Des fonds pour dé­te­nir de l’or

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De­puis la crise de 2008, un nombre crois­sant d’in­ves­tis­seurs songent à in­clure de l’or phy­sique dans leur por­te­feuille. Pour plu­sieurs conseiller­s, l’or phy­sique sert à as­su­rer un por­te­feuille contre des pé­rils éco­no­miques et financiers im­pré­vi­sibles, de la même ma­nière dont on as­sure sa voi­ture et son ha­bi­ta­tion.

Pen­dant une bonne par­tie de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, l’or phy­sique a été un moyen de paie­ment, au point où l’on peut dire que l’or a été, bien avant le dol­lar amé­ri­cain, une de­vise mon­diale. D’ailleurs, ce n’est qu’en août 1971 que les États-Unis ont aban­don­né la conver­ti­bi­li­té du billet vert en or.

« Il est re­com­man­dé de dé­te­nir entre 5 et 6% d’un por­te­feuille dans de l’or à titre de po­lice d’as­su­rance. Lorsque cette pro­por­tion double, il vaut mieux en vendre pour re­trou­ver le même pour­cen­tage. À l’in­verse, si l’or ne vaut plus que 3% d’un por­te­feuille, il faut vendre d’autres ac­tifs pour ache­ter de l’or afin de re­ve­nir à la pro­por­tion ini­tiale. Si vous faites ce­la, vous pou­vez ces­ser de vous in­quié­ter au su­jet de l’or », dit Ke­vin McLean, ges­tion­naire prin­ci­pal du Fonds de crois­sance de mé­taux pré­cieux Sen­try.

Plu­sieurs fonds des­ti­nés aux in­ves­tis­seurs

Il y a plu­sieurs fa­çons de dé­te­nir de l’or phy­sique dans un por­te­feuille. Cer­tains in­ves­tis­seurs achètent di­rec­te­ment des pièces ou des lin­gots au­près d’ins­ti­tu­tions fi­nan­cières pour les en­tre­po­ser dans leur cof­fret de sû­re­té. Les pièces per­mettent plus de flexibilit­é que les lin­gots lors­qu’il s’agit de re­vendre une par­tie de votre or. Les lin­gots sont plus pra­tiques pour les sommes im­por­tantes.

Tou­te­fois, plu­sieurs in­ves­tis­seurs pré­fèrent une fa­çon plus com­mode de dé­ten­tion. Ain­si, il est pos­sible d’ache­ter au­près de cour­tiers en va­leurs mo­bi­lières des lin­gots conser­vés en chambre forte. C’est pra­tique lors­qu’on veut dé­te­nir de l’or dans un REER.

Les di­vers fonds de pla­ce­ment qui dé­tiennent de l’or phy­sique sont en­core plus pra­tiques. Par­mi eux, les re­çus de tran­sac­tions bour­sières (RTB) de la Ré­serve d’or ca­na­dienne (Tor., MNT) offrent une for­mule in­té­res­sante. Contrai­re­ment aux autres fonds, les RTB re­pré­sentent une pro­prié­té di­recte dans de l’or phy­sique dé­te­nu par la Mon­naie royale ca­na­dienne. Puisque cette der­nière est une so­cié­té d’État, ses obli­ga­tions à l’égard des RTB sont en­tiè­re­ment re­con­nues et ga­ran­ties par le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da.

On compte trois autres fonds né­go­ciés en Bourse (FNB) dé­te­nant de l’or, ins­crits au TSX. Le plus im­por­tant est la ver­sion co­tée à Toron- to ( IGT) de l’iS­hares Gold Trust, ins­crit à New York ( IAU). Son ac­tif se si­tuait ré­cem­ment au­tour de 6,3 G$ US.

« Nous ai­mons ce fonds en rai­son de son ra­tio de frais de ges­tion [RFG] de 0,25%, ce qui est 37,5% moins éle­vé que le RFG de son prin­ci­pal concur­rent, le SPDR Gold Shares [ GLD], dont le RFG est de 0,40%. La ver­sion to­ron­toise de l’iS­hares Gold Trust s’achète en dol­lars ca­na­diens, mais vous res­tez ex­po­sé aux fluc­tua­tions du dol­lar amé­ri­cain », pré­vient Da­niel Straus, chef de l’équipe de re­cherche sur les FNB à la Fi­nan­cière Banque Nationale.

Si vous êtes d’avis que le dol­lar ca­na­dien va s’ap­pré­cier par rap­port au dol­lar amé­ri­cain, Da­niel Straus re­com­mande plu­tôt d’ache­ter l’iS­hares Gold Bul­lion Fund (Tor., CGL). En pra­tique, son ren­de­ment de­vrait être le même pour un Ca­na­dien que ce­lui que réa­lise un Amé­ri­cain qui dé­tient l’iS­hares Gold Trust, du moins avant les frais. Jus­te­ment, c’est là que ça se gâte: à 0,55%, le RFG de l’iS­hares Gold Bul­lion est plus du double de l’iS­hares Gold Trust.

Il existe aus­si des so­cié­tés d’in­ves­tis­se­ment à ca­pi­tal fixe ( clo­sed-end funds) spé­cia­li­sées dans la dé­ten­tion d’or: le Cen­tral Gold Trust ( GTU.UN) et le Cen­tral Fund of Ca­na­da ( CEF.A), tous deux ins­crits au TSX. Ils offrent des ver­sions né­go­ciées en dol­lars amé­ri­cains. Le pre­mier ne dé­tient que de l’or, tan­dis que le se­cond dé­tient aus­si de l’ar­gent.

Contrai­re­ment aux autres types de fonds qui émettent de nou­velles parts pour chaque achat, une so­cié­té à ca­pi­tal fixe émet un nombre li­mi­té de parts, parts qui s’échangent entre ache­teurs et ven­deurs à la Bourse. Or, il y a sou­vent un écart entre le prix au­quel les in­ves­tis­seurs s’échangent ces parts et la « va­leur » du fonds, qu’on ap­pelle la « va­leur li­qui­da­tive par part » (VLPP). Pour dé­ter­mi­ner cette der­nière, la so­cié­té de fonds cal­cule la va­leur de l’or et des autres ac­tifs du fonds et en sous­trait une par­tie pour se ré­mu­né­rer. Le mon­tant qui reste est en­suite di­vi­sé par le nombre de parts émises.

Ain­si, au 1er mai, la VLPP du Cen­tral Gold Trust s’éta­blis­sait à 53,13$. Ce­pen­dant, la part s’échan­geait à 50,62$ à la clô­ture du TSX, soit à un es­compte de 4,7% par rap­port à la VLPP. Pour une rai­son ou une autre, les in­ves­tis­seurs ne veulent pas payer la « vraie » va­leur de la part. Il est pos­sible qu’ils craignent que le prix de l’or ne baisse. Néan­moins, pour ceux qui songent à in­ves­tir à l’heure ac­tuelle, payer 95,3 cents pour un dol­lar est tout de même mieux que de payer 1$ pour 1$, comme dans le cas des autres fonds de pla­ce­ment. Le ra­tio de dé­penses du fonds est de seule­ment de 0,36%.

Yves Bour­get re­dac­tion­le­saf­[email protected] Chro­ni­queur

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