Le Qué­bec doit s’ap­pro­prier les bé­né­fices de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive

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Cour­rier des lec­teurs — Au mo­ment où l’As­sem­blée na­tio­nale lé­gi­fère sur l’en­ca­dre­ment du co­voi­tu­rage ur­bain, sem­blant frei­ner le dé­ve­lop­pe­ment de ce nou­veau mo­dèle d’en­tre­prise, le Qué­bec ga­gne­rait à prendre un pas de re­cul et à consi­dé­rer ce que l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive offre.

Por­teuse de la pro­messe d’un meilleur par­tage de la va­leur et de la gou­ver­nance, l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive peine à se dé­faire de l’image contro­ver­sée des géants d’un ca­pi­ta­lisme de pla­te­formes, comme Uber et Airbnb, qui ne re­pré­sentent qu’une par­tie de la réa­li­té.

L’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive en­globe en fait l’en­semble des pra­tiques et des mo­dèles éco­no­miques qui se fondent sur des ré­seaux ho­ri­zon­taux et sur les prin­cipes de mu­tua­li­sa­tion des res­sources dis­po­nibles, et qui s’ap­puient sur des com­mu­nau­tés d’uti­li­sa­teurs. Il est in­dé­niable que son émer­gence, qui s’est ac­cé­lé­rée au cours des cinq der­nières an­nées, trans­forme en pro­fon­deur et de fa­çon du­rable les styles de vie, les modes de tra­vail, de créa­tion, de fa­bri­ca­tion et de gou­ver­nance.

Quand l’aus­té­ri­té et la stag­na­tion du pou­voir d’achat de­viennent la norme, quoi de plus nor­mal que de voir ap­pa­raître une nou­velle forme de consom­ma­tion ? L’ac­cès à un bien ou à un ser­vice est dé­sor­mais plus im­por­tant que la pro­prié­té. C’est une au­baine pour tous ceux qui peuvent main­te­nant mettre à dis­po­si­tion leurs res­sources et pro­po­ser leur temps libre pour com­plé­ter leurs re­ve­nus. Se­lon l’Ob­ser­va­toire de la consom­ma­tion res­pon­sable (OCR) de l’ESG UQAM, c’est le gain fi­nan­cier qui mo­tive avant tout les ci­toyens à tes­ter ce type d’échanges.

Dans les mar­chés où l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive s’est dé­ve­lop­pée le plus for­te­ment – la France et les États-Unis –, on as­siste à l’émer­gence d’une ca­té­go­rie de tra­vailleurs in­dé­pen­dants ex­trê­me­ment pré­caires et iso­lés.

Dans ce contexte, l’ex­pé­rience du mo­dèle co­opé­ra­tif pré­sent au Qué­bec est un avan­tage dé­ci­sif pour en­vi­sa­ger cette nou­velle donne. La mise en com­mun de res­sources et la re­dis­tri­bu­tion de la va­leur entre les membres consti­tuent un mode de fonc­tion­ne­ment que les Qué­bé­cois maî­trisent bien. Il y a ici l’oc­ca­sion de ne pas re­pro­duire les er­reurs com­mises en Eu­rope et aux États-Unis tout en ti­rant par­ti des forces du Qué­bec pour construire un mo­dèle ori­gi­nal de dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive. Avec l’OCR, OuiS­hare Qué­bec – une com­mu­nau­té, un ac­cé­lé­ra­teur d’idées et de pro­jets consa­crés à l’émer­gence de la so­cié­té col­la­bo­ra­tive – a ré­fé­ren­cé plus de 170 mo­dèles col­la­bo­ra­tifs dans la pro­vince, et la liste s’al­longe chaque mois. Un po­si­tion­ne­ment clair des pou­voirs pu­blics per­met­trait à ces ac­teurs de sa­voir dans quel cadre ju­ri­dique évo­luer.

Le Qué­bec dis­pose des ta­lents, de l’His­toire et des armes né­ces­saires pour ap­pri­voi­ser l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive. Ne pas­sons pas à cô­té de l’oc­ca­sion de nous ré­in­ven­ter.

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