CE « PE­TIT CHANGE » QUI VAUT SON PE­SANT D’OR

Com­bien vaut votre <<pe­tit change >> ? Ste­phane Rol­land s'est penche sur la ques­tion et a de­cou­vert que vous pour­riez par­fois chan­ger quatre trente-sous pour beau­coup pour faire piastre. Avant de pas­ser a la banque pour faire un de­pot., as­su­rez-vous d'avo

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Que di­riez-vous d’échan­ger un sou noir contre 700$? Des col­lec­tion­neurs sont prêts à al­lon­ger cette somme pour mettre la main sur une pièce émise il ya à peine 10 ans. Un ren­de­ment à faire rê­ver tout in­ves­tis­seur.

À par­tir de 2005, la Mon­naie royale ca­na­dienne a uti­li­sé deux pro­duits dif­fé­rents pour fa­bri­quer ses pièces d’un cent: de l’acier re­cou­vert de cuivre et du zinc re­cou­vert de cuivre, ex­plique Gilles La­mou­reux, pré­sident du Club phi­la­té­lique et nu­mis­ma­tique de Gran­by. Rien ne les dif­fé­ren­cie à l’oeil nu, mais une pièce est ma­gné­tique, tan­dis que l’autre ne l’est pas.

« La Mon­naie royale a com­man­dé des flans [pièces taillées des­ti­nées à être frap­pées] de ma­té­riaux dif­fé­rents sans vrai­ment y por­ter at­ten­tion, pré­cise M. La­mou­reux. Les col­lec­tion­neurs, eux, ont com­men­cé à re­gar­der ça. Ils ont vu que pour cer­taines an­nées, les pièces de l’une des deux ca­té­go­ries pou­vaient être plus rares. »

Le sou noir non ma­gné­tique de 2006 qui a un « P » sous l’ef­fi­gie de la reine fait par­tie du lot. Pour une rai­son mé­con­nue, cette pièce est « très rare ». En ex­cel­lente condi­tion, elle peut se vendre 680$, se­lon le site Nu­miCa­na­da.com.

À la re­cherche de la perle rare

L’anec­dote montre bien pour­quoi une pièce, à pre­mière vue ba­nale, re­vêt un in­té­rêt pour les adeptes de la nu­mis­ma­tique (l’étude de la mon­naie et des mé­dailles). « C’est la quan­ti­té émise qui dé­ter­mine la va­leur d’une pièce, ex­plique M. La­mou­reux. Les col­lec­tion­neurs cherchent des pièces qui ont été émises en pe­tite quan­ti­té. » L’ef­fet de ra­re­té fait en sorte qu’un sou noir d’à peine 10 ans vaut plus qu’une pièce de cinq cents ita­lien de 1880. « Un “cent­si­mi” de 1880 ne vaut pas grand­chose lors­qu’il est usé, car il y en a eu beau­coup sur le mar­ché à l’époque, dit Jacques Gos­se­lin, vice-pré­sident de la So­cié­té de nu­mis­ma­tique de Qué­bec. C’est tout de même “le fun” d’en avoir dans sa col­lec­tion. » L’état de conser­va­tion de la pièce in­flue­ra in­évi­ta­ble­ment sur sa va­leur. « Le 10 cents de 1938 est une pièce ex­ces­si­ve­ment com­mune, illustre Marc Ma­goon, di­rec­teur des ventes chez Rous­seau Col­lec­tions à Mon­tréal. Il vaut 1$, soit la va­leur des ma­té­riaux. » Il pointe en­suite la pièce en ques­tion à tra­vers une des vi­trines du pe­tit com­merce. Les Af­faires constate que le prix, lui, n’a rien de « com­mun ». « Quand il est dans une aus­si bonne condi­tion, par contre, il vaut près de 1 000$, pré­cise M. Ma­goon. Parce qu’il n’y en a presque plus dans cette condi­tion-là. »

La beau­té et le su­jet de la pièce vont éga­le­ment gui­der le choix des nu­mis­mates. « Les gens suivent les thèmes qui les in­té­ressent », pré­cise Serge Pel­le­tier, un spé­cia­liste de la nu­mis­ma­tique qui a ré­di­gé plu­sieurs ou­vrages sur le su­jet de­puis 35 ans. « Pour ma part, je m’in­té­resse à l’his­toire mi­li­taire, et par­ti­cu­liè­re­ment à la Guerre de suc­ces­sion d’Es­pagne [1701-1714]. Il y en a pour tous les goûts. Les pas­sion­nés de ho­ckey peuvent trou­ver des pièces à l’ef­fi­gie des joueurs ve­dettes. » Les va­leurs sûres et les va­leurs spé­cu­la­tives Comme à la Bourse, les col­lec­tion­neurs ont leurs va­leurs sûres et leurs titres spé­cu­la­tifs. Les pro­prié­taires des grands clas­siques de la nu­mis­ma­tique peuvent es­pé­rer un ren­de­ment constant à long terme, croit Marc Ma­goon. « Ce qui est en­cou­ra­geant, c’est que les pièces clas­siques conti­nuent de s’ap­pré­cier. »

M. Ma­goon cite l’exemple du dol­lar ca­na­dien de 1948. « Dans un très bon état, cette pièce peut se vendre près de 2 000$. Lorsque j’ai com­men­cé, il y a 13 ans, elle s’échan­geait aux alen­tours de 1 100$ », se sou­vient-il.

Lorsque vous vous écar­tez des clas­siques, la va­leur de vos pièces peut suivre une tra­jec­toire plus mou­ve­men­tée. M. Ma­goon nous montre une pièce à l’ef­fi­gie de Su­per­man, dans une autre vi­trine. En 2013, la Mon­naie royale ca­na­dienne a émis des pièces en hom­mage au su­per­hé­ros. En­cou­ra­gée par le suc­cès de la pre­mière sé­rie, elle a ré­pé­té l’ex­pé­rience en 2014. « Lors­qu’un pro­duit com­mer­cial du genre sort, il peut se vendre de quatre à cinq fois sa va­leur ini­tiale, constate le ven­deur. Sur­tout que dans ce cas, tant les col­lec­tion­neurs de mon­naie que les fans de Su­per­man étaient in­ter­pel­lés. J’ai re­çu des ap­pels de la Suède au su­jet de cette pièce. »

Mal­heu­reu­se­ment, la pièce co­lo­rée a vite ren­con­tré sa kryp­to­nite, l’in­fâme pierre qui fait perdre à Clark Kent sa force sur­hu­maine. « Une fois que l’ef­fet de nou­veau­té s’es­tompe, elle perd de sa va­leur, constate M. Ma­goon. Les gens se rendent compte qu’ils peuvent en trou­ver fa­ci­le­ment au prix de vente ini­tial sur In­ter­net. »

Gilles La­mou­reux pré­vient que les ar­ticles de col­lec­tion pro­duits par la Mon­naie royale ca­na­dienne n’ont pas le même po­ten­tiel que les pièces des­ti­nées à l’usage cou­rant. L’or­ga­nisme a ven­du 201 pro­duits de col­lec­tions dif­fé­rents en 2013, se­lon son rap­port an­nuel. « Si on col­lec­tionne pour le ren­de­ment, ça ne vaut pas la peine de ra­mas­ser ça, es­time M. La­mou­reux. C’est beau, c’est amu­sant, mais à long terme, le ren­de­ment se­ra né­ga­tif la plu­part du temps. »

L’in­ves­tis­seur qui vou­drait mettre la main sur la nou­velle pièce rare avant tout le monde pour­rait lui aus­si s’en mordre les doigts. En rai­son de sa ra­re­té, le billet en po­ly­mère de 5$ si­gné par Mark Car­ney est re­cher­ché des col­lec­tion­neurs (voir le texte en page i-3). « Les pre­miers à avoir res­sur­gi se sont ven­dus aux alen­tours des 700$ sur eBay, ra­conte M. Gos­se­lin, de la So­cié­té de nu­mis­ma­tique de Qué­bec. Ils valent main­te­nant 20$. » Mon­naies in­ter­na­tio­nales Pour les mon­naies in­ter­na­tio­nales, la ra­re­té reste l’élé­ment clé. « Il n’y a pas beau­coup de pièces de va­leur par­mi celles en cir­cu­la­tion en Amé­rique du Sud, ex­plique M. La­mou­reux. C’est jo­li, mais ça ne vaut pas grand-chose. Les pays de cette ré­gion en frappent beau­coup trop, et ils ne changent pas leur mo­dèle. » Ain­si, les pays d’Eu­rope de l’Ouest, les États-Unis et le Ca­na­da ont tra­di­tion­nel­le­ment les mon­naies les plus convoi­tées. En rai­son de l’es­sor de la Chine, il y a un re­gain d’in­té­rêt pour les pièces an­ciennes chi­noises, note M. La­mou­reux. « Les Chi­nois sont les col­lec­tion­neurs les plus gour­mands et les plus té­mé­raires, constate-t-il. Main­te­nant qu’ils ont les moyens de dé­pen­ser, ils s’in­té­ressent à leur pa­tri­moine et veulent le ré­cu­pé­rer. »

Le plai­sir avant tout

Bien avant son po­ten­tiel de ren­de­ment, la nu­mis­ma­tique est l’af­faire de pas­sion­nés. M. Gos­se­lin pré­fère ache­ter de la mon­naie en vrac plu­tôt que les pièces de grande va­leur. « Pour la pièce que vous payez 1 000$, vous pour­riez en ache­ter mille. C’est le plai­sir d’iden­ti­fier et de clas­ser ce qui se trouve dans la boîte qui est amu­sant. »

La nu­mis­ma­tique est éga­le­ment une fa­çon ori­gi­nale d’ap­pro­fon­dir ses connais­sances his­to­riques. « Lorsque j’ai une pièce an­cienne, je m’in­té­resse à la fa­çon dont elle a été trou­vée, au contexte de sa créa­tion et à l’iden­ti­té de ses an­ciens pro­prié­taires, ex­plique Serge Pel­le­tier. Je m’in­té­resse à tout ce qui en­toure la pièce. »

D’ailleurs, le col­lec­tion­neur peut ob­te­nir des in­for­ma­tions par­ti­cu­liè­re­ment dé­taillées dans le cadre de ses re­cherches. M. Pel­le­tier se pas­sionne pour la guerre de la Suc­ces­sion d’Es­pagne, car on y a pro­duit beau­coup de pièces ob­si­dio­nales. Celles-ci ont été fa­bri­quées dans des villes as­sié­gées. « J’en ai une qui a été conçue à par­tir d’une sta­tue d’ar­gent de Saint-Ni­co­las qui se trou­vait dans une église d’Am­ster­dam », ra­conte-t-il.

Sté­phane Rol­land ste­phane.rol­[email protected] Jour­na­liste

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