DuPont pré­co­nise de res­pon­sa­bi­li­ser tous les em­ployés

Un plan mon­dial pour la SST chez CAE

Les Affaires - - Stratégies - Mat­thieu Cha­rest mat­thieu.cha­[email protected] Le bi­lan en de­mi-teinte de DuPont

SAN­TÉ ET SÉ­CU­RI­TÉ DU TRA­VAIL Au Qué­bec, l’an der­nier, un ac­ci­dent de tra­vail mor­tel se pro­dui­sait tous les six jours, se­lon la Com­mis­sion de la san­té et de la sé­cu­ri­té du tra­vail. Chaque jour, 225 per­sonnes se sont bles­sées au bou­lot. Même s’il s’est amé­lio­ré au cours des der­nières an­nées, le bi­lan des en­tre­prises en san­té et sé­cu­ri­té du tra­vail (SST) reste sé­rieux. Afin de re­dres­ser la si­tua­tion, des en­tre­prises comptent sur le géant de la chi­mie DuPont, qui a éla­bo­ré et com­mer­cia­li­sé une mé­thode de SST: le Felt lea­der­ship, qui re­pose sur la res­pon­sa­bi­li­sa­tion de chaque em­ployé. Pour­tant, l’en­tre­prise amé­ri­caine n’a pas elle-même un bi­lan étin­ce­lant à ce cha­pitre.

Pratt& Whit­ney fait par­tie des adeptes de la mé­thode Felt Lea­der­ship... en Pologne. L’en­tre­prise lon­gueuillois­e a me­né un exa­men en pro­fon­deur des pra­tiques en SST au sein de ses ins­tal­la­tions dans ce pays. Pour ce faire, elle a man­da­té DuPont Sus­tai­nable So­lu­tions. « On au­rait pu le faire à l’in­terne, mais nous n’avons pas son ex­per­tise. C’est un acte d’hu­mi­li­té, a confié Éric Mar­cotte, di­rec­teur SST et dé­ve­lop­pe­ment or­ga­ni­sa­tion­nel chez Pratt& Whit­ney Ca­na­da, lors de la cin­quième confé­rence SST or­ga­ni­sée par Les Af­faires. C’est plus cré­dible vis-à-vis de nos em­ployés quand ça vient de l’ex­terne. »

DuPont Sus­tai­nable So­lu­tions a me­né une cin­quan­taine de groupes de dis­cus­sion ( fo­cus groups) réunis­sant 500 em­ployés et ges­tion­naires, sur les 4 000 que compte Pratt& Whit­ney en Pologne. Après cette en­quête sur la per­cep­tion de la sé­cu­ri­té (Per­cep­tion Sur­vey), « une Il y a quelques an­nées, un en­tre­pre­neur de la so­cié­té mont­réa­laise CAE s’est bles­sé au Moyen-Orient en ins­tal­lant un si­mu­la­teur de vol chez un client. L’ac­ci­dent a dé­clen­ché une pro­fonde re­mise en ques­tion des prin­cipes de san­té et sé­cu­ri­té de l’en­tre­prise. « L’in­ci­dent nous a se­coués. Il fal­lait trou­ver un plan mon­dial pour la SST, prendre ce qu’on avait ac­com­pli à Montréal et l’ex­por­ter par­tout», ex­plique Ch­ris­tian Ber­nier, chef san­té-sé­cu­ri­té mon­dial chez CAE. L’en­tre­prise, qui compte des em­ployés dans plus de 160 em­pla­ce­ments à l’échelle in­ter­na­tio­nale, a d’abord ef­fec­tué un au­dit de cha­cune de ses ins­tal­la­tions ain­si qu’une vi­site d’une ving­taine d’entre elles. Cet exa­men ri­gou­reux a per­mis de po­ser un diag­nos­tic. De­puis, non seule­ment toutes leurs mé­thodes en SST ont été amé­lio­rées, mais tous les tiers qui oeuvrent pour l’en­tre­prise s’y sont sou­mis. — M. CHA­REST Tou­te­fois, le bi­lan de SST de DuPont n’est pas sans failles. Se­lon le Hous­ton Ch­ro­nicle, le géant a connu, de 2007 à 2014, 34 ac­ci­dents cau­sés par des éma­na­tions toxiques, dont 8 dé­cès par­mi ses em­ployés (de ce nombre, 4 sont sur­ve­nus à l’usine de La Porte, au Texas, en no­vembre 2014).

Se­lon une com­pa­rai­son du nombre d’ac­ci­dents par em­ployé chez les grands de l’in­dus­trie des pro­duits chi­miques, pu­bliée l’an der­nier par le Wall Street Jour­nal, DuPont n’af­fiche pas le pire bi­lan de l’in­dus­trie ni le plus étin­ce­lant. L’amé­ri­caine a connu 0,0029 ac­ci­dent par em­ployé de 2009 à 2013, alors que Dow Che­mi­cal, par exemple, af­fiche un score de 0,0016.

Avec ce bi­lan, DuPont a-t-elle la cré­di­bi­li­té né­ces­saire pour vendre sa mé­thode Felt lea­der­ship, qui vise à trans­for­mer chaque em­ployé en lea­der de la san­té et sé­cu­ri­té ?

« De­puis l’in­ci­dent de La Porte, nous co­opé­rons to­ta­le­ment avec le U.S. Che­mi­cal Sa­fe­ty Board [l’or­ga­nisme fé­dé­ral amé­ri­cain char­gé d’en­quê­ter sur les ac­ci­dents en­gen­drés par des pro­duits chi­miques] pour faire la lu­mière sur cet évé­ne­ment tra­gique, a dit Ward Metz­ler, lea­der, Est du Ca­na­da, pour DuPont Sus­tai­nable So­lu­tions. Nous ne nous ca­chons pas. Et nous al­lons nous amé­lio­rer. »

L’ac­ci­dent n’a pas ébran­lé la confiance de Pratt& Whit­ney dans l’ex­per­tise du géant amé­ri­cain. « Ils ne se pré­tendent pas par­faits, a ré­pon­du Éric Mar­cotte. C’est bien beau, un consul­tant “X ou Y” en san­té et sé­cu­ri­té, mais chez DuPont, ils vivent des si­tua­tions si­mi­laires aux nôtres. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.