RE­NÉ VÉ­ZI­NA : MON­TER LE TON POUR DÉ­FENDRE NOS GRANDES EN­TRE­PRISES

On se dé­fend mal au Ca­na­da quand sur­git une offre hos­tile qui vient tout cham­bou­ler. C’est ce qui s’est pas­sé avec Al­can et Osis­ko.

Les Affaires - - Front Page - Re­né Vé­zi­na rene.ve­zi­[email protected] Chro­ni­queur | ve­zi­nar

Chaque an­née, en­vi­ron 800 vice-pré­si­dents d’une mul­ti­na­tio­nale ayant son siège so­cial à Mon­tréal se réunissent dans la mé­tro­pole pour dis­cu­ter des en­jeux de l’en­tre­prise. La plu­part sont ori­gi­naires de l’étran­ger, et leur seule ve­nue ali­mente di­rec­te­ment l’économie mont­réa­laise. Ils n’iront pas lo­ger chez l’ha­bi­tant ni man­ger au cas­se­croûte du coin.

Cette en­tre­prise, c’est CGI, qui em­ploie main­te­nant 65 000 per­sonnes dans le monde.

Ce­lui qui me ra­conte cette histoire, Claude Sé­guin, est bien pla­cé pour en par­ler. Il est lui­même vice-pré­sident prin­ci­pal de CGI, et y est no­tam­ment res­pon­sable des ac­qui­si­tions qui ont ac­cé­lé­ré la crois­sance de ce géant des ser­vices-conseils en tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion. Il a pu­blié en mars 2010 avec le re­gret­té Mar­cel Cô­té un do­cu­ment mar­quant sur Mon­tréal, le rap­port Cô­té-Sé­guin, in­ti­tu­lé « Une mé­tro­pole à la hau­teur de nos as­pi­ra­tions ». L’im­por­tance des sièges so­ciaux y était abon­dam­ment dis­cu­tée. « Il est dif­fi­cile d’en at­ti­rer d’im­po­sants, il fau­drait au moins ne pas en perdre », dit-il au­jourd’hui.

Les ventes suc­ces­sives de Ro­na et du Groupe St-Hu­bert viennent évi­dem­ment as­som­brir le por­trait d’en­semble. Ces grandes en­tre­prises se re­trouvent cha­cune au centre d’un éco­sys­tème éco­no­mique qui s’af­fai­bli­ra in­évi­ta­ble­ment, parce que leurs sièges so­ciaux, quoi qu’on en dise, per­dront de l’in­fluence. Il suf­fit de re­gar­der ce qui ar­rive à l’an­cienne Al­can, mal­gré toutes les belles pa­roles lan­cées à l’époque par son ac­qué­reur, Rio Tin­to. L’in­fluence du bu­reau mont­réa­lais fond comme une peau de cha­grin.

Il ne fau­drait pas pour au­tant conclure à une hé­mor­ra­gie de sièges so­ciaux, rap­pelle Claude Sé­guin. On en­tend par­ler de ceux qui sont me­na­cés, mais il y a de grandes so­cié­tés qué­bé­coises qui montent au front, telles, outre CGI, les jeunes Lights­peed, Lu­men­pulse, Stin­gray et com­pa­gnie.

Sauf qu’aux yeux de Claude Sé­guin, on se dé­fend mal au Ca­na­da quand sur­git une offre hos­tile qui vient tout cham­bou­ler. C’est ce qui s’est pas­sé avec Al­can et Osis­ko. Par contre, lorsque Ca­na­dien Pa­ci­fique (CP) a vou­lu ache­ter l’amé­ri­caine Nor­folk Sou­thern, des bar­rières ré­gle­men­taires se sont dres­sées sur son che­min et le trans­por­teur fer­ro­viaire a dû re­non­cer.

« En France, les ac­tion­naires ins­crits de­puis au moins deux ans dé­tiennent deux droits de vote pour chaque ac­tion or­di­naire », dit-il. On court-cir­cuite ain­si, en par­tie, les “ac­tion­naires tou­ristes”, comme les qua­li­fie Yvan Al­laire, le pré­sident exé­cu­tif de l’Ins­ti­tut sur la gou­ver­nance d’or­ga­ni­sa­tions pri­vées et pu­bliques. Il de­vient plus com­pli­qué de lan­cer une offre hos­tile en ac­cu­mu­lant à court terme un bloc d’ac­tions. « Il existe d’autres moyens, des pi­lules em­poi­son­nées, par exemple, dont l’ef­fi­ca­ci­té est ré­duite ici par la ré­gle­men­ta­tion, alors que d’autres États re­con­naissent leur lé­gi­ti­mi­té », ajoute le di­ri­geant de CGI.

Sans comp­ter tout le dé­bat sur les ac­tions à droits de vote mul­tiples, re­lan­cé par l’hé­si­ta­tion du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral à ve­nir en aide à Bom­bar­dier... « Mais si c’est bon pour Google ou pour Fa­ce­book, dit Claude Sé­guin [il au­rait pu ajou­ter pour CGI], pour­quoi ne le se­rait-ce pas dans ce cas ? Les in­ves­tis­seurs s’as­so­cient à ces en­tre­prises en toute connais­sance de cause parce qu’ils croient à leur ave­nir. Où est le pro­blème ? »

Elle était pas­sion­nante, cette conver­sa­tion avec Claude Sé­guin. Entre autres su­jets, nous avons abor­dé l’épi­neuse ques­tion de la pas­sa­tion des pou­voirs pour les en­tre­prises fa­mi­liales qué­bé­coises. Vous pour­rez en prendre connais­sance dans mon blogue, sur le­saf­faires.com. Une belle cause pour les jeunes Le mer­cre­di 18 mai, Aca­de­mos tient sa soi­rée­bé­né­fice an­nuelle au Ca­ba­ret du Ca­si­no de Mon­tréal. J’en glisse un mot pour deux rai­sons.

La pre­mière, parce que cet or­ga­nisme à but non lu­cra­tif est unique en son genre. Il per­met de re­lier gra­tui­te­ment par In­ter­net deux gé­né­ra­tions. D’un cô­té, des jeunes de 14 à 30 ans qui s’in­ter­rogent sur leur ave­nir et qui veulent en sa­voir da­van­tage sur un mé­tier ou une pro­fes­sion. De l’autre, des men­tors, des per­sonnes ex­pé­ri­men­tées dis­po­sées à par­ta­ger avec eux leurs connais­sances pour les ai­der à y voir plus clair. Avec le Web, dont la beau­té est de trans­cen­der les dis­tances, un jeune de Drum­mond­ville qui s’in­té­resse au monde mi­nier, par exemple, peut com­mu­ni­quer avec un men­tor de l’Abi­ti­bi ou de la Côte-Nord, qui l’ai­de­ra dans son che­mi­ne­ment.

Aca­de­mos re­groupe quelque 1 700 men­tors et 30 000 jeunes dû­ment ins­crits.

La deuxième rai­son, parce que, en toute trans­pa­rence, je suis l’un des deux pré­si­dents d’hon­neur de cette soi­rée.

Je m’in­té­resse de­puis long­temps aux ques­tions liées à la re­lève et à la per­sé­vé­rance sco­laire. Mon col­lègue pour la cir­cons­tance n’est pas le der­nier ve­nu : Pierre Du­mou­chel est di­rec­teur gé­né­ral de l’École de tech­no­lo­gie su­pé­rieure (ÉTS) à Mon­tréal, dans le quar­tier Grif­fin­town.

Pierre Du­mou­chel est éga­le­ment un mu­si­cien ac­com­pli. Ce qui frappe, quand on entre dans son bu­reau, c’est la pré­sence d’un pia­no à queue qui lui est cher et dont il joue avec adresse. Plus tôt dans sa vie, il a no­tam­ment di­ri­gé des or­chestres de jeunes. Et le lien entre sa na­ture de mu­si­cien et ses fonc­tions de di­ri­geant lui semble clair : « Si je suis de­ve­nu di­rec­teur gé­né­ral de l’ÉTS, c’est entre autres du fait des com­pé­tences et des ré­flexes que j’ai dé­ve­lop­pés comme chef d’or­chestre, où il convient de di­ri­ger un groupe tout en dé­tec­tant les ta­lents et en les ai­dant à se dé­ployer. »

Bonne chance à Aca­de­mos !

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