Pour­quoi la na­tion crie est dis­po­sée à bras­ser des af­faires avec les en­tre­pre­neurs du Sud

Les Affaires - - Stratégies -

C’était avant la Paix des braves. Ted Moses se pro­me­nait sous les lignes à haute ten­sion d’Hy­dro-Qué­bec. Il en­ten­dait le gré­sille­ment de l’élec­tri­ci­té ache­mi­née de­puis les terres des Cris pour dé­ve­lop­per le sud du Qué­bec. Pour lui, c’était ça, « l’ex­clu­sion » ; l’ex­clu­sion du peuple cri du dé­ve­lop­pe­ment et de la ri­chesse.

Le lea­der au­toch­tone a ra­con­té cette anec­dote aux par­ti­ci­pants de la con­fé­rence Ob­jec­tif Nord. À quoi at­tri­buer le chan­ge­ment de ton chez une na­tion qui a traî­né pen­dant des an­nées un lourd conten­tieux avec Qué­bec au sujet des res­sources du Nord ? s’est-il fait de­man­der.

En 2002, Ted Moses, alors chef du Grand Conseil des Cris, avait sur­pris les Qué­bé­cois en ra­ti­fiant la Paix des braves avec le pre­mier mi­nistre Ber­nard Lan­dry. Leur poi­gnée de main avait ou­vert la porte à des pro­jets sur le ter­ri­toire de la Baie-James et mis fin à des pour­suites dé­pas­sant les 4 mil­liards de dol­lars.

« Après une longue pé­riode de luttes ju­ri­diques, nous avons dé­ci­dé de conclure un par­te­na­riat avec Qué­bec », a ex­pli­qué M. Moses.

Les Cris font main­te­nant par­ler d’eux pour des en­tentes, des pro­jets, des es­sai­mages avec des in­ter­lo­cu­teurs « blancs ». Tou­risme, fo­res­te­rie, mines, l’économie est en « plein boom » et compte des fleu­rons comme Air Cree­bec, a dit M. Moses.

En 40 ans, la po­pu­la­tion crie a tri­plé pour at­teindre 18 000 per­sonnes. Ted Moses se ré­jouit de la vi­ta­li­té de la culture crie. Par contre, « nos jeunes ont be­soin d’em­plois ».

« Plusieurs pro­jets s’en viennent avec le Plan Nord. » L’un d’eux, Ne­mas­ka Li­thium, dont le pré­sident, Guy Bou­ras­sa, a sou­li­gné « l’ac­cep­ta­bi­li­té so­ciale [par les Cris]. Sans ça, il n’y a pas de pro­jet. Ima­gi­nez une com­mu­nau­té [Ne­mas­ka] de 1 000 per­sonnes qui in­ves­tit 3,6 M$ pour avoir un mot à dire ».

Ted Moses a in­sis­té : les Cris « are open for bu­si­ness » ! Ce­la vaut pour l’idée de bar­rages sur la ri­vière Grande-Ba­leine. Ce­pen­dant, il se fait pru­dent. À pe­tite échelle, ce se­ra peut-être « re­ce­vable »… Il n’y a que pour l’ura­nium que les Cris ne sont pas « open for bu­si­ness ». – MI­CHEL COR­BEIL

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