Conce­voir un por­te­feuille de FNB, un art

Com­ment dé­mar­rer de la base et ap­por­ter gra­duel­le­ment de la com­plexi­té à son por­te­feuille ?

Les Affaires Plus - - En Couverture - par Pierre Thé­roux

Com­ment dé­mar­rer de la base et ap­por­ter gra­duel­le­ment de la com­plexi­té à son por­te­feuille?

Un fonds né­go­cié en Bourse (FNB) in­ter­na­tio­nal à ren­de­ment en di­vi­dendes éle­vé, un autre qui in­ves­tit dans les biens de consom­ma­tion dis­cré­tion­naires mon­diaux ou le sec­teur de la san­té… L’uni­vers des FNB contient aus­si des fonds en­core plus ni­chés qui misent sur les so­cié­tés au­ri­fères ca­na­diennes, la ro­bo­tique et l’au­to­ma­ti­sa­tion, les pro­duc­teurs de ma­ri­jua­na...

Pour les in­ves­tis­seurs ama­teurs de ces pro­duits d’in­ves­tis­se­ment, il est au­jourd’hui dif­fi­cile de s’y re­trou­ver. « Le choix est très vaste et on voit ap­pa­raître des di­zaines de nou­veaux FNB chaque an­née. Il y en a pour tous les goûts » , constate Dan Hal­lett, vice-pré­sident et res­pon­sable, Ges­tion d’ac­tifs, de la firme HighView Fi­nan­cial Group.

Jus­te­ment… « C’est une la­cune de cette in­dus­trie. Il y a tel­le­ment de fonds que ça de­vient com­pli­qué de faire les bons choix », se dé­sole Ian Gas­con, pré­sident de la firme de ges­tion de por­te­feuille Pla­ce­ments Ide­ma, pré­cur­seur de l’in­ves­tis­se­ment au­to­ma­ti­sé.

Il y a dix ans, les ac­tifs sous ges­tion des FNB at­tei­gnaient à peine 30 mil­liards de dol­lars et étaient concen­trés dans les mains d’une poi­gnée de four­nis­seurs (iS­hares, Ho­ri­zons et BMO). Au­jourd’hui, plus de 160 mil­liards de dol­lars d’ac­tifs sont ré­par­tis dans 600 FNB mis à la dis­po­si­tion de l’in­ves­tis­seur ca­na­dien par 28 four­nis­seurs, dont Des­jar­dins, Ma­nu­vie et Frank­lin Tem­ple­ton, qui ont lan­cé leur propre gamme de pa­niers de titres ces der­nières an­nées.

Cette pro­gres­sion des FNB vient en grande par­tie de leurs faibles frais de ges­tion, qui ont fait leur marque de com­merce. Et les coûts conti­nuent de bais­ser, les ma­nu­fac­tu­riers de FNB étant en­ga­gés dans une guerre de prix sans mer­ci. « Ce n’est qu’une ques­tion de temps avant qu’un fonds né­go­cié en Bourse avec des frais de

Du plus simple au plus com­pli­qué

L’uni­vers des FNB peut conten­ter aus­si bien l’in­ves­tis­seur so­phis­ti­qué que l’épar­gnant le plus pas­sif. Ian Gas­con donne en exemple les FNB de ré­par­ti­tion d’ac­tifs de Van­guard, lan­cés en dé­but d’an­née. Ces pro­duits tout-en-un sont dé­cli­nés en trois ver­sions, de « dy­na- mique » à « prudent ». « Ils per­mettent de se lan­cer avec un pe­tit por­te­feuille très di­ver­si­fié », dit le ges­tion­naire.

Le Van­guard Conser­va­tive ETF Port­fo­lio (VCNS) dé­tient 40% en ac­tions et 60% en titres à re­ve­nu fixe; le Van­guard Ba­lan­ced ETF Port­fo­lio (VBAL) dé­tient 60% en ac­tions et 40% en titres à re­ve­nu fixe; en­fin, le Van­guard Growth ETF Port­fo­lio (VGRO) dé­tient 80% en ac­tions et 20% en titres à re­ve­nu fixe. Ces nou­veaux fonds sont eux-mêmes com­po­sés de sept FNB in­di­ciels et dé­tiennent un to­tal de 25000 titres, soit quelque 10000 ac­tions et 15000 obli­ga­tions.

« Cha­cun des dix sec­teurs de la Bourse y est bien re­pré­sen­té, de sorte que le por­te­feuille est en par­tie pré­mu­ni contre une crise qui frap­pe­rait un sec­teur bour­sier en par­ti­cu­lier, comme la crise des tech­nos en 2000-2002 et celle des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières en 2008 » , sou­ligne Ray­mond Ker­zé­rho, di­rec­teur de la re­cherche chez PWL Ca­pi­tal.

La plu­part des firmes de cour­tage pro­posent éga­le­ment des por­te­feuilles mo­dèles de FNB, com­po­sés à l’aide d’al­go­rithmes, qui offrent une ré­par­ti­tion d’ac­tifs en ac­tions et en re­ve­nu fixe, se­lon dif­fé­rents ni­veaux de risque. L’in­ves­tis­seur peut aus­si se tour­ner vers l’un des nom­breux ro­bots- conseillers, comme Ide­ma, Wealth­simple, In­vestCube ou en­core Por­te­feuille fu­té BMO, pour pla­cer ses avoirs dans un por­te­feuille de base adap­té à son pro­fil d’in­ves­tis­seur et qui se ré­équi­li­bre­ra au­to­ma­ti­que­ment.

Pour ce­lui qui veut mettre la main à la pâte, il fau­dra faire lui-même le tra­vail du ro­bot, en amal­ga­mant des FNB re­pré­sen­tant les prin­ci­pales ca­té­go­ries d’ac­tifs (bourses ca­na­dienne, amé­ri­caine et mon­diale, titres à re­ve­nu fixe).

Cette ave­nue est se­mée d’em­bûches, sou­lève Ian Gas­con. L’in­ves­tis­seur au­to­nome doit faire at­ten­tion à la fis­ca­li­té, no­tam­ment en ce qui concerne les fonds d’obli­ga­tions et les fonds de di­vi­dendes étran­gers. Aus­si, cer­tains FNB sont peu li­quides, rap­pelle le pro­fes­sion­nel. « L’écart entre le cours ache­teur et le cours ven­deur peut être éle­vé, ce qui oc­ca­sionne des frais sup­plé­men­taires pour l’in­ves­tis­seur. »

Les FNB in­di­ciels ont aus­si comme con­trainte de li­mi­ter l’ex­po­si­tion à ces ca­té­go­ries d’ac­tifs. « Avec un fonds in­di­ciel, vous sa­vez que vous au­rez le ren­de­ment du mar­ché, pas plus, mais pas moins non plus. C’est un peu comme pas­ser la nuit dans une chambre d’hô­tel clas­sé trois étoiles : vous n’au­rez pas de mau­vaises sur­prises. Il n’y au­ra pas de "wow !" non plus », il­lustre Ray­mond Ker­zé­rho.

Avec un fonds in­di­ciel, vous n’au­rez pas de mau­vaises sur­prises. Mais il n’y au­ra pas de "wow !" » Ray­mond Ker­zé­rho, di­rec­teur de la re­cherche chez PWL Ca­pi­tal.

Du wow… ?

« Quel­qu’un qui s’est d’abord construit un por­te­feuille de base pour se fa­mi­lia­ri­ser avec le concept des FNB peut en­suite ac­qué­rir des fonds plus com­plexes ba­sés sur des mar­chés géo­gra­phiques ou des sec­teurs d’ac­ti­vi­tés plus poin­tus, ou en­core qui pro­posent une ges­tion moins pas­sive », dit Dan Hal­lett.

On trouve dans cette ca­té­go­rie les FNB ap­puyés sur l’in­dice des mar­chés émer­gents, comme le iS­hares MSCI Emer­ging Mar­kets ( XEM), qui compte près de 850 titres de grandes et moyennes en­tre­prises sur les mar­chés émer­gents, comme Sam­sung et Ali­ba­ba, dont 30% sont chi­nois. La Co­rée du Sud (14,8 %), Taï­wan ( 12,2 %) et l’Inde ( 8,5 %) sont aus­si re­pré­sen­tés.

Même les pros s’y aven­turent pro­gres­si­ve­ment. « Quand j’ai com­men­cé à ache­ter des FNB pour mes clients, je m’in­té­res­sais es­sen­tiel­le­ment aux FNB qui re­pro­duisent les grands in­dices bour­siers comme le S&P 500. Puis, je me suis in­té­res­sée aux FNB sec­to­riels qui tiennent compte des dé­ve­lop­pe­ments de l’éco­no­mie, comme le sec­teur de la san­té aux États-Unis qui al­lait sans doute pro­fi­ter de l’élec­tion du pré­sident Trump », ra­conte Do­mi­nique Vincent, vice-pré­si­dente et ges­tion­naire de por­te­feuille, Groupe ges­tion pri­vée, de 3Macs.

Les FNB à bê­ta in­tel­li­gent ou stra­té­gique, sans of­frir une vraie ges­tion ac­tive, se dis­tancent de la ges­tion pu­re­ment pas­sive. En s’écar­tant des in­dices tra­di­tion­nels, ils cherchent à dé­ga­ger à long terme des ren­de­ments po­ten­tiel­le­ment su­pé­rieurs à ceux des in­dices de ré­fé­rence tra­di­tion­nels.

Un exemple : le tout ré­cent FNB de la so­cié­té Ha­mil­ton Ca­pi­tal, qui re­pré­sente le sec­teur ban­caire ca­na­dien. Por­tant le sym­bole HCB, le Ca­na­dian Bank Dy­na­mic in­ves­tit dans les six grandes banques ca­na­diennes, mais leur poids dans l’in­dice est dé­ter­mi­né par leurs ré­centes per­for­mances, et non par leur ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière.

« En ma­tière de ges­tion ac­tive et de stra­té­gie de bê­ta in­tel­li­gent, un por­te­feuille de­vrait en conte­nir seule­ment entre 10% et 30% », conseille Yves Re­be­tez.

« Tous ces fonds spé­cia­li­sés de­mandent des frais su­pé­rieurs à ceux des fonds in­di­ciels » , dit Ian Gas­con. Si vous les col­lec­tion­nez dans votre por­te­feuille, ce­lui-ci fi­ni­ra par se com­por­ter comme le mar­ché en gé­né­ral, mais avec des coûts plus éle­vés que s’il était com­po­sé avec des fonds in­di­ciels.

La dé­marche plus ni­chée

Au fil du temps, Do­mi­nique Vincent a aug­men­té la por­tion FNB de ses por­te­feuilles en ci­blant des thèmes et des sec­teurs en pleine crois­sance. Elle s’in­té­resse par exemple aux FNB Ro­bo Glo­bal Ro­bo­tics and Au­to­ma­tion In­dex (RO­BO) et Ho­ri­zons Ro­bo­tics and Au­to­ma­tion In­dex (RBOT) « pour pro­fi­ter du po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur de la ro­bo­tique ». D’autres sec­teurs, comme la pro­tec­tion des don­nées, le trai­te­ment des eaux ou en­core les voi­tures élec­triques, sont aus­si dans sa mire.

Le FNB Evolve In­no­va­tion In­dex (EDGE), lan­cé en mai der­nier, offre pour sa part une par­ti­ci­pa­tion dans des en­tre­prises de di­verses in­dus­tries en­ga­gées dans des ten­dances dites « no­va­trices et per­tur­ba­trices ». Ce FNB cherche à re­pro­duire les ren­de­ments de l’in­dice So­lac­tive Glo­bal In­no­va­tion, qui me­sure la per­for­mance de titres bour­siers ap­par­te­nant aux sec­teurs de la ro­bo­tique et de l’au­to­ma­ti­sa­tion, des au­to­mo­biles du fu­tur, de la cy­ber­sé­cu­ri­té, de l’in­fo­nua­gique, de la gé­no­mique et des mé­dias so­ciaux.

Mais les in­ves­tis­seurs moins aguer­ris doivent jouer de grande pru­dence quand vient le temps de s’in­té­res­ser à des FNB plus spé­cia­li­sés. « Les risques sont évi­dem­ment plus grands et ils doivent ré­sis­ter à la ten­ta­tion de de­ve­nir trop spé­cia­li­sés », conseille Dan Hal­lett.

« Si un FNB sur le can­na­bis vous per­met peut-être une en­trée dans un sec­teur très di­ver­si­fié, ce n’est tou­te­fois cer­tai­ne­ment pas la base d’un bon por­te­feuille », rap­pelle l’ana­lyste Yves Re­be­tez.

La dé­marche spé­cu­la­tive

Les FNB à ef­fet de le­vier sont des pla­ce­ments très spé­cu­la­tifs et doivent être uti­li­sés par des in­ves­tis­seurs aguer­ris. Ces pro­duits, qui cherchent à dou­bler ou tri­pler les mou­ve­ments quo­ti­diens d’un in­dice, peuvent vous faire ga­gner… ou perdre beau­coup. Par exemple, si l’ob­jec­tif du FNB est de tri­pler l’in­dice, mais que l’in­dice chute de 10 %, la va­leur des ac­tions du fonds chu­te­ra de 30 %. Le four­nis­seur Ho­ri­zons offre une ving­taine de ces fonds, comme le FNB Be­taP­ro S&P 500 Haus­sier quo­ti­dien 2x (HSU) ou en­core le FNB Be­taP­ro so­cié­tés au­ri­fères ca­na­diennes Haus­sier quo­ti­dien 2x (HGU).

« Ces FNB ne de­vraient pas se re­trou­ver dans des por­te­feuilles à long terme », pré­vient Ian Gas­con, qui ne s’y aven­ture ja­mais. +

Il y a tel­le­ment de fonds que ça de­vient com­pli­qué de faire les bons choix. » Ian Gas­con, pré­sident de la firme de ges­tion de por­te­feuille Pla­ce­ments Ide­ma

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