Ris­tournes aux pharmacien­s : de nom­breux ef­fets per­vers

Le sa­la­riat re­cule. Nous sommes à l’ère du tra­vail in­dé­pen­dant et de la mar­chan­di­sa­tion de soi. Qui gagne ? Qui perd ? En­tre­prises, tra­vailleurs, gou­ver­ne­ments, quelles sont dé­sor­mais les res­pon­sa­bi­li­tés de cha­cun ?

Les Affaires - - Actualités - Diane Bé­rard diane.be­[email protected] C @@ dia­ne_­be­rard

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Mal­gré de nom­breux dé­trac­teurs, la Caisse d’éco­no­mie so­li­daire Des­jar­dins pour­suit al­lè­gre­ment sa mis­sion de fi­nan­ce­ment de co­opé­ra­tives et de so­cié­tés de l’éco­no­mie so­ciale. Créée il y a 45 ans, elle af­fiche un ac­tif de 770 mil­lions de dol­lars, dont 500 M$ en prêts à 3 150 co­opé­ra­tives et as­so­cia­tions.

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Alors que Bom­bar­dier a be­soin d’une aide fi­nan­cière du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral pour ras­su­rer les trans­por­teurs aé­riens qui pour­raient ache­ter des avions CSe­ries, il est in­vrai­sem­blable qu’Ot­ta­wa cherche à pro­fi­ter de l’oc­ca­sion pour faire mo­di­fier la struc­ture du ca­pi­tal de la so­cié­té contrô­lée par les fa­milles Bom­bar­dier et Beau­doin. Le gou­ver­ne­ment Tru­deau épou­se­rait-il l’op­po­si­tion idéo­lo­gique de l’es­ta­blish­ment fi­nan­cier de To­ron­to aux ac­tions à droits de vote mul­tiples, les­quelles pro­tègent Bom­bar­dier contre sa vente à des in­té­rêts étran­gers?

Les 2 000 pharmacien­s pro­prié­taires du Qué­bec sont en co­lère à la suite du non-res­pect par le gou­ver­ne­ment de l’en­tente sur les ris­tournes que leur versent les fa­bri­cants de mé­di­ca­ments gé­né­riques. Ce­la a ra­me­né dans l’ac­tua­li­té la pro­blé­ma­tique d’un tel mode de ré­mu­né­ra­tion.

C’est un dos­sier com­plexe aux mul­tiples en­jeux. Com­men­çons par un rap­pel his­to­rique.

Avant 2007, les pharmacien­s re­ce­vaient des fa­bri­cants et des dis­tri­bu­teurs de mé­di­ca­ments des avan­tages et des ra­bais qui pou­vaient at­teindre plus de 50% de leurs achats. Cette pra­tique pla­çait les pharmacien­s en conflit d’in­té­rêts, puisque ces ris­tournes pou­vaient les in­ci­ter à fa­vo­ri­ser la vente de mé­di­ca­ments plus payants que d’autres.

La po­li­tique du mé­di­ca­ment de 2007 avait pla­fon­né le prix des ver­sions gé­né­riques à 60% (25% ac­tuel­le­ment) du prix de la ver­sion d’ori­gine. De plus, elle avait éta­bli un pla­fond de 20% (ra­me­né à 15% en avril 2012) pour les « al­lo­ca­tions pro­fes­sion­nelles » (on ne parle plus de ris­tournes) ver­sées aux pharmacien­s. Cette der­nière me­sure a at­té­nué le risque dé­on­to­lo­gique des pharmacien­s et mis sur un pied d’éga­li­té tous les four­nis­seurs de mé­di­ca­ments gé­né­riques.

Mais voi­là que le gou­ver­ne­ment de Phi­lippe Couillard dé­cide en 2015 de ré­duire ses dé­penses de san­té et de cher­cher des éco­no­mies du cô­té des ho­no­raires payés aux pharmacien­s. Pa­ral­lè­le­ment, le mi­nistre de la San­té et des Ser­vices so­ciaux, Gaé­tan Bar­rette, doit né­go­cier la ré­mu­né­ra­tion des pharmacien­s pro­prié­taires pour les nou­veaux actes pro­fes­sion­nels qu’a au­to­ri­sés la loi 41, adop­tée en dé­cembre 2011.

Pour payer ces actes et faire éco­no­mi­ser 400 mil­lions de dol­lars en trois ans au sys­tème de san­té, le mi­nistre et l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des pharmacien­s pro­prié­taires (AQPP) s’en­tendent sur un dé­gel com­plet du pla­fond des al­lo­ca­tions pro­fes­sion­nelles ver­sées aux pharmacien­s. Si­gnée le 29 juin 2015, cette en­tente per­met à Qué­bec de ré­duire ses ho­no­raires payés aux pharmacien­s. De pe­tits pharmacien­s sont alors fra­gi­li­sés et sup­priment des postes de tra­vail (le to­tal at­tein­drait un mil­lier). L’en­tente mé­con­tente les fa­bri­cants qué­bé­cois de mé­di­ca­ments gé­né­riques. Qué­bec dé­cide alors de mo­du­ler ce dé­pla­fon­ne­ment de la fa­çon sui­vante, à comp­ter du 28 avril 2016: les ris­tournes se­ront pla­fon­nées à 25% du mon­tant des achats pour six mois, à 30% pour trois autres mois et se­ront dé­pla­fon­nées pour les 27 mois sui­vants. D’où l’ac­cu­sa­tion de l’AQPP vou­lant que Qué­bec ait re­nié l’en­tente du 29 juin 2015 qui les dé­pla­fon­nait to­ta­le­ment d’un coup.

Nom­breuses consé­quences

L’en­tente conve­nue entre le mi­nistre Bar­rette et l’AQPP com­porte des ef­fets per­vers ma­jeurs.

Tout d’abord, com­ment peut-on ac­cep­ter sur le plan de l’éthique que des pharmacien­s se fassent ré­mu­né­rer par des four­nis­seurs de mé­di­ca­ments pour des ser­vices pro­fes­sion­nels? Ja­mais on n’ac­cep­te­rait pa­reil mode de ré­mu­né­ra­tion pour les mé­de­cins. Tout en dé­non­çant

Le dé­pla­fon­ne­ment des ris­tournes ver­sées aux pharmacien­s est in­ap­pro­prié sur le plan de l’éthique et pré­ju­di­ciable à l’in­dus­trie qué­bé­coise du mé­di­ca­ment gé­né­rique.

le prin­cipe des ris­tournes, l’Ordre des pharmacien­s a ac­cep­té l’en­tente conve­nue, mais à la condi­tion que leur mode de ré­mu­né­ra­tion soit re­vu au cours des trois an­nées de l’en­tente. On ne peut pré­su­mer du ré­sul­tat de cette né­go­cia­tion, mais il faut être op­ti­miste pour pen­ser que le gou­ver­ne­ment ac­cep­te­ra de payer éven­tuel­le­ment aux pharmacien­s des cen­taines de mil­lions de dol­lars d’ho­no­raires pour rem­pla­cer les ris­tournes ac­tuelles.

En 2013, les ris­tournes au­to­ri­sées de 15% ont rap­por­té aux pharmacien­s 152M$ (soit 10M$ par point de pour­cen­tage). À 30%, elles ajou­te­raient 150 M$ à leur ré­mu­né­ra­tion.

Autres ef­fets per­vers, la hausse des ris­tournes se tra­dui­ra par des hausses de prix des mé­di­ca­ments par les fa­bri­cants et les gros­sistes. De plus, il est pré­vi­sible que ceux-ci soient in­ci­tés à pri­vi­lé­gier les pro­duits pour les­quels la de­mande est éle­vée, et le pro­fit, at­trayant. Ré­sul­tat: des risques de rup­ture de stock pour les pro­duits moins ven­dus et peu ren­tables.

Autre consé­quence: en rai­son de leurs éco­no­mies d’échelle, les grands fa­bri­cants et les gros­sistes d’en­ver­gure pour­ront plus fa­ci­le­ment pla­cer leurs pro­duits sur les ta­blettes des pharmacien­s. Ré­sul­tat: un ac­cès plus dif­fi­cile pour les pe­tits four­nis­seurs. Le Qué­bec compte 42 fa­bri­cants de mé­di­ca­ments gé­né­riques qui em­ploient plus de 5000 per­sonnes. Ils pour­raient perdre des parts de mar­ché face aux mul­ti­na­tio­nales de cette in­dus­trie.

Le plus im­por­tant fa­bri­cant de la pro­vince, Phar­mas­cience, une so­cié­té à ca­pi­tal qué­bé­cois, a un ef­fec­tif de 1 400 em­ployés à Mon­tréal. Elle est la so­cié­té phar­ma­ceu­tique qui in­ves­tit le plus en R-D dans les sciences de la vie au Qué­bec. Phar­mas­cience ve­nait d’an­non­cer un pro­jet d’in­ves­tis­se­ment de 55 M$ quand elle a été in­for­mée de l’en­tente Bar­rette-AQPP. On peut main­te­nant se de­man­der si ce pro­jet se réa­li­se­ra.

Le dé­pla­fon­ne­ment des ris­tournes ver­sées aux pharmacien­s est mal­sain sur le plan de l’éthique et nui­sible aux fa­bri­cants de mé­di­ca­ments gé­né­riques. Voi­là un bon exemple d’une dé­ci­sion mal avi­sée d’un État au bé­né­fice d’un groupe d’in­té­rêts, mais in­com­pa­tible avec le bien com­mun.

« L’em­ploi est un phé­no­mène du 20e siècle », rap­pelle le Bri­tan­nique Jon Hus­band, au­teur de Wi­rear­chy, un ou­vrage qui ex­plore le fu­tur du tra­vail. Le sa­la­riat, et le contrat social qui s’y rat­tache, ne re­montent qu’à la Se­conde Guerre mon­diale, ajoute-t-il. La re­la­tion em­ployés-em­ployeurs a connu quelques dé­cen­nies glo­rieuses jus­qu’à ce que la fi­nan­cia­ri­sa­tion de l’éco­no­mie s’en mêle. Li­cen­cie­ments, ra­tio­na­li­sa­tions et fu­sions ont af­fai­bli ce contrat. Les pro­grès tech­no­lo­giques ont fait le reste.

Le re­cul du tra­vail sa­la­rié est un phé­no­mène pla­né­taire, sou­ligne le Fo­rum éco­no­mique mon­dial. D’ici 2020, les 15 éco­no­mies avan­cées et émer­gentes les plus im­por­tantes au­ront créé 2 mil­lions d’em­plois... mais en au­ront aus­si éli­mi­né 7 mil­lions.

D’abord, les cols bleus. Au­jourd’hui, les cols blancs, à me­sure que l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et les al­go­rithmes in­sufflent aux ma­chines une ca­pa­ci­té de ré­flexion et de prise de dé­ci­sion.

Le re­cul du sa­la­riat touche les en­tre­prises et les cher­cheurs d’em­plois. Mais il a aus­si une in­ci­dence sur le sec­teur im­mo­bi­lier et l’urbanisme. Sur les gou­ver­ne­ments. Sur le sec­teur de la for­ma­tion. Les Af­faires ex­plore ces im­pacts.

Le tra­vail sa­la­rié re­cule, mais pas né­ces­sai­re­ment le tra­vail lui-même. Les élec­trons libres se mul­ti­plient: té­lé­tra­vailleurs, au­to-en­tre­pre­neurs, consul­tants. Au­jourd’hui, 40% des tra­vailleurs amé­ri­cains sont in­dé­pen­dants. D’ici cinq ans, les ÉtatsU­nis comp­te­ront plus d’élec­trons libres que de sa­la­riés, pré­voit le ca­bi­net fran­çais de re­cherche mar­ke­ting MBO. En 2015, 13,7% des Qué­bé­cois étaient tra­vailleurs au­to­nomes. Une aug­men­ta­tion de 3,4points de pour­cen­tage par rap­port à l’an­née pré­cé­dente. Les en­tre­prises en­tre­tiennent une mul­ti­tude de liens avec leur main-d’oeuvre. « Ce n’est pas tout ou rien, pré­cise Deb­bie Bax­ter, vice-pré­si­dente, im­mo­bi­lier, chez De­loitte. Il y a en­core des em­ployés, au sens clas­sique du terme. Nous ap­pro­chons tou­te­fois le point de bas­cule où l’hé­té­ro­gé­néi­té des for­mules de tra­vail se­ra la norme. » Des bu­reaux vides Dans la plu­part des en­tre­prises, l’es­pace de tra­vail est oc­cu­pé de 40% à 60% du temps. Cer­tains choi­sissent de sous-louer leur es­pace ex­cé­den­taire. D’autres dé­mé­nagent dans des lieux plus pe­tits. D’autres en­core re­dé­ploient l’es­pace pour trans­for­mer des bu­reaux en aires com­munes ou en salles de réunion. « C’est un dé­fi, re­con­naît Deb­bie Bax­ter. Il res­te­ra tou­jours des em­ployés qui au­ront be­soin d’un bu­reau fixe, pour des rai­sons de sé­cu­ri­té ou d’ac­cès à des res­sources qui n’ont pas en­core été nu­mé­ri­sées, par exemple. Il faut te­nir compte des be­soins des tra­vailleurs sé­den­taires et de ceux des tra­vailleurs no­mades. » Une main-d’oeuvre à mo­bi­li­ser À ces dé­fis lo­gis­tiques s’ajoutent des dé­fis hu­mains. Éblouis par les pro­messes de libe rté de la fin du sa­la­riat, nous avons sous-es­ti­mé l’im­por­tance de la so­cia­li­sa­tion, sou­ligne Sa­ra Ho­ro­witz, fon­da­trice de la puis­sante Free­lan­cers Union. Cette as­so­cia­tion amé­ri­caine de tra­vailleurs in­dé­pen­dants compte plus de 300 000 membres. Elle leur donne ac­cès, entre autres, à des ser­vices d’as­su­rance. « Les tra­vailleurs sont seuls, ter­ri­ble­ment seuls », dit Sa­ra Ho­ro­witz.

Les in­ter­ac­tions entre les in­di­vi­dus im­portent pour les in­di­vi­dus, mais aus­si pour les en­tre­prises. « Les contacts au sein de la maind’oeuvre rendent les en­tre­prises plus pro­duc­tives », af­firme Da­vid Jones, di­rec­teur de l’Office En­vi­sio­ning Lab, de Mi­cro­soft, qui se penche sur le fu­tur du tra­vail. Il cite la Bank of Ame­ri­ca qui a dé­ci­dé de per­mettre aux em­ployés de son centre d’ap­pels de prendre leur pause-re­pas en même temps plu­tôt qu’à des heures dif­fé­rentes. Ré­sul­tat : le temps de rè­gle­ment de chaque ap­pel a di­mi­nué, car les em­ployés ont échan­gé des trucs pen­dant le re­pas.

« Les gens ont be­soin d’in­ter­agir entre eux, qu’ils soient sa­la­riés ou in­dé­pen­dants, pour­suit Da­vid Jones. Même avec une main-d’oeuvre in­dé­pen­dante, les en­tre­prises doivent trou­ver com­ment com­bler ce be­soin. »

Les ou­tils d’aide à la ges­tion de car­rière

Le re­cul du sa­la­riat pose aus­si un dé­fi de mo­bi­li­sa­tion. Ca­ro­line Jost parle de « ré­con­ci­lier les em­ployés désen­ga­gés ». La jeune femme a tra­vaillé pen­dant plu­sieurs an­nées aux res­sources hu­maines chez Rio Tin­to Al­can. « Les mu­ta­tions du tra­vail re­mettent l’ac­com­plis­se­ment pro­fes­sion­nel entre les mains du tra­vailleur, ex­plique Mme Jost. Mais il ne sait que faire de cette au­to­no­mie. Les en­tre­prises non plus. » D’où l’idée d’In­ner­ship, une firme co­fon­dée par Ca­ro­line Jost et Tho­mas d’Hau­te­ville. Cette so­cié­té mont­réa­laise lance une ap­pli­ca­tion qui ac­com­pagne le tra­vailleur à tra­vers les tran­si­tions pro­fes­sion­nelles: rôle de ges­tion, lan­ce­ment d’une en­tre­prise, ges­tion de pro­jet, pré­pa­ra­tion à la re­traite, etc. Elle compte par­mi ses clients qué­bé­cois Ra­dio-Ca­na­da, l’Uni­ver­si­té McGill, Sa­no­fi et Car­re­four à l’étran­ger.

« Le re­cul de sa­la­riat et la mon­tée de l’in­tra­pre­neu­riat nous rendent ac­teurs de notre dé­ve­lop­pe­ment pro­fes­sion­nel », pour­suit Ca­ro­line Jost. In­ner­ship comble à la fois le be­soin des tra­vailleurs et ce­lui des or­ga­ni­sa­tions. L’in­di­vi­du ap­prend à se connaître en ex­plo­rant ses as­pi­ra­tions. L’ap­pli­ca­tion lui per­met d’in­vi­ter ses proches à l’en­cou­ra­ger, à le mettre au dé­fi ou en re­la­tion avec des res­sources ou des in­di­vi­dus qui peuvent l’ai­der à dé­ve­lop­per son pro­jet ou à struc­tu­rer sa pen­sée. « Ça donne des regards croi­sés et bien­veillants sur nos as­pi­ra­tions pro­fes­sion­nelles », ré­sume l’en­tre­pre­neure.

L’en­tre­prise, quant à elle, peut uti­li­ser In­ner­ship en sou­tien à sa stra­té­gie. Ima­gi­nons qu’elle sou­haite fa­vo­ri­ser l’in­no­va­tion ou dé­ve­lop­per une re­lève de ges­tion, elle peut ache­ter le par­cours thé­ma­tique s’y rat­ta­chant. Le par­cours gé­né­rique d’In­ner­ship est gra­tuit. Les par­cours thé­ma­tiques coûtent de 50 $ à 70$ par em­ployé.

On au­ra beau dé­ve­lop­per des ou­tils comme Trai­ty et In­ner­ship ou des cours comme PKM, la fin du sa­la­riat marque tout de même la fin des avan­tages so­ciaux liés à l’em­ploi. Com­ment les rem­pla­cer? Est-ce le rôle du gou­ver­ne­ment? Non, ré­pond Sa­ra Ho­ro­witz, de la Free­lan­cers Union. « C’est ce­lui des as­so­cia­tions comme la nôtre, es­time-t-elle. C’est le nou­veau mu­tua­lisme. » Et les syn­di­cats? « Ils ont été construits pour dé­fendre les sa­la­riés, ré­pond Ben­ja­min Tincq, co­fon­da­teur de l’or­ga­nisme fran­çais OuiS­hare, spé­cia­liste de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive. Pour sou­te­nir les tra­vailleurs in­dé­pen­dants, ils de­vront re­voir leur po­si­tion­ne­ment et leur fonc­tion­ne­ment. » Et le gou­ver­ne­ment? Il doit ac­com­pa­gner le chan­ge­ment so­cié­tal, pour­suit Sa­ra Ho­ro­witz. Per­mettre aux nou­veaux ac­teurs, comme la Free­lan­cers Union, de bé­né­fi­cier de condi­tions fa­ci­li­tantes. « Le nou­veau filet social se­ra bâ­ti par le mar­ché, in­siste Sa­ra Ho­ro­witz. Par des or­ga­ni­sa­tions qui col­lec­te­ront des re­ve­nus et dis­pen­se­ront des ser­vices aux tra­vailleurs. »

Une so­lu­tion : éta­blir un re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti

Les gou­ver­ne­ments ne sont pas pour au­tant dé­doua­nés de toute res­pon­sa­bi­li­té. Leur in­ter­ven­tion se des­sine sous les traits du re­ve­nu de base, aus­si ap­pe­lé re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti. Tous les Qué­bé­cois pour­raient, un jour, re­ce­voir un re­ve­nu non im­po­sable ac­cor­dé de fa­çon in­con­di­tion­nelle par l’État. Le pre­mier mi­nistre, Phi­lippe Couillard, a man­da­té Fran­çois Blais, mi­nistre qué­bé­cois de la Solidarité so­ciale, pour étu­dier la ques­tion.

Utrecht, en Al­le­magne, teste le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti. La Fin­lande se pré­pare pour 2017. L’On­ta­rio y songe. Ce re­gain d’in­té­rêt est lié, entre autres, à la baisse du sa­la­riat. « Nous de­vrons dé­sor­mais nous for­mer tout le temps, sou­ligne Alexandre Bou­che­rot, co­fon­da­teur du mou­ve­ment Re­ve­nu de base Qué­bec et connec­teur OuiS­hare Qué­bec. Ou en­core re­tour­ner aux études. Cer­tains se lan­ce­ront en af­faires. Le re­ve­nu de base pal­lie ces pé­riodes creuses. » Cette al­lo­ca­tion per­met aus­si de re­con­naître la contri­bu­tion de ceux qui se trouvent à la marge du

sa­la­riat, comme les bé­né­voles et les femmes au foyer. Reste la lutte à la pau­vre­té. La crois­sance des in­éga­li­tés sti­mule aus­si l’in­té­rêt pour un re­ve­nu de base. La gauche y voit une me­sure de lutte à la pau­vre­té. La droite, un ou­til de contrôle des dé­penses. « Il reste beau­coup de tests à ef­fec­tuer », tem­père Alexandre Bou­che­rot.

Non, ce nou­veau monde du tra­vail n’est pas simple. On a trop ten­dance à le sim­pli­fier, constate An­dreas Rap­to­pou­los, fon­da­teur de Mat­ter­net, spé­cia­liste ca­li­for­nien du trans­port par drones. « J’ha­bite à Si­li­con Val­ley, dit-il. Ici, on se croit le centre du monde. Mais la réa­li­té des tra­vailleurs no­mades de Si­li­con Val­ley es­telle vrai­ment en train de de­ve­nir celle de tous les tra­vailleurs? Jus­qu’à quel point ce mo­dèle va-t-il se gé­né­ra­li­ser? Il y au­ra tou­jours des gens qui au­ront be­soin de hié­rar­chie, des gens qu’il fau­dra pro­té­ger, des gens qui ne vou­dront pas, ou ne pour­ront pas, tout don­ner au tra­vail. » « Le tra­vail était un lieu. C’est de­ve­nu un en­semble de tâches que l’on peut ac­com­plir n’im­porte où », dit Louise Guay (sur la pho­to), pré­si­dente du Li­ving Lab de Mon­tréal. Ce la­bo­ra­toire d’in­no­va­tion ou­verte s’in­té­resse, entre autres, au fu­tur du tra­vail. Il pro­pose de dé­ployer au Qué­bec un ré­seau pour no­mades nu­mé­riques, les Interlieux. Ceux-ci pour­ront être ré­ser­vés à dis­tance à l’aide d’un té­lé­phone, et les ser­rures se­ront gé­rées par l’in­fo­nua­gique. Les Interlieux contri­buent au nou­vel urbanisme et à la mo­bi­li­té. Li­ving Lab de Mon­tréal compte réa­li­ser deux pro­jets-pi­lotes d’Interlieux en 2016. « Même le trans­port col­lec­tif ne suf­fit plus à ré­gler les pro­blèmes de conges­tion, sou­ligne Louise Guay. Ré­flé­chir à l’ave­nir du tra­vail nous amène à re­pen­ser com­ment on or­ga­nise nos jour­nées, nos vies et nos villes. »

LE TRA­VAIL ET LA VILLE : LE RÉ­SEAU INTERLIEUX

Jean-Paul Ga­gné [email protected] Chro­ni­queur | C @@ ga­gne­jp

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