Bom­bar­dier : le po­ten­tiel du titre et ses risques

Les Affaires - - Investir - Fran­çois Pou­liot fran­çois.pou­[email protected] @f_­pou­liot

La com­mande de 125 ap­pa­reils CSe­ries de Del­ta (50 en op­tions), an­non­cée le 28 avril, a été ac­cueillie avec en­thou­siasme par les in­ves­tis­seurs et la col­lec­ti­vi­té. Quel est le po­ten­tiel du titre de Bom­bar­dier et quels sont ses risques ?

La grande ma­jo­ri­té des ana­lystes es­timent que Bom­bar­dier ( BBD.B, 1,89 $) per­dra de l’ar­gent avec cette com­mande, comme en fait foi une pro­vi­sion de 500 M$ US. Celle-ci s’ex­plique comme suit : en pé­riode de dé­ve­lop­pe­ment de ses chaînes d’as­sem­blage, aux prix consen­tis, Bom­bar­dier n’au­ra pas suf­fi­sam­ment de vo­lumes sur sa ligne de pro­duc­tion pour réa­li­ser des bé­né­fices. La so­cié­té pré­voit pro­duire 15 ap­pa­reils en 2016, 30 en 2017 et at­teindre l’équi­libre fi­nan­cier en 2020 alors que 100 ap­pa­reils CSe­ries de­vraient sor­tir chaque an­née de ses usines d’as­sem­blages.

Le fait que la vente soit à perte n’est pas per­çu né­ga­ti­ve­ment. Le plan quin­quen­nal de la di­rec­tion pré­sen­té à New York l’au­tomne der­nier pré­voyait d’ailleurs dé­jà cette ra­dia­tion. La com­mande a une tout autre si­gni­fi­ca­tion.

« C’est un so­lide en­dos­se­ment par une so­cié­té aé­rienne ma­jeure, qui de­vrait main­te­nant sti­mu­ler la de­mande chez d’autres trans­por­teurs », se ré­jouit Ca­me­ron Doerk­sen, de la Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale.

Cer­tains spé­culent que de nou­velles com- mandes de CSe­ries pour­raient être an­non­cées à l’été, à l’oc­ca­sion du sa­lon de Farn­bo­rough. D’autres clients de marque sont cour­ti­sés, dont Bri­tish Air­ways, qui n’a pas ca­ché son in­té­rêt.

Com­bien vaut Bom­bar­dier ?

La nou­velle a ren­voyé les ana­lystes à leur chif­frier. Quelques-uns tentent main­te­nant d’éva­luer le po­ten­tiel de l’en­tre­prise en s’ap­puyant sur son plan quin­quen­nal.

« En uti­li­sant les ob­jec­tifs de ren­ta­bi­li­té de Bom­bar­dier, et en étant plus conser­va­teurs, nous croyons que le titre pour­rait va­loir plus de 4 $ CA dans quatre ans », dit Ke­vin Chiang, de Mar­chés mon­diaux CIBC. En ac­tua­li­sant en dol­lars d’au­jourd’hui, il éta­blit sa cible 12-18 mois à 2,25 $.

Fa­di Cha­moun, de BMO Mar­chés des ca­pi­taux, fait le même exer­cice, mais avec des an­ti­ci­pa­tions moins éle­vées. Son scé­na­rio de base éta­blit la va­leur des dif­fé­rentes en­ti­tés de Bom­bar­dier (après la dette) à en­vi­ron 3 $ CA en 2020 (cible 12 mois à 1,80 $).

L’éva­lua­tion la plus éle­vée vient de Tu­ran Quet­ta­wa­la, de Banque Sco­tia, qui croit que, dans un ciel bleu sans nuages, le titre de l’en­tre­prise pour­rait bien va­loir 6,25 $ en 2019.

Les risques

Ce­pen­dant, l’ana­lyste fi­gure aus­si par­mi les plus cri­tiques et sou­ligne que ce scé­na­rio a peu de pro­ba­bi­li­tés de se ma­té­ria­li­ser. Sa cible 12 mois n’est qu’à 1,75 $.

Bien qu’il juge nor­mal que Bom­bar­dier ne fasse pas d’ar­gent grâce à la com­mande Del­ta, il se dit pré­oc­cu­pé par la force de l’es­compte qui semble avoir été consen­tie, et se de­mande si Air­bus et Boeing ne ré­agi­ront pas en ré­dui­sant da­van­tage leurs prix dans l’ave­nir. « Cette com­mande ai­de­ra Bom­bar­dier à ga­gner de la trac­tion avec le CSe­ries, mais la ques­tion est : à quel prix ? »

Mal­gré une très nette amé­lio­ra­tion du car­net de com­mandes et le mes­sage po­si­tif qu’en­voie Del­ta en di­sant croire à la pé­ren­ni­té de Bom­bar­dier, celle-ci sou­lève aus­si tou­jours des in­ter­ro­ga­tions dans le mar­ché.

La dette nette de Bom­bar­dier se si­tue ac­tuel­le­ment à 8,1 fois le bé­né­fice avant in­té­rêts, im­pôts et amor­tis­se­ment (BAIIA). Elle de­vrait bais­ser à 6,5 fois le BAIIA avec l’aide du gou­ver­ne­ment du Qué­bec au pro­chain tri­mestre. C’est un ni­veau qui reste éle­vé. « L’en­tre­prise de­vra re­fi­nan­cer pour en­vi­ron 3 G$ US de dette de 2018 à 2020. Même si les pers­pec­tives pour le CSe­ries s’amé­liorent, c’est l’élé­phant dans la pièce », note Ke­vin Chiang.

Fa­di Cha­moun es­time qu’en l’ab­sence du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, les pers­pec­tives en ce qui concerne les li­qui­di­tés semblent rai­son­nables. Mais elles de­meurent « hau­te­ment vul­né­rables » à une ré­ces­sion mon­diale ou en­core à des en­nuis ou des dé­lais dans le dé­ve­lop­pe­ment du nou­vel avion d’af­faires Glo­bal 7000/8000.

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