LES ALUMINERIE­S DU QUÉ­BEC DANS UNE TOUR­MENTE MON­DIALE

Prin­ci­paux sites des pro­duc­teurs d’alu­mi­nium pri­maire au Qué­bec

Les Affaires - - Front Page - Fran­çois Nor­mand fran­cois.nor­[email protected] fran­cois­nor­mand Alu­mi­ne­rie de BaieCo­meau Alu­mi­ne­rie Alouette

L’in­dus­trie nord-amé­ri­caine de l’alu­mi­nium pâ­tit de la chute des prix. Aux États-Unis, on as­siste à une sai­gnée. Al­coa n’y pos­sède plus que deux aluminerie­s en ex­ploi­ta­tion. Au Qué­bec, les pro­duc­teurs ré­sistent à la tem­pête, mais ils peinent à res­ter ren­tables. Y a-t-il un ave­nir pour la pro­duc­tion d’alu­mi­nium dans la pro­vince ?

De­puis cinq ans, le prix de l’alu­mi­nium a bais­sé de 40 % au Lon­don Me­tal Ex­change (LME) à 1 581 $ US la tonne, se­lon Bloom­berg. Cette dé­grin­go­lade tient à la sur­pro­duc­tion de la Chine et de pays du golfe Per­sique, et non à un pro­blème de de­mande, qui aug­mente d’en­vi­ron 4 % par an­née.

Ac­tuel­le­ment, les stocks d’alu­mi­nium aux quatre coins de la pla­nète re­pré­sentent en­vi­ron trois mois de pro­duc­tion. Pour­tant, le ni­veau op­ti­mal de­vrait s’éta­blir à quelque six se­maines, se­lon des sources de l’in­dus­trie. Il va sans dire que ce contexte in­flue sur les ré­sul­tats des pro­duc­teurs d’alu­mi­nium pré­sents au Qué­bec.

« Nous sommes à la li­mite de la pro­fi­ta­bi­li­té », confie Claude Bou­lan­ger, pdg d’Alu­mi­ne­rie Alouette à Sept-Îles, qui compte par­mi ses ac­tion­naires In­ves­tis­se­ment Qué­bec et Rio Tin­to. L’en­tre­prise gagne tou­jours de l’ar­gent, mais elle s’ap­proche du seuil de non-ren­ta­bi­li­té.

Même por­trait sombre chez Al­coa au Qué­bec, qui a des aluminerie­s à Baie-Co­meau, Des­cham­bault et Bé­can­cour (ABI) – Rio Tin­to dé­tient 25 % du ca­pi­tal. « On os­cille entre les pertes et les pro­fits. On est très mar­gi­na­le­ment pro­fi­table », dit Mar­tin Brière, pré­sident du Groupe Pro­duits pri­maires, aluminerie­s mon­diales.

Rio Tin­to – qui a cinq usines au Qué­bec, re­grou­pées sous une seule uni­té ad­mi­nis­tra­tive, l’alu­mi­ne­rie Sa­gue­nay–Lac-Saint-Jean – n’a pas vou­lu se pro­non­cer sur sa si­tua­tion fi­nan­cière au Qué­bec.

En 2015, ses re­ve­nus glo­baux ont di­mi­nué de 27 % à 34,8 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains. Rio Tin­to a aus­si af­fi­ché une perte de 866 mil­lions de dol­lars.

Pour sa part, Al­coa a vu ses ventes dé­grin­go­ler de 6 % à 22,5 G$ US, tan­dis que ses pertes se sont éle­vées à 121 M$ US. En jan­vier, Al­coa a an­non­cé la fer­me­ture de son usine War­rick, en In­dia­na, la plus grosse alu­mi­ne­rie des États-Unis.

Ré­duc­tion des coûts et in­ves­tis­se­ments re­por­tés

Pour ré­sis­ter à la crise, les aluminerie­s qué­bé­coises ré­duisent leurs coûts et aug­mentent leur pro­duc­ti­vi­té. « On tra­vaille beau­coup en amé­lio­ra­tion conti­nue avec nos em­ployés », sou­ligne Claude Bou­lan­ger. De plus, Alouette bo­ni­fie sans cesse le ren­de­ment de ses cuves.

Al­coa mise sur l’au­to­ma­ti­sa­tion pour ré­duire ses coûts. Pour aug­men­ter ses re­ve­nus, elle dé­ve­loppe de nou­veaux al­liages, entre autres pour l’in­dus­trie au­to­mo­bile. « Ça per­met de faire des marges su­pé­rieures », dit Mar­tin Brière.

Pour sa part, Rio Tin­to a amor­cé en fé­vrier une re­struc­tu­ra­tion pré­voyant le li­cen­cie­ment de 200 cadres. La so­cié­té op­ti­mise éga­le­ment ses pro­cé­dés pour ac­croître sa pro­duc­ti­vi­té.

Par contre, Rio Tin­to a mis la pé­dale douce sur ses pro­jets d’in­ves­tis­se­ment, même si elle a confir­mé en avril un in­ves­tis­se­ment de 36,6 M$ à son usine de La­ter­rière (au Sa­gue­nay) pour aug­men­ter la pro­duc­tion d’ici 2017.

Par exemple, ses pro­jets d’in­ves­tis­se­ment pour ses ins­tal­la­tions d’Al­ma et AP60 sont re­mis à plus tard. « Pré­sen­te­ment, le monde n’a pas be­soin de plus d’alu­mi­nium avec le ni­veau ac­tuel des stocks dans le monde », dit Ger­vais Jacques, chef des af­faires com­mer­ciales de Rio Tin­to.

Mal­gré la crise, les trois pro­duc­teurs d’alu­mi­nium conservent leur op­ti­misme quant à l’ave­nir de l’in­dus­trie au Qué­bec, car la pro­vince a des atouts in­dé­niables. Les prix de l’éner­gie (verte en l’oc­cur­rence) sont bas, la main-d’oeuvre est qua­li­fiée, et le Qué­bec pos­sède un sa­voir­faire de plus d’un siècle dans l’alu­mi­nium.

Ce­la dit, le Qué­bec peut-il vivre en vase clos ? Les aluminerie­s d’ici évo­luent dans un éco­sys­tème nord-amé­ri­cain en pleine mu­ta­tion, se­lon Marc-Ur­bain Proulx, pro­fes­seur d’éco­no­mie à l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Chi­cou­ti­mi (UQAC). « Les États-Unis sont en train de dé­faire leurs aluminerie­s », dit-il.

De­puis une quin­zaine d’an­nées, la pro­duc­tion nord-amé­ri­caine a fon­du de près de 50 %. En 2000, l’in­dus­trie pro­dui­sait 3,2 mil­lions de tonnes d’alu­mi­nium par an­née, com­pa­ra­ti­ve­ment à 1,7 mil­lion en 2015.

Plus in­quié­tant en­core, de­puis 40 ans, la pro­duc­tion d’alu­mi­nium migre des pays dé­ve­lop­pés vers des éco­no­mies émer­gentes (Chine, Bré­sil, Rus­sie, Moyen-Orient, Inde, etc.), se­lon une étude pu­bliée en 2013 par l’In­ter­na­tio­nal Alu­mi­nium Ins­ti­tute (IAI, « The Glo­bal Alu­mi­nium In­dus­try : 40 years from 1972 »).

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