Port de Qué­bec : la gou­ver­nance comme mo­teur de crois­sance

Les Affaires - - Stratégies - Va­lé­rie Le­sage re­dac­tion­le­saf­[email protected]

L’or­ga­nisme veut se do­ter de la plus exi­geante des po­li­tiques de par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne des ports ca­na­diens.

Après avoir an­non­cé des in­ves­tis­se­ments de 89,5 mil­lions de dol­lars pour l’ac­cueil des croi­sié­ristes plus tôt ce prin­temps, le Port de Qué­bec se pré­pare à pré­sen­ter sa vi­sion du développem­ent por­tuaire pour les 10 pro­chaines an­nées. Au to­tal, près de 1 mil­liard de dol­lars d’in­ves­tis­se­ments sont pré­vus dans l’ex­pan­sion in­dus­trielle, les croi­sières, l’amé­na­ge­ment de la pro­me­nade du Fou­lon et un quar­tier por­tuaire au­tour du bas­sin Louise qui se­ra, pro­me­ton, une si­gna­ture pour Qué­bec.

« On a pris ces quatre dos­siers pour al­ler cher­cher des in­ves­tis­se­ments. C’est ce que je vou­lais li­vrer en trois ans, dit le pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, Éric Du­pont. Je sou­hai­tais struc­tu­rer tout ça et être un ac­cé­lé­ra­teur. C’est mis­sion ac­com­plie. »

M. Du­pont, aus­si pré­sident d’IDC, cé­de­ra son siège de pré­sident du CA du Port de Qué­bec lors de l’as­sem­blée an­nuelle du 15 mai, quelques se­maines avant la pré­sen­ta­tion des grands pro­jets du Port, pour les­quels cer­tains dé­tails de fi­nan­ce­ment res­tent à ré­gler. Au dé­but de son man­dat, dit-il, il y avait un re­tard de presque 200 M$ dans la mise à jour des in­fra­struc­tures por­tuaires. Il fal­lait le rat­tra­per, di­ver­si­fier les sources de re­ve­nus de l’or­ga­ni­sa­tion et aug­men­ter la ca­pa­ci­té in­dus­trielle.

« Trop sou­vent, les or­ga­ni­sa­tions re­gardent le court terme. Dès qu’il y a un coup dur, elles ou­blient la vi­sion glo­bale », ex­plique ce­lui qui a convain­cu tous les membres de son CA de suivre une for­ma­tion au Col- lège des ad­mi­nis­tra­teurs de so­cié­tés.

« Si la bonne gou­ver­nance était plus ré­pan­due dans les or­ga­ni­sa­tions pri­vées, pu­bliques et pa­ra­pu­bliques, notre éco­no­mie se­rait en meilleure san­té, notre ar­gent se­rait mieux uti­li­sé et notre développem­ent éco­no­mique se­rait op­ti­mi­sé », af­firme Éric Du­pont.

Les tra­vaux de la com­mis­sion Char­bon­neau ont bien mis en lu­mière les consé­quences de la mau­vaise gou­ver­nance. En plus d’évi­ter les ma­gouilles, les bonnes pra­tiques fa­vo­risent l’ex­cel­lence, la trans­pa­rence et la pla­ni­fi­ca­tion stra­té­gique.

En trois ans, le Port de Qué­bec a adop­té une pre­mière po­li­tique de développem­ent du­rable, une po­li­tique en san­té et sé­cu­ri­té, et un plan de ges­tion de la per­for­mance. Le 15 mai, il pré­sen­te­ra « la plus exi­geante des po­li­tiques de par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne par­mi les ports ca­na­diens ».

« Est-ce qu’on nous l’a pous­sé dans la gorge ? Non. On pense sim­ple­ment qu’il faut le faire. Ce­la dit, la pres­sion ci­toyenne nous oblige à trou­ver des ré- ponses aux be­soins », sou­ligne le pdg du Port, Ma­rio Gi­rard.

Dès son ar­ri­vée en poste, M. Gi­rard avait évo­qué l’im­por­tance des liens avec la com­mu­nau­té et la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Le dé­ploie­ment des ac­tions a dû être ac­cé­lé­ré après les épi­sodes de pous­sière rouge sur Li­moi­lou en 2012. Il a fal­lu mettre en place des murs d’eau et d’autres me­sures de mi­ti­ga­tion pour di­mi­nuer la pol­lu­tion de l’air. L’été pro­chain, les ci­toyens pour­ront suivre quo­ti­dien­ne­ment le de­gré de qua­li­té de l’air dans les quar­tiers ré­si­den­tiels voi­sins du Port.

Un mo­dèle ex­por­té

La grande vi­sion de développem­ent de l’ad­mi­nis­tra­tion por­tuaire fe­ra par ailleurs l’ob­jet de consul­ta­tions pu­bliques, dans un sou­ci de trans­pa­rence et par vo­lon­té de bo­ni­fi­ca­tion grâce à l’ap­port des ci­toyens.

Le mo­dèle de gou­ver­nance mis en place au Port de Qué­bec est au­jourd’hui ex­por­té dans d’autres or­ga­ni­sa­tions aux­quelles siègent ses ad­mi­nis­tra­teurs. Le sou­hait d’Éric Du­pont est qu’une ma­jo­ri­té d’ad­mi­nis­tra­teurs dans les sphères pu­bliques, pa­ra­pu­bliques et pri­vées du Qué­bec soient ins­truits des prin­cipes de bonne gou­ver­nance. Mais ceux qui nomment les ad­mi­nis­tra­teurs, sou­vent des élus des dif­fé­rents ordres de gou­ver­ne­ment, de­vraient aus­si y être sen­si­bi­li­sés, dit-il.

Au Port, son équipe a éta­bli une grille des com­pé­tences des ad­mi­nis­tra­teurs. Par exemple, il faut de l’ex­per­tise en mar­ke­ting, en comp­ta­bi­li­té, en droit, en com­merce in­ter­na­tio­nal, etc. Mais si un gou­ver­ne­ment dé­cide de faire fi de la re­com­man­da­tion de nom­mer un ju­riste et qu’il en­voie plu­tôt un troi­sième comp­table au CA, l’or­ga­ni­sa­tion en souffre.

« On ne peut plus fonc­tion­ner comme il y a 50 ans et nom­mer ses amis, af­firme Éric Du­pont. Les no­mi­na­tions par­ti­sanes, il n’en faut plus ! »

L’homme d’af­faires va en­core plus loin : les membres de CA d’or­ga­ni­sa­tions pu­bliques de­vraient être ré­tri­bués, car le bé­né­vo­lat ne fa­vo­rise ni l’obli­ga­tion de rendre compte ni l’ap­pli­ca­tion de règles strictes dans le choix des ad­mi­nis­tra­teurs, alors que de l’ar­gent pu­blic est dé­pen­sé.

« Il y a un coût à la gou­ver­nance, mais elle pro­cure un ren­de­ment de l’in­ves­tis­se­ment », as­sure Ma­rio Gi­rard, pour qui le lien de confiance entre le pdg et le CA crée une sy­ner­gie ca­pable de dy­na­mi­ser le développem­ent.

« Il y a un coût à la gou­ver­nance, mais elle pro­cure un ren­de­ment de l’in­ves­tis­se­ment. »

– Ma­rio Gi­rard,

pdg du Port de Qué­bec

Éric Du­pont, pré­sident sor­tant du CA, Port de Qué­bec

Le Port de Qué­bec se pré­pare à pré­sen­ter sa vi­sion du développem­ent pour les 10 pro­chaines an­nées, qui fe­ra l’ob­jet de consul­ta­tions pu­bliques. Près de 1 mil­liard de dol­lars d’in­ves­tis­se­ments sont pré­vus dans l’ex­pan­sion in­dus­trielle, les croi­sières, un quar­tier por­tuaire et l’amé­na­ge­ment de la pro­me­nade du Fou­lon. Sur la pho­to, le sec­teur de l’Anse au Fou­lon.

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