Trop tôt, la hausse des taux

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vec le re­cul, la hausse de taux de la Ré­serve fé­dé­rale (la Fed), le 17 dé­cembre, était une er­reur, et ses di­ri­geants au­raient dû le sa­voir, se­lon Ch­ris Kre­sic, ges­tion­naire du Fonds Ja­ris­lows­ky ont bais­sé alors que le ren­de­ment de l’obli­ga­tion du Trésor de 10 ans est pas­sé de 2,3%, le 16 dé­cembre, à 1,83%, à la fin d’avril. C’est le mar­ché obli­ga­taire qui a dit à la Fed “Vous avez agi trop tôt”. Et qu’a fait Ja­net Yel­len? Elle a dis­cu­té avec le mar­ché obli­ga­taire. Mais elle a vite ap­pris ce qu’ont ap­pris tous les di­rec­teurs de la Fed avant elle: c’est le mar­ché obli­ga­taire qui contrôle les taux, pas la Fed. Je crois que ses dé­cla­ra­tions sub­sé­quentes montrent qu’elle a ap­pris la le­çon: vous ne pou­vez haus­ser les taux sans l’ap­pro­ba­tion du mar­ché obli­ga­taire », tranche-t-il.

Puisque le mar­ché obli­ga­taire ne pré­voit qu’une hausse de taux de plus d’ici fé­vrier 2017, il in­dique à la Fed qu’elle est trop agres­sive en pré­voyant deux hausses. Mais le désac­cord est moins im­por­tant qu’il n’y pa­raît, alors que des membres in­fluents de la Fed penchent plu­tôt pour une seule hausse.

« D’au­tant plus que la hausse de 18% du dol­lar amé­ri­cain entre 2014 et 2015 a eu l’ef­fet de hausses de taux al­lant de 150 à 200 points de base sur l’éco­no­mie amé­ri­caine. Il y a dé­sor­mais 50% des bé­né­fices des so­cié­tés du S&P 500 qui pro­viennent de l’étranger. C’est cet im­pact qui a fait chan­ger de ton Ja­net Yel­len », af­firme Ch­ris Kre­sic, qui se dit op­ti­miste quant à la crois­sance éco­no­mique à court terme.

D’un point de vue cy­clique, il juge que les ex­cel­lents gains en Bourse des der­nières an­nées de­vraient in­ci­ter les in­ves­tis­seurs à ré­duire leur pon­dé­ra­tion en ac­tions, bien que leur éva­lua­tion ne soit pas au stade de la « bulle ».

Il ad­met que les ren­de­ments obli­ga­taires ne semblent guère al­lé­chants pour les dix pro­chaines an­nées, mais les obli­ga­tions doivent être consi­dé­rées comme de l’as­su­rance. Le cycle des af­faires ayant été faible de­puis le creux de 2009, il peut du­rer plus long­temps que d’ha­bi­tude.

« Ce sont net­te­ment les po­li­tiques mo­né­taires des banques cen­trales qui l’ont pro­lon­gé, et il y a une dis­pa­ri­té entre l’état de l’éco­no­mie réelle et le ni­veau des in­dices bour­siers. Les banques cen­trales peuvent être en­core plus ac­com­mo­dantes, et ce­la pour­rait conti­nuer de pous­ser les ac­tions à la hausse. Mais ce se­ra la der­nière manche de la par­tie, et nous sommes dé­jà au moins à la sixième », pré­vient-il.

Une pon­dé­ra­tion tou­jours dé­fen­sive

La pon­dé­ra­tion du Fonds Ja­ris­lows­ky Fra­ser Sé­lect re­ve­nu est tou­jours dé­fen­sive. Son in­dice de ré­fé­rence est com­po­sé à 70% de l’in­dice obli­ga­taire FTSE TMX, à 25% de l’in­dice TSX et à 5% de l’in­dice FTSE TMX Bons du Trésor de 91 jours. Sa com­po­si­tion ré­cente était de 66% en titres à re­ve­nu fixe, 4% en ac­tions pri­vi­lé­giées, 21% en ac­tions or­di­naires ca­na­diennes, 8% en ac­tions étran­gères et le reste en en­caisse. Les obli­ga­tions de so­cié­tés de pre­mière qua­li­té comptent pour près de 70% des obli­ga­tions en por­te­feuille.

Le sec­teur des titres fi­nan­ciers et ce­lui de l’éner- gie comp­taient res­pec­ti­ve­ment pour 28,7% et 24,4% des ac­tions, ré­cem­ment. Ch­ris Kre­sic consi­dère que les titres fi­nan­ciers sont cer­tai­ne­ment moins chers qu’ils ne l’ont été der­niè­re­ment, à l’exception des fi­du­cies de pla­ce­ment im­mo­bi­lier (REITs) dont il juge les éva­lua­tions très éle­vées. La forte re­mon­tée des titres éner­gé­tiques les rend dé­sor­mais moins at­trayants qu’il y a quelques se­maines, mais il pré­voit qu’à long terme le prix du pé­trole de­vrait être de 65$ à 70$ US. Les titres de ma­té­riaux de base ne comptent que pour 1,5% de la por­tion en ac­tions, ce qui n’est pas une sur­prise dans un por­te­feuille de cette firme. Ce qui n’est pas non plus une sur­prise, c’est la pon­dé­ra­tion de 11,8% et 8,2%, res­pec­ti­ve­ment, dans les sec­teurs de la consom­ma­tion de base et de la consom­ma­tion dis­cré­tion­naire. La mai­son met l’ac­cent sur les en­tre­prises dont les bé­né­fices et les di­vi­dendes af­fichent une crois­sance so­lide.

Ja­ris­lows­ki Fra­ser est l’un des plus im­por­tants ges­tion­naires de caisses de re­traite du Ca­na­da. Les trois fonds com­muns qu’elle offre au grand pu­blic per­mettent d’ac­cé­der à cette ges­tion à un coût re­la­ti­ve­ment faible: la sé­rie E du fonds, des­ti­née aux in­ves­tis­seurs au­to­nomes, af­fiche un ra­tio des frais de ges­tion de 0,81% pour un pla­ce­ment mi­ni­mum de 10 000$. Ce­la a certes contri­bué à ce qu’il se classe au 1er rang des fonds équi­li­brés ca­na­diens à re­ve­nu fixe pour son pro­fil ren­de­ment/vo­la­ti­li­té (me­sure de Sharpe) et lui vaut une cote 5 étoiles de Mor­ning­star.

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