sume-til. L’em­prunt per­son­nel pour réa­li­ser le voyage de vos rêves — alors que vous n’au­riez pas au­tre­ment la ca­pa­ci­té fi­nan­cière de le rem­bour­ser — est un choix dis­cu­table. À l’in­verse, un em­prunt per­son­nel pour lan­cer une en­tre­prise est le gage pro­bable d’une meilleure san­té fi­nan­cière éven­tuelle. Con­seil : n’ou­bliez pas que le re­cours à une marge de cré­dit per­son­nelle — idéale pour le consom­ma­teur dis­ci­pli­né — oc­ca­sionne un coût d’in­té­rêt de deux à trois fois moindre qu’un prêt per­son­nel.

Pour Éric Le­bel, deux cri­tères peuvent ai­der à tran­cher le dé­bat en cours : « La du­rée de vie utile du bien ache­té et le taux d’in­té­rêt à as­su­mer sur le prêt af­fé­rent. » Ain­si, plu­sieurs n’hé­sitent pas à par­ler du « ma­riage des échéances ». Payer sa mai­son sur 25 ans, c’est nor­mal. En re­vanche, sous­crire son prêt au­to­mo­bile se­lon un terme de huit ans, ce l’est moins !

Le prêt au­to

« Vous avez be­soin d’un moyen de trans­port pour al­ler tra­vailler et ga­gner le re­ve­nu né­ces­saire pour faire vivre votre fa­mille. L’idéal, pour par­ler d’une dette dite “in­tel­li­gente”, se­rait de fi­nan­cer l’achat d’une voi­ture sur un terme maxi­mal de cinq ans à un taux d’in­té­rêt avan­ta­geux, sa­chant qu’elle se­ra en­core utile des an­nées du­rant après la fin du terme », ré­sume Éric Le­bel. Si votre dos­sier de cré­dit est en­ta­ché, ce­pen­dant, mé­fiez-vous des offres du type « Troi­sième chance au cré­dit, au­cun dos­sier re­fu­sé ! » aver­tit-il. « Ces prêts portent sou­vent in­té­rêt au taux de 30 %. »

Le prêt étu­diant

Fran­çois Mo­ren­cy, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier pour la firme Avi­so, re­lève un point ad­di­tion­nel à consi­dé­rer lorsque vient le mo­ment d’éva­luer la qua­li­té d’une dette : la dé­duc­ti­bi­li­té des in­té­rêts. « Tout est une ques­tion de ma­thé­ma­tiques fi­nan­cières », dit-il. L’exemple par­fait : « Un prêt étu­diant — ga­ran­ti par le gou­ver­ne­ment et ac­cor­dé par une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière — com­porte un cré­dit d’impôt sur l’in­té­rêt payé et bé­né­fi­cie ain­si d’un trai­te­ment fis­cal pri­vi­lé­gié », dit-il. De plus, pour la du­rée de ses études, l’étu­diant n’a pas à le rem­bour­ser ni à payer les in­té­rêts sur ce­lui-ci, puis­qu’ils sont as­su­més par le gou­ver­ne­ment.

Une fois le di­plôme ob­te­nu, le fu­tur mé­de­cin pro­fite d’un dé­lai de grâce de six mois avant d’en­ta­mer le rem­bour­se­ment. Les in­té­rêts, ce­pen­dant, s’ac­cu­mulent du­rant cette pé­riode d’exemp­tion, au taux en vi­gueur de 3,70 % jus­qu’au 18 mai 2018. « At­ta­quez-vous en pre­mier aux dettes à un taux éle­vé, dont les in­té­rêts ne sont pas dé­duc­tibles », sug­gère-t-il. Un rap­pel : cette « bonne » dette de 35 000 dol­lars de­vra néan­moins de­man­der des ef­forts pour être rem­bour­sée !

Le prêt le­vier

Mieux vaut peut-être em­prun­ter pour in­ves­tir, qu’em­prun­ter pour dé­pen­ser. Le prêt des­ti­né à l’in­ves­tis­se­ment, qui consiste à contrac­ter un em­prunt pour in­ves­tir la somme re­çue, pro­fite aus­si de la dé­duc­ti­bi­li­té des in­té­rêts. Mais at­ten­tion ! L’at­trait fis­cal ne doit pas être la rai­son prin­ci­pale der­rière cette tech­nique au­da­cieuse. Pour en va­loir le coût, l’in­ves­tis­se­ment doit dé­ga­ger un ren­de­ment net d’impôt su­pé­rieur au taux d’em­prunt. Pour vous en pré­va­loir, vous de­vrez dé­te­nir une bonne connais­sance des mar­chés fi­nan­ciers, une to­lé­rance éle­vée à la vo­la­ti­li­té bour­sière et être en ex­cel­lente si­tua­tion fi­nan­cière. Se­riez-vous en me­sure de rem­bour­ser la to­ta­li­té du prêt dans l’éven­tua­li­té où l’ac­tif fon­drait comme neige au so­leil ? « L’uti­li­sa­tion d’un em­prunt à des fins d’in­ves­tis­se­ment am­pli­fie les gains et… les pertes », aver­tit De­nis Dou­cet.

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« Je ne voyais plus la porte de sor­tie », dit-il. En déses­poir, il se tourne vers un syn­dic. « Pour moi, la faillite a été un ca­deau de la vie. J’ai pu en­fin pas­ser à autre chose. À ne plus vivre uni­que­ment en mode sur­vie », ra­conte le quin­qua­gé­naire, dix ans après cette pé­riode noire.

La faillite, l’équi­valent d’un ca­deau à soi-même ? Ça pa­raît étrange, mais c’est pour­tant l’avis de gens qui passent par là. Car avant le jour J, ceux qui sont pris dans l’en­gre­nage de l’en­det­te­ment vivent l’en­fer. Ils an­goissent quand le té­lé­phone sonne ou quand le fac­teur passe à la mai­son. « Quand ils se ré­signent à nous contac­ter, ils sont à bout de souffle. Ça fait des mois ou des an­nées qu’ils souffrent en si­lence, car peu de gens osent par­ler de leur stress fi­nan­cier », ex­plique Éric Le­bel.

Leurs fi­nances per­son­nelles sont ma­lades. Soit qu’ils pro­longent le sup­plice, soit qu’ils rendent les armes. « Comme re­mède, la faillite est par­fois la seule so­lu­tion » , ex­plique Éric Le­bel, qui se dé­crit comme un mé­de­cin en fi­nances per­son­nelles. « Si les gens en sa­vaient plus sur nos ser­vices, ça pour­rait ai­der des mil­liers de per­sonnes qui vivent dans un état de dé­tresse ex­trême » , af­firme Pierre Le­blanc.

Dans une si­tua­tion d’en­det­te­ment ex­ces­sif, trois op­tions existent : la conso­li­da­tion de dettes, la pro­po­si­tion de consom­ma­teur et la faillite. La pre­mière op­tion, qui est four­nie par une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière, consiste à re­grou­per toutes les dettes sous un même em­prunt, per­met­tant de rem­bour­ser tous les créan­ciers en un seul paie­ment, en éco­no­mi­sant sur les taux d’in­té­rêt sur cer­taines dettes.

La deuxième op­tion, c’est la pro­po­si­tion de consom­ma­teur. Pour y avoir droit, on doit être in­sol­vable, avoir moins de

in­ves­tis­seurs se ba­sant sur les ren­de­ments pas­sés pour sé­lec­tion­ner un ges­tion­naire ob­tiennent de moins bons ré­sul­tats que les in­dices de mar­chés sur une longue pé­riode.

L’autre as­pect im­por­tant à consi­dé­rer est que les por­te­feuilles de titres in­di­vi­duels com­portent moins de titres qu’un in­dice de mar­ché. Le risque d’un tel por­te­feuille, par exemple com­po­sé de 10 titres, est beau­coup plus éle­vé que ce­lui d’un in­dice, d’au­tant plus que les titres sé­lec­tion­nés se re­trouvent par­fois dans un nombre li­mi­té de sec­teurs. Avec de tels por­te­feuilles concen­trés, il faut plu­sieurs dé­cen­nies avant de pou­voir éta­blir avec confiance qu’un in­ves­tis­seur a vrai­ment un ta­lent ex­cep­tion­nel et que ses bons ré­sul­tats ne sont pas dus prin­ci­pa­le­ment à la chance.

Puis­qu’il y a des cen­taines de mil­liers d’in­ves­tis­seurs, il se­ra tou­jours pos­sible d’en trou­ver quelques-uns qui semblent se dé­mar­quer, mais sans pou­voir le prou­ver avec cer­ti­tude. Le même phé­no­mène s’ap­plique d’ailleurs à la sé­lec­tion de fonds com­muns de pla­ce­ment.

Bref, est-ce pos­sible de battre les mar­chés en sé­lec­tion­nant quelques titres ? La ré­ponse est oui sans équi­voque. La bonne ques­tion à se po­ser est tou­te­fois : est-ce pro­bable de battre les mar­chés ? Dans ce cas, la ré­ponse penche in­évi­ta­ble­ment vers la né­ga­tive pour la ma­jo­ri­té des in­ves­tis­seurs.

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