Le ter­mi­nal de CSX per­çu comme « un élé­phant dans la salle »

Les Affaires - - Actualités - Fran­çois Nor­mand fran­cois.nor­[email protected]

Le nou­veau ter­mi­nal fer­ro­viaire in­ter­mo­dal de CSX à Sa­la­ber­ry-deVal­ley­field sus­cite des craintes au sein de l’in­dus­trie en trans­port et lo­gis­tique de Mon­tréal. De leur cô­té, les ex­por­ta­teurs qué­bé­cois sa­luent cette nou­velle so­lu­tion pour ache­mi­ner leurs pro­duits aux États-Unis.

Le ma­laise était pal­pable lors d’un col­loque sur la lo­gis­tique or­ga­ni­sé le 17 avril par la Chambre de com­merce du Mon­tréal mé­tro­po­li­tain. « Il y a un élé­phant, CSX, dans la salle », a même dé­cla­ré le pré­sident de la Chambre, Mi­chel Leb­lanc.

Le ré­seau de CSX, un trans­por­teur de Jack­son­ville en Flo­ride, des­sert la plu­part des États amé­ri­cains si­tués à l’est du fleuve Mis­sis­sip­pi. Une vraie toile d’arai­gnée.

Comme le ré­seau du Ca­na­dien Na­tio­nal (CN) aux États-Unis est éta­bli dans l’axe Chicago–Mem­phis– La Nou­velle-Or­léans, ce­lui de CSX offre une autre pos­si­bi­li­té aux ex­por­ta­teurs qué­bé­cois qui ne veulent pas ex­pé­dier par ca­mion leurs mar­chan­dises sur la côte est. Son ter­mi­nal de Sa­la­ber­ry-deVal­ley­field est en ser­vice de­puis no­vembre der­nier.

« Le ter­mi­nal de CSX di­ver­si­fie l’offre de ser­vices et di­mi­nue les coûts de trans­port », dit en en­tre­vue Vé­ro­nique Proulx, di­rec­trice des com­mu­ni­ca­tions, af­faires pu­bliques et stra­té­gies chez les Ma­nu­fac­tu­riers et ex­por­ta­teurs du Qué­bec.

La Fé­dé­ra­tion des chambres de com­merce du Qué­bec est du même avis. « Le ter­mi­nal de CSX est une oc­ca­sion, pas une me­nace » pour la ré­gion de Mon­tréal, sou­tient Sté­phane For­get, vice- pré­sident, stra­té­gie et af­faires éco­no­miques.

La pdg du Port de Mon­tréal, Syl­vie Va­chon, craint de perdre du vo­lume d’ac­ti­vi­té dans les ex­pé­di­tions de conte­neurs à des­ti­na­tion de l’Eu­rope et de l’Asie, au pro­fit d’autres ports de la côte est. Le ré­seau de CSX re­lie Val­ley­field à des ports de la côte est, comme New York, Phi­la­del­phie et Nor­folk, en Vir­gi­nie, des installati­ons im­por­tantes pour les ex­por­ta­tions trans­at­lan­tiques.

La di­rec­tion de CSX nie vou­loir ra­vir du vo­lume au port de Mon­tréal au pro­fit du port de New York. « Ce­la n’au­rait au­cune lo­gique éco­no­mique », af­firme en en­tre­vue té­lé­pho­nique Ryan Hou­fek, vice-pré­sident ad­joint au mar­ke­ting de CSX.

Se­lon lui, pour être vrai­ment ren­table, une ex­pé­di­tion fer­ro­viaire doit s’ef­fec­tuer sur une dis­tance d’au moins 550 miles (885 km). Or, son ter­mi­nal de Val­ley­field est dis­tant du port de New York d’en­vi­ron 600km. « En re­vanche, des villes comme Co­lum­bus, Chicago et At­lan­ta sont in­té­res­santes pour nous, car elles sont à plus de 550 miles de Val­ley­field », pré­cise M. Hou­fek, en ad­met­tant que l’in­dus­trie du ca­mion­nage a rai­son de craindre CSX.

Car­go M, l’or­ga­ni­sa­tion qui cha­peaute la grappe mé­tro­po­li­taine de lo­gis­tique et trans­port de Mon­tréal, re­fuse pour l’ins­tant que CSX re­joigne ses rangs, car on soup­çonne le trans­por­teur de vou­loir af­fai­blir la grappe.

Jacques Roy, spé­cia­liste en lo­gis­tique à HEC Mon­tréal, com­prend les craintes de l’in­dus­trie mont­réa­laise. Mais se­lon lui, elle doit ap­prendre à tra­vailler avec des concur­rents, à l’exemple de la grappe aé­ro­spa­tiale.

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