PLAN NORD : EN AT­TENTE DU RÉ­VEIL DE LA CHINE

Les Affaires - - Front Page - Mi­chel Cor­beil re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Le Plan Nord semble avan­cer de fa­çon déses­pé­ré­ment lente. Mais in­dus­triels, fonc­tion­naires et élus sont convain­cus que tout n’est qu’une ques­tion de temps. Et que la Chine se­ra en­core un ac­teur clé quand ce mo­ment vien­dra.

La neu­vième édi­tion de la confé­rence Ob­jec­tif Nord, du Groupe Les Af­faires, n’a pas été le lieu de grandes an­nonces, le 26 avril, à Qué­bec, presque cinq ans après le lan­ce­ment du pro­gramme par Jean Cha­rest.

Au fo­rum, le mi­nistre de l’Éner­gie et des Res­sources na­tu­relles, Pierre Ar­cand, a af­fir­mé la né­ces­si­té « de ré­ta­blir la confiance » dans le Plan dont il est le ti­tu­laire. « Oui, il y a une baisse du prix mon­dial des mé­taux, mais pas de tous les mé­taux. Le dé­fi est tou­jours de trou­ver un fi­nan­ce­ment par­fois un peu plus dif­fi­cile » à dé­ni­cher.

« Mais les pro­jets sont là, a en­chaî­né le mi­nistre Ar­cand. Le po­ten­tiel est im­mense. Des pro­jets mi­niers de­vraient pas­ser au stade de l’ex­ploi­ta­tion au cours des pro­chaines an­nées, tant dans les mé­taux tra­di­tion­nels que dans des mi­né­raux sou­te­nant des ap­pli­ca­tions de haute tech­no­lo­gie. » Cer­tains ont dé­jà dé­mar­ré, a-t-il rap­pe­lé. Comme la mine d’or Éléo­nore, de Gold­corp, l’été der­nier, sur le ter­ri­toire de la Baie-James. Baisse des ex­por­ta­tions vers la Chine C’est un ac­teur étran­ger qui re­froi­dit l’en­thou­siasme. L’éco­no­mie chi­noise, le mo­teur mon­dial qui pro­pulse l’ac­ti­vi­té mi­nière, s’est mise au ra­len­ti. Pour le Qué­bec, ce­la s’est tra­duit par une baisse abrupte de la va­leur des ex­por­ta­tions de mi­ne­rai vers l’em­pire du Mi­lieu, a in­di­qué le re­pré­sen­tant du Qué­bec en Chine, Jean-Fran­çois Lé­pine : de 897 mil­lions de dol­lars, en 2014, à 336 M$, en 2015.

Le contexte po­li­tique de là-bas trouve un écho ici. La Chine est en­ga­gée « dans une guerre fé­roce à la cor­rup­tion » et un « net­toyage sys­té­ma­tique » des grandes en­tre­prises contrô­lées par l’État, a in­di­qué l’ex-jour­na­liste. Ain­si, la chi­noise Wis­co, qui a in­ves­ti plus de 400 M$ dans trois gi­se­ments, entre autres, à la BaieJames et près de Schef­fer­ville, voit ses pro­jets ra­len­tis par les ac­cu­sa­tions cri­mi­nelles por­tées contre son pdg, ex­pul­sé et de son poste et du Par­ti com­mu­niste. Condi­tions ga­gnantes Dans le pays le plus po­pu­leux du monde, la crois­sance éco­no­mique, bien que di­mi­nuée de moi­tié, semble tout de même se sta­bi­li­ser à 4,5 % par an, a pour­sui­vi M. Lé­pine. Il existe aus­si « des fonds pri­vés d’in­ves­tis­se­ment pour une classe ul­tra-riche. C’est quo­ti­dien­ne­ment que les bu­reaux qué­bé­cois les re­çoivent ».

Ils lorgnent des « gi­se­ments très ren­tables, avec une ca­pa­ci­té énorme », et portent un in­té­rêt mar­qué pour des mi­ne­rais stra­té­giques, comme les terres rares. « Les Chi­nois sont ob­sé­dés de sé­cu­ri­té na­tio­nale », a sou­li­gné M. Lé­pine.

Pour le mi­nistre Pierre Ar­cand, le Plan Nord ne se ré­sume pas à l’in­dus­trie mi­nière. Il a ci­té un pro­jet d’agri­cul­ture en sec­teur nor­dique, la créa­tion d’aires pro­té­gées, des pro­grammes de for­ma­tion.

Mais ce qu’il pour­rait ap­pe­ler la mise en place de condi­tions ga­gnantes du Plan Nord re­coupe les be­soins du sec­teur des mines. L’amé­lio­ra­tion des té­lé­com­mu­ni­ca­tions bé­né­fi­cie­ra à la san­té, à l’édu­ca­tion et à la jus­tice, mais aus­si aux sec­teurs in­dus­triels.

En en­tre­vue, Pierre Ar­cand s’est dit convain­cu que les ac­ti­vi­tés, dans la fosse du La­bra­dor où sont lo­ca­li­sés nombre de gi­se­ments, « re­pren­dront. On au­ra be­soin de fer pour les in­fra­struc­tures », que ce soit en Chine ou ailleurs.

D’ici au re­gain d’in­té­rêt, no­tam­ment chez les Amé­ri­cains, il faut pré­pa­rer l’at­ter­ris­sage des pro­jets en in­ves­tis­sant dans nos in­fra­struc­tures. Se­lon le mi­nistre, « l’évé­ne­ment mar­quant de l’an­née » est l’achat par Qué­bec des ter­rains me­nant au quai mul­tiu­sa­ger de Pointe-Noire, à Sept-Îles. Il croit avoir ain­si neu­tra­li­sé « un pou­voir de nui­sance im­por­tant » sur plu­sieurs pro­jets.

Ar­mand Ma­cken­zie, porte-pa­role de Ta­ta Steel, a ap­plau­di l’in­ter­ven­tion de Qué­bec, qui a bri­sé « une si­tua­tion de mo­no­pole » de Cliffs Na­tu­ral Re­sources. Ce­la avait for­cé la firme in­dienne à un coû­teux re­port de son pro­jet mi­nier, pour le­quel elle a in­ves­ti un mil­liard de dol­lars à Schef­fer­ville.

Une pre­mière étude pour un troi­sième lien fer­ro­viaire sur la Côte-Nord est at­ten­due à l’au­tomne. Il n’est pas ex­clu que les mi­nières jus­ti­fient d’ailleurs l’amé­na­ge­ment de lignes à haute ten­sion vers le Nord.

Le fo­rum a été l’oc­ca­sion pour des pro­mo­teurs de re­ve­nir sur la sem­pi­ter­nelle ques­tion des dé­lais concer­nant les per­mis. Guy Bou­ras­sa, pré­sident de Ne­mas­ka Li­thium, a trou­vé le par­cours du com­bat­tant pé­nible. « Oui, c’est long. Mais ça amène peut-être à se po­ser des ques­tions. […] Nous fe­rons une mine qui coû­te­ra moins cher. Et nous ré­dui­rons notre em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale », a-t-il dit.

« Les pro­jets sont là », af­firme le mi­nistre Pierre Ar­cand, qui cite le dé­mar­rage, l’été der­nier, de la mine d’or Éléo­nore, de Gold­corp, sur le ter­ri­toire de la Baie-James.

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