Com­ment sur­vivre au dé­sastre de la Bourse ca­na­dienne

Les Affaires - - Investir - Yan­nick Clé­rouin yan­nick.cle­[email protected] Chro­ni­queur | C @@ Cle­rouin_Inc

Notre chro­ni­queur Yan­nick Clé­rouin pro­digue ses conseils.

Loin d’être dé­cou­ra­gés par le fait que la Bourse ca­na­dienne soit en­trée dans un mar­ché bais­sier au dé­but de l’an­née (une baisse de plus de 20% de­puis son ré­cent som­met), plu­sieurs stra­tèges res­tent cam­pés sur leur po­si­tion et sou­tiennent que le TSX sur­pas­se­ra le S&P 500 pour la pre­mière fois en six ans en 2016. On ne peut certes écar­ter la pos­si­bi­li­té d’un re­bond im­por­tant de la Bourse ca­na­dienne après une an­née où le cin­quième des 247 so­cié­tés membres du prin­ci­pal in­dice de To­ron­to ont per­du au moins 35% de leur va­leur. Mais compte te­nu des nom­breuses épées de Da­mo­clès qui res­tent sus­pen­dues au-des­sus des so­cié­tés du pays, l’in­ves­tis­seur doit ré­duire le risque au mi­ni­mum. Voi­ci quelques pistes pour sur­vivre à la dif­fi­cile passe de la Bourse ca­na­dienne.

Non seule­ment les consom­ma­teurs ca­na­diens n’ont ja­mais été aus­si en­det­tés, mais ils jonglent avec la hausse mar­quée de nom­breux pro­duits, à com­men­cer par les ali­ments frais, en rai­son de l’ef­fri­te­ment du pou­voir d’achat de notre de­vise. À ce­la s’ajoutent les pers­pec­tives mo­roses du mar­ché du tra­vail, qui dé­cou­ragent les mé­nages à en­ga­ger des dé­penses ma­jeures ou non ur­gentes. Par consé­quent, les dé­taillants de pro­duits dis­cré­tion­naires risquent de souf­frir pen­dant en­core un cer­tain temps.

Et ils en paient dé­jà le prix. Au cours des der­niers jours, les titres de La Baie (Tor., HBC), Ro­na (Tor., RON), Ca­na­dian Tire (Tor., CTC.A), Groupe BMTC (Tor., GBT), Sears Ca­na­da (Tor., SCC) et Le Châ­teau (Tor., CTU.A) ont tou­ché de nou­veaux creux en 52 se­maines.

La pru­dence des consom­ma­teurs mine aus­si les pers­pec­tives des fa­bri­cants qué­bé­cois de pro­duits dis­cré­tion­naires comme BRP (Tor., DOO) et Do­rel (Tor., DII.B). Ces titres se né­go­cient à leur plus bas ni­veau de la der­nière an­née.

Fa­vo­ri­ser les so­cié­tés au pou­voir in­fla­tion­niste

À l’in­verse, les dé­taillants de pro­duits de consom­ma­tion de base ont la ca­pa­ci­té de re­fi­ler une par­tie de la hausse des prix des ali­ments im­por­tés à leurs clients. Les épi­ciers Me­tro (Tor., MRU) et Lo­blaw (Tor., L) de­vraient conti­nuer à pro­fi­ter de la ten­dance in­fla­tion­niste en 2016, quoique dans une moindre me­sure, en rai­son d’une mo­dé­ra­tion de la hausse du prix de la viande.

La concur­rence dans le sec­teur de l’ali­men­ta­tion s’est éga­le­ment es­tom­pée au cours de la der­nière an­née, contrai­re­ment à ce qui se passe dans le cré­neau de la consom­ma­tion dis­cré­tion­naire, où la ri­va­li­té et la fai­blesse du dollar ca­na­dien érodent les marges bé­né­fi­ciaires.

Bien que frap­pés par la dé­ban­dade des res­sources, les trans­por­teurs fer­ro­viaires sont aus­si ré­pu­tés pour leur pou­voir d’im­po­si­tion des prix à long terme. Le Ca­na­dien Na­tio­nal (Tor., CNR) et le Ca­na­dien Pa­ci­fique (Tor., CP) jouissent d’une si­tua­tion de duo­pole qui les pro­tège en par­tie, même lorsque le contexte éco­no­mique leur est dé­fa­vo­rable. Ces so­cié­tés sont en ef­fet plus dis­ci­pli­nées au cha­pitre des prix que les trans­por­teurs par ca­mion ou par avion.

Ces lo­co­mo­tives de la Bourse ca­na­dienne sont tom­bées de leur pié­des­tal au prin­temps der­nier, après un par­cours haus­sier qui a du­ré plus de quatre ans. Leur éva­lua­tion est donc net­te­ment plus rai­son­nable au­jourd’hui.

Le CN, consi­dé­ré comme le plus ef­fi­cace de l’in­dus­trie nord-amé­ri­caine, et le CP, qui re­cèle un po­ten­tiel d’amé­lio­ra­tion de pro­duc­ti­vi­té, pré­sentent cha­cun des at­traits. Des vents contraires per­sis­te­ront dans les pro­chains mois, mais ces trans­por­teurs de­vraient conti­nuer à dé­ga­ger de bonnes li­qui­di­tés, à ra­che­ter de leurs ac­tions et à re­le­ver leur di­vi­dende.

À no­ter que Cas­cade In­vest­ment, le fonds d’in­ves­tis­se­ment contrô­lé par Bill Gates, fon­da­teur de Mi­cro­soft, pour­suit son ac­cu­mu­la­tion des ac­tions du CN. À la mi-dé­cembre, il en a ache­té pour 800 mil­lions de dol­lars. Sur­fer sur la fai­blesse du huard Éga­le­ment, les en­tre­prises qui pro­fitent à la fois de la vi­gueur de l’éco­no­mie amé­ri­caine et d’un jeu fa­vo­rable entre le dollar ca­na­dien et les de­vises amé­ri­caine et eu­ro­péenne de­vraient être en­core fa­vo­ri­sées par les in­ves­tis­seurs. Cas­cades (Tor., CAS) est un bon exemple. La so­cié­té de King­sey Falls ajoute 3 M$ à son bé­né­fice avant im­pôts, in­té­rêts et amor­tis­se­ment (BAIIA) à chaque re­pli de 0,01 cent du huard face au billet vert. Mais elle est aus­si por­tée par de nom­breux autres fac­teurs. Cas­cades tire avan­tage des dif­fi­cul­tés éco­no­miques en Chine, car le coût de ses ma­tières pre­mières baisse. En outre, elle pour­suit l’ac­crois­se­ment de l’ef­fi­ca­ci­té de sa pro­duc­tion et la ré­duc­tion de sa dette. Mais at­ten­tion! Le titre re­flète dé­jà bien cette dy­na­mique: il a ga­gné 80% au cours de la der­nière an­née.

Groupe Canam (Tor., CAM) pro­fite aus­si de la vi­gueur du mar­ché de la construc­tion non ré­si­den­tielle aux États-Unis et de la fai­blesse du dollar ca­na­dien. Son car­net de contrats est à 60% en dol­lars amé­ri­cains, se­lon Leon Agha­za­rian, analyste de la Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale. Se lais­ser por­ter par l’élan des conso­li­da­teurs in­ter­na­tio­naux Une autre fa­çon de se pré­mu­nir en par­tie de la tor­peur de l’éco­no­mie ca­na­dienne est de se lais­ser por­ter par l’élan de crois­sance des conso­li­da­teurs in­ter­na­tio­naux. Groupe CGI (Tor., GIB.A), WSP Glo­bal (Tor., WSP), Ali­men­ta­tion Couche-Tard (Tor., ATD.B) et Ele­ment Fi­nan­cial (Tor., EFN), par exemple, peuvent amoin­drir le choc ca­na­dien grâce à leurs ac­ti­vi­tés à l’étran­ger.

La firme d’in­gé­nie­rie mont­réa­laise WSP Glo­bal peut comp­ter sur plu­sieurs le­viers. Outre de ré­centes ac­qui­si­tions ma­jeures réa­li­sées à l’étran­ger, elle de­vrait ti­rer par­ti de l’aug­men­ta­tion an­ti­ci­pée des dé­penses gou­ver­ne­men­tales dans les in­fra­struc­tures au Ca­na­da. Et elle est éga­le­ment fa­vo­ri­sée par le huard af­fai­bli, puisque en­vi­ron 30 % de ses re­ve­nus sont réa­li­sés en dol­lars amé­ri­cains, se­lon Leon Agha­za­rian.

Les en­tre­prises ci­tées ci-des­sus se veulent des pistes et mé­ritent une ana­lyse plus ap­pro­fon­die. Même si Brian Bels­ki, stra­tège de BMO Mar­chés des ca­pi­taux, croit que la re­prise de la Bourse ca­na­dienne se­ra ra­pide, il me semble plus pru­dent de pri­vi­lé­gier ce genre de titres que de se lan­cer tous azi­muts sur les pro­duc­teurs de pé­trole ou de mé­taux, qui n’ont au­cun contrôle sur le prix de ce qu’ils vendent.

Mieux vaut ne pas se lan­cer tous azi­muts sur les pro­duc­teurs de pé­trole ou de mé­taux, qui n’ont au­cun contrôle sur le prix de leurs pro­duits.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.