« Les co­opé­ra­tives fi­nan­cières doivent elles aus­si pen­ser ef­fi­ca­ci­té et vo­lume »

– Do­mi­nique Le­febvre,

Les Affaires - - Stratégies - Diane Bé­rard diane.be­[email protected] Chro­ni­queuse

Per­son­na­li­té in­ter­na­tio­nale —

DIANE BÉ­RARD – Vous avez d’abord été ex­ploi­tant agri­cole; en quoi ce­la teinte-t-il votre vi­sion et votre ges­tion? DO­MI­NIQUE LE­FEBVRE

– Je suis an­cré dans la réa­li­té. Je ne suis pas un ban­quier, mais un re­pré­sen­tant des so­cié­taires dont je fais par­tie.

D.B. – Di­ri­ger le Cré­dit agri­cole a-t-il chan­gé votre vi­sion de l’éco­no­mie? D.L.

– Oui, ça m’a ren­du plus in­dul­gent en­vers les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières. On leur a fait un pro­cès exa­gé­ré. Toutes les banques n’ont pas été fau­tives. On n’y trouve pas que des voyous. Il y a des gens qui tra­vaillent bien. Avant, pen­dant et après la crise, plu­sieurs ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, sur­tout les co­opé­ra­tives, ont très bien fait leur tra­vail.

D.B. – Vous af­fir­mez que la crise de 2008 a été une « crise de ré­gu­la­tion ». Ex­pli­quez-nous. D.L.

– Les régulateur­s ont failli [à leurs res­pon­sa­bi­li­tés]. Ils n’ont pas vu le mal qui se pro­pa­geait à cause des hy­po­thèques à haut risque ( sub­primes). Ils n’ont pas su les dis­cer­ner ni les contrô­ler.

D.B. – Les régulateur­s ont-ils ap­pris de cette crise? D.L.

– Je n’en suis pas convain­cu. Nous [les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières] sommes sur­veillés par rap­port aux risques de la der­nière crise. Mais une crise n’ar­rive ja­mais comme la pré­cé­dente. Les régulateur­s doivent faire preuve d’ima­gi­na­tion. Ils pour­raient re­gar­der du cô­té de la ges­tion de por­te­feuille, par exemple. Les exi­gences en­vers les ges­tion­naires de por­te­feuille sont plus faibles que celles à l’égard des banques; pour­tant ils dé­tiennent beau­coup plus d’ac­tifs.

D.B. – Le Cré­dit agri­cole res­semble beau­coup au Mou­ve­ment Des­jar­dins, à deux ex­cep­tions près. Les­quelles? D.L.

– D’abord, nos clients ne sont pas obli­gés d’être so­cié­taires. De­puis 10 ans, tou­te­fois, nous les in­ci­tons da­van­tage à le de­ve­nir. En­suite, il y a 15 ans, nous avons dé­ta­ché une par­tie de nos opé­ra­tions pour en faire une so­cié­té en Bourse, Ca­sa. Celle-ci re­pré­sente la moi­tié de nos ac­tifs.

D.B. – Des­jar­dins est sou­vent coin­cée entre sa mis­sion co­opé­ra­tive et son sta­tut d’ins­ti­tu­tion fi­nan­cière. Qu’en est-il du Cré­dit agri­cole? D.L.

– C’est in­évi­table! Pour être concur­ren­tiels, nous de­vons pen­ser ef­fi­ca­ci­té et vo­lume.

D.B. – Des­jar­dins pro­voque un tol­lé chaque fois qu’elle ferme une suc­cur­sale. Le Cré­dit agri­cole aus­si? D.L.

– Il est évident qu’on nous juge différemme­nt des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières non co­opé­ra­tives. Pen­dant la crise, on a vu des banques car­ré­ment quit­ter cer­taines ré­gions de la France. Le Cré­dit agri­cole ne fait pas ça. Il peut fer­mer des suc­cur­sales, mais ne quitte pas la ré­gion. Il fau­drait que nous soyons vrai­ment dé­fi­ci­taires pour prendre une dé­ci­sion aus­si ter­rible. Tou­te­fois, nous sommes sou­mis aux mêmes règles que les banques. Et nous ne pou­vons pas vo­ler au se­cours de tout le monde.

D.B. – Compte te­nu de leur mis­sion, les co­opé­ra­tives, comme Des­jar­dins et le Cré­dit agri­cole, de­vraient-elles pous­ser da­van­tage la vente de pro­duits d’in­ves­tis­se­ment res­pon­sable que les banques? D.L.

– Oui, mais ce n’est pas évident. Cer­tains clients de­mandent qu’on pri­vi­lé­gie l’in­ves­tis­se­ment dans le tis­su lo­cal et l’in­ves­tis­se­ment res­pon­sable. D’autres ne veulent que du ren­de­ment. Et cer­tains de­mandent les deux. C’est pos­sible. Il n’est pas né­ces­saire de pra­ti­quer la po­li­tique de la terre brû­lée. Mais il faut être vo­lon­ta­riste pour faire com­prendre aux clients que ren­de­ment et res­pon­sa­bi­li­té sont conci­liables.

D.B. – Sur votre site, un on­glet s’in­ti­tule « fi­nan­cer l’éco­no­mie réelle ». N’est-ce pas le man­dat de toutes les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières? D.L.

– C’est ce qui de­vrait être, mais nous vou­lions l’af­fir­mer pour créer une dis­tinc­tion avec la spéculatio­n. La spéculatio­n ne crée rien d’utile. Alors qu’en fi­nan­çant l’éco­no­mie réelle, vous fi­nan­cez les biens de tous les jours, l’achat d’une mai­son, le dé­ve­lop­pe­ment d’une en­tre­prise, etc.

D.B. – Les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ne doivent pas fi­nan­cer la spéculatio­n, dites-vous. Elles doivent fi­nan­cer le pro­fit. Ex­pli­quez-nous. D.L.

– Le pro­fit est né­ces­saire à la pé­ren­ni­té. Vous êtes ré­mu­né­ré pour un pro­duit ou un ser­vice que vous ven­dez à un client. Ce client vous a choi­si parce qu’il ap­pré­cie votre pres­ta­tion. Et le pro­fit est ré­in­ves­ti pour amé­lio­rer la qua­li­té de l’ac­ti­vi­té. Ce n’est pas de la spéculatio­n. Vous créez quelque chose d’utile dont les gens veulent.

D.B. – Votre pla­ni­fi­ca­tion stra­té­gique évoque une ré­forme de la gou­ver­nance du Cré­dit agri­cole. De quoi s’agit-il? D.L.

– Vue de l’ex­té­rieur, notre so­cié­té pa­raît com­pli­quée. Il faut la rendre plus li­sible. Les re­la­tions entre la co­opé­ra­tive et la struc­ture co­tée, Ca­sa, peuvent être amé­lio­rées. Les caisses ré­gio­nales dis­tri­buent des pro­duits créés par l’en­ti­té co­tée. Cette re­la­tion clients-four­nis­seurs doit être re­vue. Il y a trop de si­tua- tions à l’in­ter­sec­tion de deux mé­tiers où cha­cun es­time que « ce n’est pas sa res­pon­sa­bi­li­té ». Il faut amé­lio­rer les ar­ti­cu­la­tions.

D.B. – Le Cré­dit agri­cole conteste une dé­ci­sion du su­per­vi­seur eu­ro­péen des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, car il es­time qu’elle nie le sta­tut par­ti­cu­lier des co­opé­ra­tives. Ex­pli­quez-nous. D.L.

– Les co­opé­ra­tives comme le Cré­dit agri­cole ac­cueillent des clients au sein de leur conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. Ces clients, comme tous les autres ad­mi­nis­tra­teurs, prennent des dé­ci­sions de cré­dit. Ce sont des di­ri­geants ef­fec­tifs. Or, la nou­velle règle du su­per­vi­seur des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières af­firme que les non-ban­quiers ne sont pas com­pé­tents, qu’ils ne mé­ritent pas le titre de di­ri­geants ef­fec­tifs. Cette règle veut ra­me­ner les clients qui siègent à nos conseils à un rôle de sur­veillants. Nous nous y op­po­sons! C’est nier l’es­sence d’une co­opé­ra­tive. Nos so­cié­taires bé­né­fi­cient d’une gou­ver­nance au sein de la­quelle ils ont des re­pré­sen­tants engagés et com­pé­tents. Nous dé­fen­dons cette par­ti­cu­la­ri­té et nous te­nons à ce qu’elle soit re­con­nue.

D.B. – De­puis la crise, on cite le mou­ve­ment co­opé­ra­tif comme une so­lu­tion pour évi­ter les dé­rives. Qu’en pen­sez-vous? D.L.

– Le mou­ve­ment co­opé­ra­tif n’est pas uni­forme. Les co­ops de pro­duc­tion, par exemple, fonc­tionnent différemme­nt du Cré­dit agri­cole. Et ce mou­ve­ment n’est pas par­fait. Comme la dé­mo­cra­tie, il est dif­fi­cile à or­ga­ni­ser. Il est tra­ver­sé par des mou­ve­ments de foule et risque le po­pu­lisme. De plus, les valeurs co­opé­ra­tives ont été gal­vau­dées pour de­ve­nir des slo­gans. Mais glo­ba­le­ment, on gagne parce qu’on res­pon­sa­bi­lise les membres plu­tôt que de leur de­man­der d’ac­cep­ter pas­si­ve­ment ce qu’on leur pro­pose.

D.B. – Quel est l’ap­port le plus im­por­tant du mou­ve­ment co­opé­ra­tif? D.L.

– C’est le concret. Quand un élu par­ti­cipe au co­mi­té de prêts, il ap­porte sa connais­sance du sec­teur. Sa contri­bu­tion dé­passe l’ana­lyse fi­nan­cière du ban­quier. L’élu a une lon­gueur d’avance, il sait ce qui s’en vient dans son sec­teur d’ac­ti­vi­té. Pour moi, une co­opé­ra­tive comme le Cré­dit agri­cole est un mo­dèle grâce au­quel on en­ri­chit les dé­ci­sions fi­nan­cières de points de vue is­sus de l’éco­no­mie réelle.

du monde qui est le leur. « Nous avons une part im­por­tante à jouer pour for­mer les ci­toyens de de­main dans un monde plu­ri­cul­tu­rel et plu­ri­lingue en per­pé­tuelle évo­lu­tion », ex­plique Ré­gis Rau­fast, pro­vi­seur et di­rec­teur gé­né­ral. Éta­blis­se­ment fran­çais membre du ré­seau mon­dial de l’Agence pour l’en­sei­gne­ment fran­çais à l’étran­ger (AEFE), le Col­lège in­ter­na­tio­nal Marie de France ap­plique les pro­grammes du Mi­nis­tère fran­çais de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, en­ri­chis de com­plé­ments qué­bé­cois. Il est re­con­nu par le Mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion du Qué­bec. « Le Col­lège jouit d’un rayon­ne­ment réel dans la so­cié­té qué­bé­coise et ca­na­dienne, ain­si qu’à l’étran­ger », ajoute M. Rau­fast. Fon­dé en 1939, le Col­lège in­ter­na­tio­nal Marie de France a cé­lé­bré avec brio ses 75 ans, tout au long de l’an­née der­nière. Un im­po­sant ga­la, pré­sen­té en mai au Théâtre Mai­son­neuve, de la Place des Arts, a conclu les fes­ti­vi­tés. La pré­si­dente d’hon­neur en était Ma­dame Hé­lène Desmarais, pré­si­dente du conseil et chef de la di­rec­tion du Centre d’en­tre­prises et d’in­no­va­tion de Montréal. « Ce fut un évè­ne­ment fé­dé­ra­teur de toute Les ac­ti­vi­tés ne se li­mitent pas à la culture et au sport. En plus des ha­bi­tuels dé­bats ora­toires et si­mu­la­tions de l’ONU or­ga­ni­sés par l’éta­blis­se­ment, des élèves ont par­ti­ci­pé l’an der­nier à une confé­rence dans les lo­caux de l’en­tre­prise Ubi­soft à Montréal, un type d’évè­ne­ment sus­cep­tible d’ou­vrir les élèves au monde qui les en­toure. Car l’ou­ver­ture sur le monde est l’une des qua­li­tés fon­da­men­tales qu’ac­quièrent les élèves de Marie de France, un col­lège où près de 70 na­tio­na­li­tés sont pré­sentes. L’ac­cent mis sur la culture gé­né­rale par le pro­gramme édu­ca­tif fran­çais per­met aux élèves de s’épa­nouir tout en dé­ve­lop­pant un es­prit cri­tique et d’ana­lyse. Le projet ex­pé­ri­men­tal Vi­sion di­gi­tal s’ins­crit dans cette ap­proche. Il in­tè­gre­ra da­van­tage les ou­tils tech­no­lo­giques à l’en­sei­gne­ment, - go­gie. Dès cette an­née, ce projet pi­lote se­ra im­plan­té dans un cer­tain nombre de classes, de la ma­ter­nelle au ly­cée (col­lé­gial). Ap­pre­nez-en da­van­tage en vi­si­tant le Col­lège in­ter­na­tio­nal Marie de France lors de sa jour­née portes ou­vertes, le sa­me­di 3 oc­tobre ou sur le Web :

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