Usines et ri­chesse

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Il y a quelques se­maines, j’ai re­çu une in­vi­ta­tion qui fait chan­ge­ment. J’ai été in­vi­tée ni à une confé­rence ni à une remise de prix, ni à un ga­la. Non, j’ai plu­tôt été in­vi­tée à vi­si­ter, le 9 avril, l’usine du pre­mier fa­bri­cant de vê­te­ments pour hommes en Amé­rique du Nord: celle de Vê­te­ments Peer­less. Cette usine est clas­sée dans le top 10 des usines les plus im­por­tantes de Mon­tréal, avec 1100 em­ployés.

Sur trois étages, les em­ployés de 40 na­tio­na­li­tés dif­fé­rentes s’af­fai­raient à cou­per, coudre, as­sem­bler et re­pas­ser des vê­te­ments qui se­ront vendus au Ca­na­da et aux États-Unis sous des marques comme Cal­vin Klein et Ralph Lau­ren. « L’usine fa­brique 6000 vestes et 7000 pan­ta­lons par se­maine », m’a dit Louis Ar­se­nault, di­rec­teur des res­sources hu­maines, en m’ac­com­pa­gnant par­mi les piles de tis­sus.

Ma ques­tion était fa­cile à de­vi­ner: « Com­ment une usine au Qué­bec peut-elle être en­core ren­table face à l’Asie? » Tout est une af­faire de stra­té­gie, m’a ré­pon­du M. Ar­se­nault. Au dé­but des an­nées 2000, Peer­less a im­plan­té le sys­tème SAP. Au­jourd’hui, grâce à cette tech­no­lo­gie, l’en­tre­prise est en me­sure de gé­rer ses stocks de pro­duits di­rec­te­ment dans les aires de vente de ses clients, comme Ma­cy’s et Kohl’s. Ce sys­tème gé­nère des com­mandes qui per­mettent de remettre à ni­veau les stocks des ma­ga­sins dans un dé­lai de 48 à 72 heures. Pour que ce­la soit pos­sible, la pro­duc­tion doit être lo­cale afin d’as­su­rer des li­vrai­sons fré­quentes et ra­pides.

Bien sûr, Peer­less af­fronte son lot de dé­fis. L’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière qué­bé­coise peine à se remettre de la crise fi­nan­cière de 2008. Les ventes du sec­teur ont chu­té de 13% en 2009, se­lon l’Ins­ti­tut de la sta­tis­tique du Qué­bec, et ne sont tou­jours pas re­ve­nues au ni­veau d’avant-crise.

Doit-on se pré­oc­cu­per du dé­clin du sec­teur manufactur­ier? Oui! a ré­pon­du d’em­blée Fran­çois Oli­vier, pdg de TCT­rans­con­ti­nen­tal (pro­prié­taire de Les Af­faires) à la tri­bune du Cercle ca­na­dien, le 27 avril der­nier. Pour­quoi? « À mon humble avis, c’est fon­da­men­tal. Ça crée des em­plois de qua­li­té et à long terme. » En ef­fet, une usine em­bauche sou­vent des tra­vailleurs à temps plein, qui sont en moyenne mieux ré­mu­né­rés que ceux de l’in­dus­trie des ser­vices. En­fin, c’est aus­si un moyen de sou­te­nir les ré­gions, a ex­pli­qué M. Oli­vier, dont l’en­tre­prise est ac­tive dans les sec­teurs de l’im­pres­sion, de l’em­bal­lage souple et des mé­dias. TC Trans­con­ti­nen­tal ex­ploite 24 usines d’im­pres­sion en Amé­rique du Nord, dont 10 au Qué­bec. Ces der­nières em­ploient près de 2000 per­sonnes.

Il faut sa­voir qu’en 2014, le sec­teur de la fa­bri­ca­tion comp­tait 490 000 em­plois au Qué­bec. C’est 12% de l’em­ploi to­tal. Ce n’est pas rien, et il est bon de s’en pré­oc­cu­per.

Gé­ral­dine Mar­tin Édi­trice ad­jointe et ré­dac­trice en chef, Groupe Les Af­faires ge­ral­dine.mar­[email protected] @mar­tin­ge­ral­dine

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