Comment sur­vivre à la « rup­ture »

Do­rel In­dus­tries Ca­ra Ope­ra­tions

Les Affaires - - Investir - 01-2016 05-2016

un nombre crois­sant de consom­ma­teurs à ré­duire leur abon­ne­ment au câble, voire à se dé­bran­cher com­plè­te­ment.

Qué­be­cor ( QBR.B, 35,64$) a ré­cem­ment dé­voi­lé de bons ré­sul­tats à son pre­mier tri­mestre, no­tam­ment por­tée par Vi­déo­tron, qui a ajou­té 27 100 abon­nés à son ser­vice de té­lé­pho­nie mo­bile.

Mais comme la ma­jo­ri­té des té­lé­dis­tri­bu­teurs, Vi­déo­tron ne cesse de perdre des abon­nés au câble de base. Elle voit aus­si le dé­clin du nombre d’abon­nés à son ser­vice de té­lé­pho­nie câ­blée s’ac­cé­lé­rer de­puis le troi­sième tri­mestre de 2014, se­lon Ma­her Ya­ghi, ana­lyste de Des­jar­dins Mar­ché des ca­pi­taux. Au pre­mier tri­mestre de 2016, elle a per­du 12 000 abon­nés en té­lé­pho­nie tra­di­tion­nelle, com­pa­ra­ti­ve­ment à un dé­fi­cit de 4 400 clients au même tri­mestre un an plus tôt. Même si elle fait mi­grer une bonne par­tie de ces clients vers la té­lé­pho­nie mo­bile, ce chan­ge­ment de ré­par­ti­tion des re­ve­nus ré­duit la ren­ta­bi­li­té de l’en­tre­prise, note M. Ya­ghi.

Autre exemple: bien qu’elle ait brillé au boxof­fice grâce à Zoo­to­pia et à d’autres films po­pu­laires, Walt Dis­ney ( DIS, 100,52$ US) a dé­voi­lé il y a quelques jours des ré­sul­tats dé­ce­vants pour son deuxième tri­mestre, en rai­son du dé­clin des re­ve­nus de ses chaînes câ­blées. Son joyau, ESPN, a vu ses re­ve­nus pu­bli­ci­taires chu­ter de 13%. La chaîne spor­tive et les autres ca­naux de Dis­ney souffrent aus­si de la mi­gra­tion des abon­nés vers des for­faits al­lé­gés.

La si­tua­tion est pire dans le com­merce de dé­tail. Les faibles ré­sul­tats dé­voi­lés il y a quelques jours par l’ex­ploi­tant de grands ma­ga­sins Ma­cy’s ( M, 31,22$ US) illus­trent bien le fait que les dé­taillants souffrent du ma­ga­si­nage sur le Web. Ama­zon ( AMZN, 709,92$ US) de­vrait d’ailleurs ra­vir le titre de prin­ci­pal dé­taillant de vê­te­ments des États-Unis à Ma­cy’s dès l’an pro­chain. Le géant du com­merce en ligne s’ap­prête aus­si à lan­cer une vaste of­fen­sive dans le do­maine de l’ali­men­ta­tion.

Je pour­rais al­lon­ger la liste de sec­teurs sus­cep­tibles d’être tou­chés par les chan­ge­ments tech­no­lo­giques dans les pro­chaines an­nées. Je me penche sur un der­nier, le sec­teur fi­nan­cier. La mul­ti­pli­ca­tion des sys­tèmes de paie­ment nu­mé­riques comme Apple Pay – qui vient d’ar­ri­ver au Ca­na­da – trans­for­me­ra l’éco­sys­tème de rè­gle­ment des fac­tures, du dé­bit et du cré­dit. Ce phé­no­mène tou­che­ra les banques, mais aus­si les Vi­sa ( V, 76,83$ US) de ce monde. C’est sans comp­ter l’in­no­va­tion Blo­ck­chain, un sys­tème de cryp­tage et de vé­ri­fi­ca­tion élec­tro­nique des tran­sac­tions fi­nan­cières, ap­pe­lé à ré­vo­lu­tion­ner les échanges mo­né­taires. IBM ( IBM, 147,72$ US) se dit bien pla­cée pour en pro­fi­ter, mais vous com­pren­drez pour­quoi les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières s’y in­té­ressent.

Ce que l’in­ves­tis­seur peut faire

Comme in­ves­tis­seur, vous avez la pos­si­bi­li­té de pri­vi­lé­gier les en­tre­prises qui sont du bon cô­té de la clô­ture de la ré­vo­lu­tion. Fa­ce­book ( FB, 119,81$ US), par exemple, ne dé­bourse rien pour créer du conte­nu, mais elle le dis­tri­bue et siphonne les re­ve­nus pu­bli­ci­taires des mé­dias au pas­sage. Sa gé­né­reuse éva­lua­tion en Bourse montre que les in­ves­tis­seurs s’at­tendent à ce que la so­cié­té de Mark Zu­cker­berg pro­fite d’un vent fa­vo­rable pen­dant un bon mo­ment.

La trans­for­ma­tion de l’éco­no­mie fait bien des ra­vages, mais ce­la ne si­gni­fie pas pour au­tant que toutes les en­tre­prises suc­com­be­ront. Les plus so­lides s’ap­pro­prie­ront des parts de mar­ché des maillons les plus faibles et em­po­che­ront bien des pro­fits avant que la dé­crois­sance n’at­teigne un point de non-re­tour.

C’est la stra­té­gie em­prun­tée par Trans­con­ti­nen­tal ( TCL.A, 18,03$) dans l’im­pri­me­rie. L’édi­teur de Les Af­faires a conso­li­dé son sec­teur et pré­voit réa­li­ser de bonnes af­faires pen­dant plu­sieurs an­nées parce qu’il af­fronte une concur­rence af­fai­blie, tout en mi­sant sur les usines les plus per­for­mantes du pays.

En­fin, une der­nière idée pour li­mi­ter les risques liés à la nu­mé­ri­sa­tion de l’éco­no­mie: imi­tez War­ren Buf­fett et fa­vo­ri­sez les chefs de file de la consom­ma­tion es­sen­tielle. À moins qu’on ne se mette tous à ava­ler du Soylent – ce qui se­rait vrai­ment dé­pri­mant –, on conti­nue­ra cer­tai­ne­ment de consom­mer du ket­chup de Kraft Heinz ( KHC, 85,13$ US) ou du fro­mage de Sa­pu­to ( SAP, 41,65$) dans 10 ans.

Vince Va­len­ti­ni, de Va­leurs mo­bi­lières TD, re­nou­velle une re­com­man­da­tion d’achat. Au pre­mier tri­mestre, la so­cié­té a dé­voi­lé un bé­né­fice avant in­té­rêts, im­pôts et amor­tis­se­ment (BAIIA) de 355 M$, en hausse de 5 % par rap­port à la même pé­riode l’an der­nier. M. Va­len­ti­ni est sa­tis­fait des ré­sul­tats, no­tam­ment dans la té­lé­pho­nie sans fil où les chiffres sont so­lides. L’ana­lyste ajoute que le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion a ap­prou­vé une hausse de 29 % du di­vi­dende. Il fait pas­ser sa cible de 45 à 46 $. Fa­di Cha­moun, de BMO Mar­chés des ca­pi­taux, ré­itère une re­com­man­da­tion « per­for­mance de mar­ché ». L’ana­lyste a ré­cem­ment re­çu John Di Bert, vice-pré­sident, fi­nances, de Bom­bar­dier, et deux autres di­ri­geants. L’ana­lyste af­firme que la di­rec­tion a clai­re­ment in­di­qué qu’elle n’avait pas en­ta­mé de dis­cus­sion au su­jet d’un mo­dèle al­lon­gé du CSe­ries (le CS500). M. Cha­moun es­time qu’une aide fé­dé­rale per­met­trait de di­mi­nuer si­gni­fi­ca­ti­ve­ment le risque as­so­cié au titre. Il éta­blit son cours cible à 1,80 $. Phil Har­die, de Banque Sco­tia, re­nou­velle une re­com­man­da­tion « per­for­mance de sec­teur ». Au pre­mier tri­mestre, la so­cié­té a dé­voi­lé un bé­né­fice d’ex­ploi­ta­tion de 0,67 $ par ac­tion, com­pa­ra­ti­ve­ment à une at­tente mai­son de 0,70$ et à un consen­sus de 0,72 $. Phil Har­die in­dique que les ré­sul­tats re­flètent des bé­né­fices plus faibles que ce qui était pré­vu à la Great West et chez IGM, prin­ci­pa­le­ment en rai­son de taux de change dé­fa­vo­rables et de quelques pertes sur in­ves­tis­se­ment. Il éta­blit sa cible à 37,50 $. Ha­mir Pa­tel, de Mar­chés mon­diaux CIBC, ré­itère une re­com­man­da­tion « sous-per­for­mance de sec­teur ». L’ana­lyste dit en­tre­voir un en­vi­ron­ne­ment plus dif­fi­cile en dé­ve­lop­pe­ment, qui de­vrait se ma­ni­fes­ter plus net­te­ment vers le qua­trième tri­mestre. M. Pa­tel note que les prix ont ré­cem­ment re­cu­lé dans le car­ton d’em­bal­lage, que la concur­rence s’ac­cen­tue sur le mar­ché du car­ton on­du­lé au Ca­na­da et que le mar­ché du pa­pier tis­su a de la dif­fi­cul­té à équi­li­brer l’offre et la de­mande. Il éta­blit sa cible à 8 $.

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